Jean-Luc Mélenchon, ce grand ami




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Jean-Luc Mélenchon, ce grand ami

Nous le savions. Nous l’avions prédit. Lorsque Marine Le Pen est venue visiter le Québec, attirant manifestants violents et journalistes de mauvaise foi, nous avions été plusieurs à se demander ce qui arriverait si Jean-Luc Mélenchon, chef de l’extrême-gauche française, se pointait.

Jean-Luc Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon

Subirait-il le même traitement que la leader nationaliste ? Serait-il méprisé, attaqué sur tous les fronts, victime d’articles tendancieux dans les journaux et d’intimidation sur le terrain ? Des gens découvriraient-ils l’hôtel où il loge, les endroits où il veut aller, les personnes avec qui il s’entretient, afin de le suivre partout pour l’empêcher de s’exprimer ? Nous étions nombreux à prédire que tel ne serait pas le cas.

Jean-Luc Mélenchon

Maintenant que M. Mélenchon est présent au Québec, nous pouvons le dire: »Voilà, nous avions raison ». Non seulement n’est-il pas dérangé, on lui déroule le tapis rouge ! Gabriel Nadeau-Dubois parade avec lui, Radio-Canada et Le Devoir lui offrent une couverture médiatique extrêmement favorable, un article du Huffington Post nous indique même que « les syndicats, le Parti Québécois et Québec Solidaire ont tous tenus à le rencontrer ». Tous ceux qui fuyaient Marine Le Pen hier ne sauraient aujourd’hui courir assez vite pour rencontrer Jean-Luc Mélenchon, qui est pourtant loin derrière Mme Le Pen, dans les intentions de vote des Français. Aucun manifestant ne tente de le faire taire, aucun journaliste ne lui fait de procès, personne n’effectue de sortie pour justifier publiquement son refus de le rencontrer.

Jean-Luc Mélenchon

Pour ce qui est des syndicats et de Québec Solidaire, un tel enthousiasme s’explique facilement: le programme de Jean-Luc Mélenchon est pratiquement identique au leur. Il y a entre ces gens une véritable proximité idéologique et une connivence indéniable. Mais on s’explique moins bien l’attitude du Parti Québécois, le même parti qui avait enjoint Marine Le Pen de « retourner chez elle ». Ce parti supposément « souverainiste » et « nationaliste » a boudé la leader nationaliste la plus populaire d’Europe, alors qu’il se jette maintenant dans les bras d’un candidat qui risque fort de ne pas être du second tour de l’élection présidentielle de 2017. Encore une fois, les dirigeants du PQ font la preuve par mille de leur imbécilité et de leur incompétence. Lorsqu’on voit les péquistes agir de la sorte, on ne peut guère s’étonner de voir ce parti faire du surplace dans les sondages et rester incapable de déloger un gouvernement libéral pourtant usé par un torrent d’accusations de corruption. À voir le PQ se coller ainsi à un leader politique d’extrême-gauche, on ne peut que constater que ce parti tient davantage à son gauchisme qu’à son nationalisme.

Certains diront que les péquistes ne peuvent se permettre d’être vus avec une représentante de ce qu’on appelle « extrême-droite », que ce serait tendre une arme trop efficace aux médias fédéralistes et au PLQ, que cela donnerait aux adversaires de la souveraineté un angle d’attaque redoutable qui a déjà fait très mal aux souverainistes par le passé, celui des accusations de racisme et de xénophobie. Certes, depuis plus de vingt ans maintenant, les souverainistes sont traumatisés par les propos maladroits prononcés par Jacques Parizeau le soir de la défaite référendaire de 1995. Les défenseurs de l’indépendance sont terrorisés à l’idée d’être perçus comme des intolérants et des racistes, reproches que les fédéralistes sont déjà trop heureux de leur faire constamment. Bref, l’association avec un nationalisme identitaire et décomplexé est vu comme un risque, chez les souverainistes du Québec. Cependant, nous connaissons très bien le vieil adage: »qui ne risque rien n’a rien ». Présentement, les péquistes n’ont justement plus grand-chose et c’est pourquoi il est dommage de les voir préférer la compagnie d’un candidat sans envergure à celle d’une véritable nationaliste.

Jean-Luc Mélenchon

Il serait cependant injuste de jeter le blâme uniquement sur le camp souverainiste, car tout le monde, dans cette situation, fait montre d’une grande hypocrisie, qu’il s’agisse de la classe politique, de la classe médiatique ou de citoyens possédant une certaine tribune, Il semble que le fait d’être seulement soupçonné d’appartenir à l’extrême-droite soit un stigmate bien plus grave que l’appartenance revendiquée à une gauche radicale. Dans une telle situation, comment blâmer les citoyens d’être cyniques, lorsqu’ils voient que nos élites se permettent un biais aussi évident, aussi assumé ? Une telle question fait également penser à Rosemary Barton, journaliste à la CBC, qui se collait récemment sur Justin Trudeau, afin de prendre un selfie avec lui, alors qu’elle couvrait l’élection fédérale l’automne dernier, insistant à chaque émission sur des questions pouvant nuire aux conservateurs, notamment l’affaire Mike Duffy. Les citoyens assistent malheureusement, désabusés et impuissants, au « coming out » de plus en plus exubérant d’une partie importante de leurs élites politiques et médiatiques en faveur d’un gauchisme de plus en plus radical.

Donald Trump: les contradictions

Donald Trump est toujours le meneur dans la course à l’investiture républicaine au moment d’écrire ces lignes. Le discours populiste du milliardaire lui a sans aucun doute gagné l’appui de millions d’Américains d’allégeances diverses, même si celui-ci courtise présentement l’électorat républicain. Certaines de ses propositions-phars ont créé la polémique au pays de l’Oncle Sam, notamment celles de construire un mur à la frontière mexicaine et celle d’établir un moratoire temporaire sur l’immigration musulmane, Cependant, il a toujours été clair que Donald Trump est à gauche de la plupart des républicains sur certains sujets.

Trump a toujours été pro-choix en matière d’avortement, favorable au contrôle des armes à feux et plus nuancé que ses confrères sur les questions fiscales, notamment. Cependant, grâce aux propositions énumérées plus haut, on pouvait croire que le flamboyant homme d’affaires était une sorte de conservateur social atypique désirant maintenir un certain ordre social traditionnel en chassant du territoire américain des éléments perturbateurs. On pouvait croire que Donald Trump, comme bien des conservateurs sociaux, souhaitait préserver la stabilité de son pays par des mesures nationalistes et protectionnistes.

Toutefois, lors des derniers jours, Trump et son rival principal, Ted Cruz, ont eu à s’exprimer sur un sujet pouvant sembler trivial, au premier abord, mais qui est présentement une question chaude, aux États-Unis: l’accès des personnes trans aux toilettes de leur choix. En effet, l’apparition de lois obligeant les citoyens à utiliser les toilettes publiques correspondant à leur sexe biologique en Caroline-du-Nord et au Mississippi forcent actuellement les candidats de tous les partis à se positionner sur cet enjeu. Alors que Ted Cruz appuie de telles lois et ne souhaite pas que les personnes trans, au nom d’un simple « ressenti », utilisent des toilettes publiques correspondant à leur identité sexuelle de préférence.

Donald Trump, lui, ne semble pas voir de problème dans le fait qu’un homme adulte portant une robe puisse accéder à des toilettes et des vestiaires fréquentés par des femmes et des petites filles. C’est précisément là, sur une question qui est pourtant d’importance fort modeste dans la campagne, qu’apparaît une incohérence flagrante. Si les propositions les plus connues de Trump tendent à le présenter comme un candidat désirant préserver un certain ordre social, il est étonnant de le voir défendre une position tout à fait contraire au maintien de cet ordre. Il faut alors se poser une question dérangeante: pourquoi Donald Trump souhaite-t-il construire un mur à la frontière mexicaine et empêcher les musulmans d’entrer aux États-Unis ? À la lumière de ce nouveau développement, on peut commencer à croire qu’il ne proposait pas de telles mesures par convictions, mais plutôt par électoralisme et par opportunisme.

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Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.