Gala des Olivier: Ward et Nantel - assurance-censure




Accueil » Genre » Actualités » Gala des Olivier: Ward et Nantel – assurance-censure

Gala des Olivier: Ward et Nantel – assurance-censure

Demain à l'émission web Gauchedroitistan, Evan J. Demers nous parle du Gala des Olivier et du dossier Ward et Nantel. À ne pas manquer sur Youtube dès 20h lundi soir.

Dans moins de deux heures, au moment de rédiger ce texte, le gala des Olivier se mettra en branle.
Dossier Mike Ward et Guy Nantel: ICI Radio-Canada Télésouhaite clarifier certains faits concernant le Gala Les Olivier 2016.

Le gala des Olivier

Personne ne sait vraiment ce que les humoristes québécois feront (ou pas) pour monter aux barricades et défendre leur liberté artistique. Par contre, tout le monde connaît déjà l’histoire à l’origine de cette incertitude qui plane aujourd’hui sur le gala célébrant l’art le plus populaire et le plus rentable au Québec.

Mike Ward et Guy Nantel présentent un Olivier

Il y a quatre jours, on annonçait à Mike Ward et Guy Nantel, deux humoristes parmi les plus en vue dans la Belle Province, que le numéro qu’on leur avait demandé d’écrire sur la liberté d’expression était retiré du gala des Olivier. L’ironie d’une telle décision n’échapperait pas au plus simplet d’entre nous. Il s’adonne qu’entre une défense de la liberté des artistes d’ici et l’assurance de ne pas subir de poursuite, l’Association des Professionnels de l’Industrie de l’Humour a choisi cette dernière.

Il serait cependant simpliste et réducteur de faire porter tout l’odieux de la chose à l’APIH, puisque la réalité derrière un tel acte de censure est vraiment plus complexe. Si l’association derrière le gala des Olivier n’a pas les coudées franches pour mettre le contenu de son choix sur le gala qu’elle coproduit, c’est aussi parce que le diffuseur, Radio-Canada dans ce cas précis, exige que tout le contenu diffusé lors de l’événement soit assuré. Bref, pour qu’un gala aussi important que celui des Olivier passe simplement à la télé, il faut d’abord acheter une assurance « erreur et omission » qui couvrira les frais en cas de poursuite. Il s’agit d’une condition sine qua non. Pas d’assurance, pas de gala.

Stu Pitt s’exprime aussi sur le sujet.

Par la suite, le ou les avocats (dans le cas présent, l’avocate) de la compagnie d’assurance épluche les textes des numéros qui seront présentés, afin d’y déceler le moindre contenu « à risque ». On le comprend: la compagnie d’assurance tient à ne pas payer un sou, ce qui signifie qu’elle veut réduire à néant les risques de poursuite.

Gala des Olivier : Mike Ward et Guy Nantel

Gala des Olivier : Mike Ward et Guy Nantel

C’est ainsi qu’on en vient à écrire sept versions d’un même numéro. C’est ainsi qu’on en vient à ne plus pouvoir faire de blagues sur les juifs, sur Tim Horton’s ou même sur Ariane Moffatt, qui a pourtant répondu par la voix de sa gérante qu’elle n’était pas du tout choquée par la blague la concernant. On arrive à une sorte de point absurde où on a même peur de choquer ceux qui font publiquement preuve d’auto-dérision. Mais qui sait ? Ariane Moffatt affirme ne pas être choquée en ce moment, mais qui nous dit qu’elle ne se choquera pas après coup ? Risque de poursuite ! On enlève le gag !

De toute façon, même si des gens se fâchent, pourquoi devrait-on s’abstenir de rire de gens et de personnes morales qui ont tout à fait les moyens de se défendre, comme les membres les plus influents de la communauté juive ou une grande entreprise comme Tim Horton’s ? Depuis quand les sentiments de chacun font-ils oeuvre de baromètre de l’acceptabilité sociale de certains types d’humour ?

Richard Martineau, qui aurait indiscutablement défendu toute blague de Mike Ward et de Guy Nantel sur les musulmans, se révoltait sur Facebook du gag sur les juifs inclus dans le numéro censuré. L’essentiel de son propos se résumait à dire que, si les deux humoristes ont le droit de faire des blagues sur les juifs, lui a tout autant le droit de trouver ce gag dégueulasse. Effectivement, il raison sur le fond. C’est bien ça, la liberté d’expression ! Ajoutons cependant, pour bien clarifier les choses, que Richard Martineau, lui, ne poursuivra le gala des Olivier, ses producteurs et les humoristes en question. Il n’épiera pas les créateurs, afin de dénicher quelque part LA virgule incriminante à effacer de l’Histoire ! La question n’est pas de donner le droit ou non à Richard Martineau de penser ce qu’il veut d’une blague, mais bien de s’assurer qu’elle puisse être dite !

Gala des Olivier : Mike Ward et Guy Nantel

Il est bien rare que j’écrive au « je » dans mes chroniques. Or, je dois me permettre ici une petite exception, puisqu’au moment d’écrire ces lignes, je me rappelle qu’en un an et des poussières, j’ai eu à défendre successivement Jean-François Mercier, Roosh V, Action Bronson, Mike Ward et Guy Nantel, dans mes textes.Je viens de défendre une nouvelle fois les deux dernières personnes sur la liste. Avons-nous un problème de liberté d’expression au Québec, et plus largement, en Occident ? Je crois humblement que ce dernier paragraphe est un petit élément de réponse.

On reproche souvent au bon peuple d’avoir peur. Dans les tours d’ivoire académiques et médiatiques, on répète sans cesse à quel point la plèbe se nourrit à outrance de discours de peur, on pointe du doigt sa peur de l’Autre, sa peur du terrorisme, sa peur du crime, etc. Si la peur est si toxique, de façon générale, en matière de cohésion sociale, pourquoi entend-t-on si rarement le même discours sur la peur de choquer, la peur des poursuites, la peur de perdre des commanditaires, des diffuseurs et de l’argent ? Comme la majorité des autres peurs, celles-ci ne sont pas fondées sur du vent. Évidemment, il faut revoir le rôle d’un organisme comme la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse. Il faudrait aussi s’interroger sérieusement sur l’accès aux tribunaux et la trop grande propension à la poursuite au moindre écart de langage. Cependant, en tout premier lieu, il faut cesser d’avoir peur. Il faut braver les obstacles qui se dressent contre nous, en faire fi et assumer les risques qui viennent avec un tel courage. Dès que suffisamment d’artistes et de personnalités publiques oseront adopter un tel comportement, les institutions n’auront pas le choix de s’adapter. Ce rôle revient au premier chef aux humoristes, transgresseurs professionnels de nos interdits.

Articles connexes

Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.