X-Men: Apocalypse – Critique du nouveau film de Bryan Singer




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X-Men: Apocalypse – Critique du nouveau film de Bryan Singer

L'expérience Mystique ne mérite-t-elle un Oscar que dans son générique?

X-Men: Apocalypse

C’était le 14 juillet 2000. J’avais 15 ans. Fébrile, je suis revenu chez moi (merci maman pour le lift) à la suite du visionnage d’X-Men qui venait de prendre l’affiche (cette habitude d’assister le plus tôt possible à une projection ne date pas d’hier) et j’ai aussitôt effectué des recherches (celle-là non plus ne date pas d’hier). J’ai approfondi le sujet de ces mutants créés par Marvel Comics en 1963 avant de tomber sur Apocalypse, le premier mutant. À ce moment précis, je voulais que ce personnage tout-puissant soit l’antagoniste d’une suite. Mon vœu a été exaucé, enfin presque…

X-Men: Apocalypse

X-Men: Apocalypse

X-Men: Apocalypse

Après X-Men en 2000, X2 en 2003, X-Men: The Last Stand en 2006, X-Men: First Class en 2011, X-Men: Days of Future Past en 2014 ainsi que trois films dérivés (X-Men Origins: Wolverine en 2009, The Wolverine en 2013 et Deadpool en 2016), c’est au tour d’X-Men: Apocalypse d’étendre cet univers sériel si chère à la Fox. Que nous la chérissons en retour ou pas, cette franchise peut se vanter d’avoir ouvert le 21e siècle en popularisant un nouveau genre cinématographique, lequel transforme le héros et l’antihéros traditionnels en superhéros. Ont suivies les licences de Spider-Man pour Sony (5 films), du Marvel Cinematic Universe pour Disney (13 films), du DC Cinematic Universe pour la Warner (2 films) ou de la trilogie The Dark Knight également produite par la Warner.

Voici le synopsis d’Apocalypse dont les événements prennent place dix ans après ceux de Days of Future Past :

Depuis l’aube de la civilisation, il est vénéré comme un dieu. Apocalypse (Oscar Isaac), le mutant originel, de son vrai nom En Sabah Nur (signifiant la lumière du matin en arabe), est devenu à la fois immortel et invincible en faisant sien de nombreux pouvoirs. Il se réveille en 1983 après un sommeil de 3 600 ans et découvre un monde qu’il ne cautionne guère. Fier représentant de l’idéologie spencérienne selon laquelle seulement les plus aptes survivront, il s’entoure de quatre mutants qui formeront ses cavaliers, dont Magneto (Michael Fassbender), afin d’éradiquer les plus faibles de la race mutante et tous les humains. Mystique (Jennifer Lawrence) et Professor X (James McAvoy) vont unir leurs forces pour recruter de jeunes X-Men, affronter leur plus redoutable ennemi et éviter une extinction à l’échelle planétaire.

Le réalisateur Bryan Singer (The Usual Suspects, X-Men, X2, X-Men: Days of Future Past) au sujet de l’idée de départ : « C’est mon cinquième X-Men [il n’était que producteur sur First Class, ndlr]. Il fallait donc que je me creuse la tête pour trouver l’inspiration. Je me suis souvenu d’un livre plein d’aliens anciens, de pyramides, de mystères : Chariots of the Gods. J’ai toujours été fasciné par tous ces mythes autour des Dieux, de la Religion… Avons-nous été vraiment visité par des aliens ou est-ce que tout ceci n’est que le fruit de notre imagination? Days of Future Past était un film sur le voyage dans le temps et les robots. Cette fois-ci, je m’attaque aux dieux et à la religion. »

Une scène géniale au son du deuxième mouvement de la Symphonie nº 7 de Beethoven (Allegretto).

X-Men: Apocalypse: Une scène géniale au son du deuxième mouvement de la Symphonie nº 7 de Beethoven (Allegretto).

À la manière de Star Wars: Episode VII – The Force Awakens et Captain America: Civil War, le film rappelle des personnages familiers et en présente d’autres, plus jeunes, afin de rejoindre une nouvelle génération de spectateurs.

Parmi les vieux de la vieille, il y a James McAvoy (Charles Francis Xavier alias Professor X), Nicholas Hoult (Hank McCoy alias Beast), Evan Peters (Peter Maximoff alias Quicksilver) et Lucas Till (Alex Summers alias Havok). Rose Byrne est de retour en Moira MacTaggert (Charles se souvient d’elle et non le contraire, en raison de sa mémoire effacée) et Josh Helman en colonel William Stryker. Quant à Michael Fassbender qui joue Erik Lehnsherr alias Magneto, il offre une performance un peu en-deçà de son talent tellement sa storyline se répète encore et encore. Et que dire de Jennifer Lawrence avec son personnage de Raven alias Katniss « Mystique » Everdeen, mutante érigée malgré elle en symbole de la résistance (désolé, mon brouillon est parfois un premier jet moqueur!).

Parmi les petits nouveaux, il y a quelques révélations. Sophie Turner (Jean Grey), Tye Sheridan (Scott Summers alias Cyclops), Kodi Smit-McPhee (Kurt Wagner alias Nightcrawler) rajeunissent des gentils issus de la première trilogie, succédant alors à Famke Janssen, James Marsden et Alan Cumming. Olivia Munn (Psylocke), Alexandra Shipp (Ororo Munroe alias Storm) et Ben Hardy (Angel qui deviendra Archangel) sont trois des quatre sbires d’Apocalypse, une garde rapprochée dont les motivations m’ont un tantinet rappelées celles de Pyro dans The Last Stand.

De « nouveaux » membres des X-Men : Jean Grey (Sophie Turner), Nightcrawler (Kodi Smit-McPhee) et Cyclops (Tye Sheridan).

X-Men: Apocalypse: « nouveaux » membres des X-Men : Jean Grey (Sophie Turner), Nightcrawler (Kodi Smit-McPhee) et Cyclops (Tye Sheridan).

Plusieurs fans et profanes de la saga ont reproché à Days of Future Past d’être davantage un suspense politique qu’un film d’action. Singer a compris le message et a remédié au problème. Son sous-titre l’oblige, Apocalypse se rapproche même d’un film catastrophe (catastrophique?) avec des scènes de destruction massive dignes de Roland Emmerich (Independance Day, 2012, The Day After Tomorrow).

Or, il faut le reconnaître, le résultat respecte la logique de surenchère qui régit la production hollywoodienne depuis le milieu des années 90, encore plus depuis une décennie. Sur ce point Bryan frappe bruyamment, et non brillamment, ce qui correspond en partie aux attentes. Son budget de 178 millions de dollars, loin des 75 millions de dollars du film original, permet aux scènes d’action d’atteindre un niveau de vraisemblance irréprochable pour ce genre de blockbusters. Trop, c’est comme pas assez!

Que ce soit la crise des missiles de Cuba dans le reboot/prequel de 2011 ou l’assassinat de John F. Kennedy dans sa suite de 2014, en passant par le souvenir vif de l’Holocauste qui hante la saga depuis le premier épisode sorti il y a 16 ans, l’histoire et l’Histoire continuent de ne former qu’un dans cette relecture du siècle dernier qui assoit sa fiction sur des faits réels. Il s’agit cette fois d’une réappropriation du Nouveau Testament, plus précisément du sixième chapitre de l’Apocalypse où une chevauchée inaugure le commencement de la fin du monde. Les quatre cavaliers qui la compose sont Conquête (devenu Pestilence pour les besoins du scénario), Guerre, Famine et Mort, respectivement représentés par Psylocke, Magneto, Storm et Archangel. À noter que la phrase d’Apocalypse qui convainc le mutant au casque spartiate de joindre ses rangs est « Come and see », ce qui est exactement ce qui est dit à l’Agneau lorsqu’il ouvre les quatre premiers sceaux. Dommage que la traduction française fasse fi de ce clin d’œil au corpus johannique.

La ressemblance entre Ivan Ooze de Mighty Morphin Power Rangers: The Movie (à gauche) et Apocalypse (à droite) m'a fait une peur bleue...

La ressemblance entre Ivan Ooze de Mighty Morphin Power Rangers: The Movie (à gauche) et Apocalypse (à droite) m’a fait une peur bleue…

Parlons de l’antagoniste apparu pour la première fois en juin 1986 dans X-Factor #5 et attendu de pied ferme par les amateurs tels que moi. Physiquement, avec ses prothèses de latex et ses couches de maquillage, il ressemble à Ivan Ooze dans Mighty Morphin Power Rangers: The Movie et à Thanos dans le MCU. Le personnage en soi aurait vraiment mérité un meilleur traitement. Le pauvre Oscar Isaac (Star Wars: Episode VII – The Force Awakens) peine à démontrer son talent. Que dire de sa voix captée d’abord en ADR grâce à trois micros (un microphone standard Sennheiser et deux autres dans chacune de ses joues) et modifiée ensuite en postproduction, sinon qu’elle est méconnaissable comme celle de Tom Hardy dans The Dark Knight Rises?

Le scénario propose plusieurs incohérences vis-à-vis des comics ou des films précédents. Par exemple, jamais il n’est question du cliffhanger de Days of Future Past où Mystique, transformée en Stryker, repêche Wolverine. Cela est acceptable. Il est regrettable toutefois que le lien filial entre Nightcrawler et Mystique passe sous silence, en ce sens que dans la version papier il est le fils qu’elle a eu avec Azazel (bras droit de Sebastian Shaw dans First Class pourtant). Idem pour l’absence de deux grands rivaux d’Apocalypse, Nathan Summers alias Cable et Nate Grey alias X-Man, et pour la présence de Jubilee (Lana Condor) qui se limite à un rôle très secondaire, notamment à cause de scènes supprimées dans un centre commercial (tournées dans la Plaza Côte-des-Neiges).

Le tournage s’est déroulé au Québec sous le nom de code AKKABA du 27 avril au 4 septembre 2015, en plus de reshoots en janvier 2016, principalement à Montréal dans 11 000 m2 de plateaux appartenant aux studios Mel’s, mais aussi dans certains endroits en région comme Saint-Ours, la ville où j’ai grandi de 1991 à 2007. Ils ont filmé à l’intérieur de la Fonderie Laperle du 2 au 8 mai 2015, pour une scène où Magneto est devenu un simple ouvrier travaillant dans une fonderie soviétique de Pologne. À noter que, dans l’univers Marvel, Akkaba est le nom donné à un Clan composé des descendants d’Apocalypse et qui remonte à l’Égypte ancienne.

L'aéroport du village de Saint-Robert avait servi de décor pour Days of Future Past au mois de juillet 2013.

L’aéroport du village de Saint-Robert avait servi de décor pour Days of Future Past au mois de juillet 2013.

Quicksilver, mieux développé que dans le dernier film grâce à sa sous-intrigue qui le conduit sur les traces de son père, Magneto (scoop révélé dans le trailer et déjà sous-entendu dans Days of Future Past), revient dans une autre scène au ralenti. Celle-ci survient juste après un revirement inattendu au X-Mansion (Xavier’s School for Gifted Youngsters), mais elle manque cruellement d’originalité. Au rythme de la chanson Sweet Dreams (Are Made of This) d’Eurythmics, ce deux minutes à l’écran a pris un mois et demi à tourner, avec différentes caméras et différentes vitesses, parfois à une cadence extrêmement ralentie de 3 200 images par seconde.

Hugh Jackman répond présent en dépit de sa discrétion durant la campagne publicitaire. En effet, Logan alias Wolverine a droit à une scène dingue de trois minutes durant laquelle il sort ses griffes pour une septième et avant-dernière fois (je ne compte pas son caméo dans First Class). Dommage cependant que l’apparition de notre personnage fétiche soit introduite comme le T-800 dans Terminator Salvation. Il faudra attendre le 3 mars 2017 pour son ultime film solo qui se basera sur la série de comics Old Man Logan publiée de juin 2008 à septembre 2009.

Singer a une idée pour le prochain rival des X-Men : « J’aimerais bien mettre en scène Proteus d’une manière ou d’une autre. Avec un personnage comme celui-là, il y aurait visuellement beaucoup de choses à faire. » Apparu pour la première fois dans les pages d’Uncanny X-Men #125 en septembre 1979, ce personnage est un mutant ayant le pouvoir de manipuler la réalité et les lois de la physique. Il est d’ailleurs le fils de Moira MacTaggert.

Le dernier plan du plus récent trailer montre celui que tout le monde attendait!

Le dernier plan du plus récent trailer montre celui que tout le monde attendait!

Bref, ce qui devait s’intituler au départ X-Men: Age of Apocalypse (en référence au cross-over éponyme de 39 numéros publié de mars 1995 à juin 1996) a changé en cours de route. Pourquoi? Simplement afin d’éviter toute comparaison avec Transformers: Age of Extinction et Avengers: Age of Ultron. Un choix auquel j’adhère. Durant une scène du film qui se déroule en 1983, je le rappelle, les personnages sortent d’un cinéma après la projection de Star Wars: Episode VI – Return of the Jedi. Jean Grey dit : « Là où on est tous d’accord, c’est que les troisièmes sont toujours les plus nuls. » Il s’agit d’une flèche méta-référentielle que Singer lance directement vers Brett Ratner et son mitigé The Last Stand qui complétait la trilogie (Singer a réalisé Superman Returns), mais aussi indirectement vers lui-même et son Apocalypse qui marque la conclusion de la prélogie. Ironique, non? Rebootés, recastés, voire ressuscités, les X-Men devront se renouveler, sans quoi ils seront rebutés par un public assis de plus en plus inconfortablement…

Verdict : 7 sur 10

P.S. : Oui, il y a une scène post-générique.

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca