Acheter du sexe n'est pas un sport: le mépris et moralisme féministe dévoilé au Grand Prix




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Acheter du sexe n’est pas un sport: le mépris et moralisme féministe dévoilé au Grand Prix

Le blogueur Grégory Kudish a écrit cet excellent texte sur l’hypocrisie, le moralisme et le puritanisme féministe et politique qui entoure le Grand Prix du Canada de Formule 1 dans plusieurs médias «progressistes» depuis deux semaine.

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Chers militants et militantes abolitionnistes,

En cette fin de semaine du Grand Prix, vous êtes plusieurs à manifester dans les rues, les médias et sur les réseaux sociaux contre l’industrie du sexe. « Acheter du sexe n’est pas un sport ». Ce slogan popularisé par la Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle (CLES) n’a pas tardé à s’attirer l’appui de plusieurs personnalités publiques, dont la celui de la vice-première ministre du Québec, Lise Thériault, qui a rappelé que « l’exploitation sexuelle est inacceptable au sein d’une société comme la nôtre qui défend les valeurs de justice et d’égalité entre les femmes et les hommes ». Trop souvent, au Québec comme ailleurs dans le monde, d’aucuns aiment se complaire dans des raccourcis intellectuels en confondant toujours, sans statistiques rigoureuses à l’appui, travail du sexe, exploitation sexuelle, traite, viol et inégalités entre les hommes et les femmes.

Cette vision tronquée de l’industrie du sexe est souvent alimentée par un écart que perçoivent certaines personnes entre leur idéal de la femme dans la société et la réalité. Pour mieux illustrer mon propos, j’aimerais partager avec vous mon cheminement personnel.

Acheter du sexe n'est pas un sport: le mépris et moralisme féministe dévoilé

Acheter du sexe n’est pas un sport: le mépris et moralisme féministe dévoilé

Lorsque j’étais au secondaire, j’ai toujours refusé de me fondre dans la masse, et j’ai toujours refusé de me définir en fonction de ce que les autres attendaient de moi, notamment au plan de mon identité de genre. À l’adolescence, nombreux étaient mes camarades garçons qui voyaient dans la pratique intensive du sport un moyen de consolider leur identité de genre. Pour bien paraître, il fallait pratiquer un sport, avoir de gros muscles, ressembler aux athlètes dans les magazines et avoir un comportement digne d’un homme. Pourtant, j’ai toujours été réfractaire à l’idée de me définir en fonction de l’idéal masculin du moment.

Les cours d’éducation physique n’ont jamais été une priorité pour moi; lors de la formation d’équipes de soccer, j’étais toujours le dernier à être repêché, et j’avais souvent droit, dans les vestiaires, à des commentaires disgracieux. J’étais « le petit Grégory qui joue au soccer comme une fille », « le maigrichon », « le mec qui a peur de courir », et j’en passe. Pourtant, mes camarades qui me traitaient ainsi ont toujours défendu l’idée qu’ils agissaient de la sorte pour mon bien. « Si je te dis ça, Grégory, c’est pour ton bien. Regarde comment Benjamin est populaire. Je veux que tu sois heureux, Grégory. Pourquoi tu ne fais pas comme nous? »

Benoît Dutrizac et Paul Houde se font rouler dans la familles par les féministes abolitionnistes.

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Parce que j’ai toujours refusé de faire comme les autres, au nom de ma liberté. Abolitionnistes, vous aimez beaucoup parler de la violence – symbolique et physique – envers les femmes. Cette manie que vous avez de prendre la parole au nom « des femmes », de diaboliser le travail du sexe et les clients, et de voir la violence comme quelque chose d’inhérent au travail du sexe me donne le sentiment que vous traitez ces milliers d’hommes et de femmes œuvrant dans l’industrie du sexe de la même manière que certains de mes camarades de classe me traitaient au secondaire : dans les deux cas, nous avons affaire à un groupe de personnes qui souhaitent changer les comportements d’une minorité au nom d’une certaine conception du bien commun.

Abolitionnistes, vous parlez surtout de la violence envers les femmes. Le Grand Prix, avant d’être un moment de l’année de hausse de la demande en services sexuels – et, soit dit en passant, la période la plus intensive pour le travail du sexe n’est pas le Grand Prix, mais les fêtes de fin d’année -, est avant tout un événement sportif qui valorise la course automobile, un sport majoritairement pratiqué par les hommes. Or, vous n’êtes pas sans savoir qu’au Canada, l’écart entre les hommes et les femmes au plan de la mortalité routière est abyssal. En 2012, selon Statistique Canada, on recensait 3,9 morts pour 100 000 femmes liés aux accidents de véhicule à moteur.

Chez les hommes, ce taux s’établissait à 9,4 morts pour 100 000 hommes. Chez les 20 à 24 ans, le taux s’élève à 6,3 morts chez les femmes contre 17,7 morts chez les hommes. Dans les publicités à la télévision, dans les magazines et sur Internet, on voit souvent de jeunes hommes conduire la nouvelle BMW à toute allure sur l’autoroute. Plusieurs études ont montré que les médias influencent des comportements à risque chez beaucoup d’hommes. Cela dit, il ne m’est jamais venu à l’esprit l’idée de lutter contre la course automobile, pas plus que celle de lutter contre la boxe, l’UFC et autres sports de combat. Parce que je reconnais le droit à tout un chacun de vivre sa vie comme il le souhaite, et le droit de pouvoir le faire en sécurité.

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Abolitionnistes, vous dénoncez souvent, sans circonscrire le terme, l’ « exploitation sexuelle » dont sont victimes les travailleurs et travailleuses du sexe. Mais avez-vous déjà pensé à ce que vous entendez par « exploitation »? Selon le Multidictionnaire, le mot exploitation a une valeur péjorative quand il est utilisé pour décrire l’action d’abuser de quelqu’un, de quelque chose. Cependant, l’exploitation fait aussi référence, dans une connotation neutre, à l’action de faire valoir quelque chose en vue d’un profit. Vous parlez beaucoup de la vente du corps de la femme au profit des hommes, comme si le travail du sexe se résumait à un échange de corps contre de l’argent. La réalité, chers abolos, est, malheureusement pour vous, beaucoup plus nuancée.

En janvier dernier, j’ai eu l’occasion d’assister au Salon de l’Amour et de la Séduction à la Place Bonaventure à Montréal, une occasion pour les travailleurs de l’industrie du sexe de présenter leur travail et d’échanger avec le public. Ce qui m’a le plus marqué lors de cet événement, c’est la diversité de cette industrie. Non, le travail du sexe ne se résume pas aux pénétrations, aux fellations et aux éjaculations. L’industrie du sexe, c’est aussi des spectacles érotiques, des massages érotiques et sensuels, du bodypainting, du burlesque, de la danse poteau, et la liste est longue.

Le mouvement féministe est contre toute forme de divertissement adulte.

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Abolitionnistes, je suis un client. Et non, je n’ai jamais agressé quiconque dans la rue. Lors de mes sorties avec des amis, je n’ai jamais qualifié quiconque de « salope » ou de « pute ». Curieusement, je connais beaucoup de gens qui se moquent volontiers de certaines femmes en leur reprochant de se comporter comme des « putes », mais sans jamais être allés eux-mêmes aux « putes ». Non, je n’ai jamais forcé des femmes à accomplir des choses contre leur gré pour de l’argent. Mon crime, c’est d’aller regarder de jolies femmes danser nues dans certains clubs. C’est aussi celui de recevoir un massage sensuel une fois de temps en temps. Et dans tous les cas, j’agis toujours avec grand respect envers ces travailleuses. Non, je ne vais pas aux danseuses ou aux massages pour « exploiter », pour « abuser » du corps des femmes. Je le fais avant tout parce que je suis féministe et que j’aime beaucoup les femmes. Mais surtout, parce que je suis profondément anticonformiste.

Stella: ACTION!!! Joindrez vous à nous entre le 9-12 juin pour une campagne média sociale: Contre l'exploitation, contre la prohibition: pour les droits des travailleuses du sexe, pour le droit de travail.

Stella: ACTION!!! Joindrez vous à nous entre le 9-12 juin pour une campagne média sociale: Contre l’exploitation, contre la prohibition: pour les droits des travailleuses du sexe, pour le droit de travail.

Quand je vais voir des spectacles burlesques et érotiques, je vois des femmes remettre en question les canons traditionnels de la beauté féminine véhiculés dans les médias. Je suis fatigué de voir passer en boucle des annonces publicitaires à la TV qui promeuvent tel ou tel revitalisant pour la chevelure saine des femmes. Dans des spectacles érotiques, une femme se fait applaudir quand elle enlève ses habits. On l’applaudit pour ses mouvements, pour son caractère, pour son originalité, et non pour la marque de vêtements qu’elle porte ou le shampooing qu’elle achète. Vous me direz sans aucun doute que je ne suis pas un « vrai » client, étant donné que je n’ai jamais payé pour avoir une relation sexuelle complète avec une travailleuse du sexe. Mais dans vos discours, quand on vous demande de définir ce qu’est la prostitution, vous répondez souvent qu’il y a prostitution à partir du moment où on touche le corps d’une femme contre de l’argent, et que « regarder, c’est toucher ».

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Eh oui, la sexualité ne se réduit pas à la pénétration. La sexualité, c’est aussi une caresse sur une zone érogène, un regard coquin, un discours, une psychologie. Vous vous prononcez contre les massages « érotiques ». Seriez-vous également contre les massages professionnels lorsque le client est un homme et que la massothérapeute est une femme? Le massage érotique, c’est un massage corps-à-corps nu. Selon vous, une femme est-elle victime dès lors qu’elle fait un massage dénudée? Et le client, un bourreau dès lors qu’il paye pour être massé par une femme qui choisit de travailler nue? Très vite, on en vient à la conclusion que votre logique de victimisation et de culpabilisation est peu fondée. Le travail du sexe, comme tout autre travail, évolue. Ne vous en déplaise, le travail du sexe aujourd’hui à Montréal n’a rien à voir avec les tristes scènes et les maisons closes des Misérables du temps de Victor Hugo.

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Heureusement, en cette fin de semaine du Grand Prix, il y a aussi d’autres voix féministes qui s’élèvent pour dénoncer la stigmatisation des travailleuses du sexe. Tel est le cas de la campagne « contre l’exploitation contre la prohibition » de l’organisme Chez Stella, dont la pensée est bien résumée sous la plume de Mélodie Nelson, ex-escorte et chroniqueuse :

« Au mois de juin, pour le Grand Prix, ou peu importe le mois et l’événement, les escortes ne veulent pas être sauvées. Elles veulent travailler. Sans être exploitées, surveillées, traitées de pizza ou menacées par des lois et des croisades faussement féministes. Chez Stella, nous avions trinqué et beaucoup espéré: que les voix des travailleuses du sexe soient plus écoutées et entendues que la voix de la peur. »

J’ose espérer que nous serons nombreux, ce week-end, à trinquer pour la justice, pour la dignité, et contre la peur.

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Jean-François Cloutier

Je suis le fondateur de TVQC.com. Vous êtes passionnés de séries télévisées et vous trouvez que les médias de masse traditionnels font piètre figure à ce niveau? Soyez sans crainte, nous aussi!