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Super Bodyguard – Critique du film

Quand une bande-annonce dit à droite et que le film va à gauche...

Avec des taglines telles que « The best action movie of the last 20 years » et « The new Bruce Lee coming », la bande-annonce de Super Bodyguard mettait la barre haute, très haute, voire beaucoup trop haute. Quiconque aspire au statut de Bruce Lee, qu’il s’appelle Jackie Chan, Jet Li, Donnie Yen ou Tony Jaa, se doit d’être exceptionnel et c’est assurément le cas de Yue Song. J’entends par là qu’il est exceptionnellement imbu de sa personne.

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Après la mort de son maître, Wu-Lin (Yue Song) devient le dernier successeur du légendaire clan Iron Kick. Il décide alors de quitter son petit village tranquille pour se rendre dans la grande ville à la recherche de son ami et ancien disciple Jiang Li (Wai-Man Chan). Sans argent ni famille, Wu-Lin vit une vie de vagabond. Un bon matin, il vient au secours d’un riche homme d’affaires qui, pour le remercier, lui offre d’être le garde du corps personnel de sa fille Faye (Li YuFei). Cette dernière n’est pas chaude à l’idée et rend la vie difficile à notre héros. Malheureusement pour elle, Wu-Lin prend son travail très au sérieux. Mais malgré toutes ses précautions, un groupe de criminels, dirigé par Jiang Li, kidnappe Faye. Wu-Lin devra alors mettre de côté sa loyauté envers son vieil ami s’il veut sauver la jeune femme.

Yue Song est un Chinois connu pour avoir écrit, réalisé et interprété The King of the Streets en 2012. Il possède une formation en boxe, en kick-boxing, en sanda, en boxe thaïlandaise, en arts martiaux mixtes, en ju-jitsu et en jeet kune do (concept martial créé par Bruce vers 1967). Voilà pour son portfolio. Maintenant, il est grand temps d’arrêter cette publicité mensongère qui vante les talents de quelqu’un qui a tout de Robin Shou (Mortal Kombat, Mortal Kombat: Annihilation, Beverly Hills Ninja) et rien de la légende des arts martiaux décédée le 20 juillet 1973.

Si l’histoire de Super Bodyguard ne tient qu’à un fil, ce n’est rien à côté du protagoniste qui enchaîne les pirouettes grâce à tous ces harnais effacés en postproduction. C’est terriblement dommage qu’une autre tagline du trailer, « No visual effects. No camera tricks. No stuntmen », omet de mentionner que cet homme est loin du surhomme espéré. Les scènes de combats alternent toutes entre ralentis, montages rapides qui découpent chaque coup en plusieurs plans et grimaces colériques filmées de près. Moi qui croyais avoir tout vu avec le surestimé Jet Li (Romeo Must Die, Kiss of the Dragon, Cradle 2 the Grave, la trilogie The Expendables)…

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Pourquoi toujours clamer haut et fort vouloir devenir le successeur de Bruce Lee mort il y a plus de 40 ans?

Tony Jaa était annoncé comme tel avec le résultat que l’on connaît aujourd’hui. En 2003, les publicités promettaient un mélange de Bruce Lee, Jackie Chan et Jet Li. Ong-bak a apporté un vent de fraîcheur, certes, mais ses films suivants n’ont eu qu’un accueil mitigé (Ong-bak 2, Ong-bak 3), à l’exception d’un plan-séquence inattendu dans The Protector. Il se console aujourd’hui avec son rôle secondaire dans Furious 7 et un autre dans xXx: Return of Xander Cage prévu le 20 janvier 2017.

Même chose pour Donnie Yen qui imitait son idole comme dans la télésérie Fist of Fury (1995) ou le film Legend of the Fist: The Return of Chen Zhen (2010). Il a trouvé son propre style grâce à la trilogie Ip Man, laquelle s’inspire très vaguement de l’histoire du maître de Bruce Lee. À noter qu’il aura lui aussi un rôle secondaire dans un blockbuster, soit le spin-off Rogue One: A Star Wars Story prévu le 16 décembre 2016.

Seul Jackie Chan a compris, assez tôt, qu’il vaut mieux devenir non pas le prochain Bruce Lee, mais le premier Jackie. À la suite de films comme New Fists of Fury (1976) et The Fearless Hyena (1979), il s’est démarqué avec ses comédies d’action (Skiptrace, Rumble in the Bronx, la trilogie Rush Hour) et a obtenu la carrière internationale dont rêvait Lee, lequel n’a eu le temps que de faire un seul film aux États-Unis (Enter the Dragon en 1973).

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Longtemps Super Bodyguard portait le titre The Bodyguard. Cela a changé afin d’éviter toute confusion avec le dernier film de Sammo Hung (Ip Man 2, Enter the Dragon, la télésérie Martial Law), l’un des élèves de Lee (toujours lui!). Plusieurs films portent ce titre, que ce soit le classique de 1992 avec Whitney Houston et Kevin Costner ou encore celui de 1961 réalisé par Akira Kurosawa, un film japonais dont le titre original est Yojimbo et qui a inspiré Sergio Leone en 1964 pour le western spaghetti A Fistful of Dollars.

Bref, Super Bodyguard déçoit exactement là où il devait surprendre. Les cascades les plus impressionnantes sont toutes dans la bande-annonce et sont meilleures en-dehors de leur contexte. Imiter Bruce Lee est une chose, mais le parodier en est une autre tellement rien n’est sérieux. Je déplore aussi la quantité ahurissante de fautes d’orthographe qui se sont glissées dans le sous-titrage en anglais, ce qui par moments m’a autant amusé que le film lui-même. Faster, stronger, tougher? Non, disaster!

Verdict : 4 sur 10

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca