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Don’t Breathe – Critique du film de Fede Alvarez

Quelle nécessité pour un cinéphile-né de ne pas être atteint de cécité!

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Le 3 novembre 2009, le cinéaste uruguayen Fede Alvarez a mis en ligne un film de 4min48 intitulé Ataque de Pánico! (Panic Attack), lequel a coûté la bagatelle de 300 dollars et a été visionné 7 605 814 fois. Cette vidéo virale a attiré l’attention de Sam Raimi, le réalisateur d’Evil Dead et cofondateur avec Robert Tapert de Ghost House Pictures, qui lui a ensuite offert 17 millions de dollars pour réaliser en 2013 un remake de son classique de 1981. Alvarez nous revient trois ans plus tard avec Don’t Breathe.

Dylan Minnette, Jane Levy et Daniel Zovatto dans Don't Breathe.

Dylan Minnette, Jane Levy et Daniel Zovatto dans Don’t Breathe.

Money (Daniel Zovatto), Alex (Dylan Minnette) et Rocky (Jane Levy) sont trois adolescents de la ville de Détroit aux États-Unis. Ils profitent de l’absence des propriétaires de maisons pour les cambrioler. Ils s’y introduisent par effraction grâce aux codes d’accès des systèmes d’alarme qu’Alex dérobe à son père. Rocky et Money forment un couple qui veut quitter le Michigan pour s’établir en Californie, mais n’a malheureusement pas les ressources financières pour y parvenir. Ils savent qu’un vétéran de la guerre du Viêt Nam (Steven Lang) est aveugle et possède au moins 300 000 dollars qu’il a reçu en compensation à la suite du décès accidentel de sa fille. Il vit seul dans une grande maison située dans un quartier abandonné. Une proie facile? Que non! Les trois voleurs désenchantent vite au moment où, une fois sur place, ils se rendent compte que le crime était presque parfait…

Une bonne partie de l’équipe d’Evil Dead est de retour : le coscénariste Rodo Sayagues (ami et collaborateur du réalisateur même pour Panic Attack), les producteurs Raimi et Tapert, le compositeur Roque Baños (Oldboy, The Machinist) ainsi que l’actrice Jane Levy (la télésérie Suburgatory). Ils reviennent pour ce nouveau projet qui n’entend ni faire rire ni faire sursauter, misant plutôt sur la tension palpable causée par les nombreux rebondissements de l’intrigue. Il s’agit donc d’un véritable film d’épouvante qui tient le spectateur en haleine de l’alpha à l’oméga. Par tension palpable, j’entends aussi le sens du toucher, essentiel ici puisque l’antagoniste souffre de cécité et les protagonistes sont parfois forcés de marcher à tâtons dans l’obscurité…

Don’t Breathe se présente comme un home invasion, mais ce n’est là que façade : il fait rapidement 180 degrés sur lui-même pour devenir un survival à l’intérieur d’un huis clos. Si l’histoire reprend indirectement la prémisse du classique méconnu du regretté Wes Craven, The People Under the Stairs (1991), elle y ajoute l’idée du vieil homme privé du sens de la vue dont le sens de l’ouïe se voit décuplé. Impossible de marcher sur le plancher de bois ou de respirer, sans quoi il saura exactement votre position.

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Grâce à des recettes de 97,54 millions de dollars au box-office mondial, Evil Dead a généré un profit de 80 millions de dollars, un score nettement supérieur aux reprises récentes telles que The Hills Have Eyes (2006), Halloween (2007), Friday the 13th (2009), The Last House on the Left (2009), The Thing (2011), Fright Night (2011) ou Carrie (2013), ex aequo toutefois avec A Nightmare on Elm Street (2010). Alvarez a écouté le public qui reprochait à son film précédent de miser sur l’abondance de sang (25 000 litres d’hémoglobine!) et de jump scares, sans compter qu’il encourageait la paresse des studios qui déclinent sans réfléchir les films cultes en remakes, sequels, prequels, reboots et autres spin-offs.

Mieux encore, malgré son expérience en effets spéciaux numériques (visionnez Panic Attack au bas de ma critique), Alvarez a pris la sage décision de ne pas recourir au CGI omniprésent dans la majorité des films de divertissement depuis une vingtaine d’années. À noter que Marvel Studios l’a approché pour tenir le gouvernail d’un blockbuster doté d’un budget faramineux, mais il a refusé l’offre afin de conserver cette liberté créatrice que lui procure Ghost House Pictures. Il a donc réalisé Don’t Breathe avec seulement 10 millions de dollars.

Je tiens à souligner le recours à un plan-séquence au cours duquel nous découvrons la maison, pièce par pièce, en même temps que notre trio de cambrioleurs. La caméra s’attarde ici et là sur des objets précis (ils trouveront leur sens plus tard) afin de faciliter la lisibilité du mouvement, ce qui n’est pas sans reprendre une technique utilisée par Alfred Hitchcock dans Rope en 1948. Hitchcock est d’ailleurs la principale source d’inspiration d’Alvarez, fan de la filmographie du maître, laquelle représente la bible pour quiconque souhaite faire lever et durer le suspense. En témoigne l’effet Vertigo utilisé à deux reprises…

Steven Lang dans Don't Breathe.

Steven Lang dans Don’t Breathe.

Je lance des fleurs à Stephen Lang (Avatar, Public Enemies, Tombstone, Conan the Barbarian, Gods and Generals) qui livre l’une de ses meilleures performances. La présence physique de cet acteur de 64 ans est telle qu’elle se fait ressentir même lorsqu’il ne se trouve pas à l’écran, comme si son personnage d’ex-militaire possédait le don d’ubiquité.

Je lance cependant le pot aux trois personnages principaux qui n’ont fait l’objet d’aucun travail de caractérisation. Jane Levy, Dylan Minnette (Goosebumps, Prisoners, la télésérie Saving Grace) et Daniel Zovatto (Beneath, It Follows) ne sont que des faire-valoir qui pataugent à la surface sans aller en profondeur, ce qui permet au moins à Lang de briller davantage. Le triangle amoureux est inutile.

Mention spéciale à un rottweiler qui n’a absolument rien à envier au Cujo de Stephen King, roman de 1981 adapté au cinéma en 1983 par Lewis Teague (The Jewel of the Nile). Frissons garantis, sauf que son emploi fait écho avec l’actualité qui s’acharne sur la soi-disant dangerosité de la gent canine, en particulier des pitbulls.

Verra bien qui verra le dernier...

Verra bien qui verra le dernier…

Le titre original était A Man in the Dark. Or, afin d’éviter toute confusion avec Lights Out (traduit Dans le noir en français) et parce que la Warner a le dessus sur Sony dans le processus décisionnel, la production a changé le titre pour Don’t Breathe avant la première mondiale du film au South by Southwest Film Festival (SXSW) le 12 mars 2016. Presque cinq mois plus tard, le 3 août 2016, une première canadienne du film a clôturé la vingtième édition du Festival Fantasia en présence d’Alvarez et du producteur exécutif Mathew Hart.

Bref, Don’t Breathe démontre que le jeu du chat et de la souris peut atteindre des proportions incontrôlables en dépit d’une histoire qui se limite presque aux quatre murs d’une maison. Loin d’être un simple décor, cette maison bâtie expressément pour les besoins du tournage renforce cette atmosphère claustrophobique qui prend de court à la fois les personnages et les spectateurs. Dommage qu’il soit si difficile pour nous de s’identifier à eux tellement tout le monde s’amuse à passer du camp des gentils au camp des méchants, et vice versa. Money, Alex et Rocky auraient dû prendre exemple sur Harry et Marvin en jetant leur dévolu sur la maison des McCallister. Son hôte de huit ans est beaucoup moins antipathique!

Verdict : 7,5 sur 10

Le réalisateur Fede Alvarez et le producteur exécutif Mathew Hart à la première canadienne de Don't Breathe à Fantasia le 3 août 2016.

Le réalisateur Fede Alvarez et le producteur exécutif Mathew Hart à la première canadienne de Don’t Breathe à Fantasia le 3 août 2016.

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca