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Suicide Squad – Critique du blockbuster DC avec Will Smith et Margot Robbie

Quand la Suicide Squad se marvelise au point de devenir la Suicide Swag…

Difficile d’écrire objectivement sur un blockbuster aussi attendu que Suicide Squad, de départager le pour du contre, surtout devant un résultat aussi inattendu. S’il ne remplit pas la majorité de ses promesses, je dois au minimum reconnaître qu’il possède un certain charme capable d’envoûter de meilleure façon que l’Enchantress jouée par Cara Delevingne. Voici donc ma critique qui aborde ce film-évènement sous tous ses angles et tous ses côtés, hypoténuse incluse évidemment!

La Suicide Squad prête à passer à l'action!

La Suicide Squad prête à passer à l’action!

Le 13 juillet 2015, au lendemain du Comic-Con de San Diego, un first look de 3min06 a été mis en ligne par la Warner. Son but était de donner un aperçu du film, de tâter le pouls du public et d’estimer ses attentes. Nous y avons découvert, au son de la chanson I Started A Joke des Bee Gees, la majorité des personnages, un aperçu de Batman (Ben Affleck) et un nouveau Joker (Jared Leto) des plus sadiques. Ce qui n’aurait dû être qu’un spin-off de supervilains, autrement dit le troisième film du DC Extended Universe après Man of Steel et Batman v Superman: Dawn of Justice, est devenu un objet destiné à sauver la face d’un studio incapable de rivaliser avec Disney, le Marvel Cinematic Universe et ses 13 superproductions qui ont à peu près toutes connu un succès critique et/ou commercial.

Le 19 janvier 2016, un premier official trailer de 2min31 a envahi le web avec plusieurs nouveautés par rapport à la vidéo antérieure. Primo, une police de caractère beaucoup plus colorée à l’image du personnage cabotin et sexy d’Harley Quinn (Margot Robbie), mis en avant-plan cette fois. Secundo, l’ajout d’une musique entraînante et populaire telle que Bohemian Rhapsody de Queen. Tertio, le personnage du Joker relégué au second rang, alors qu’il était le point culminant six mois plus tôt. Pourquoi? Parce que les gens s’attendaient à trop de violence et il fallait réorienter le tir après que la MPAA ait décidé d’interdire le film aux moins de 13 ans non accompagnés d’un adulte.

Le 10 avril 2016, le blitz trailer de 2min30 a confirmé le vent de changement avec un arrière-plan aussi électrisant que le logo modifié précédemment. Plus d’Harley Quinn et moins de Joker dans ces nouvelles images. À noter le recyclage d’un autre titre de la soundtrack de Wayne’s World, Ballroom Blitz, interprété par Tia Carrere. Tout cela donnait l’impression que Suicide Squad s’était trouvé un style à lui, voire une signature. Or, il s’agit plutôt d’une façade, d’une couche de maquillage, d’une tentative de « marvelisation » d’un produit jugé trop risqué aux yeux des décideurs de la Warner.

L'évolution des logos au fil des bandes-annonces.

L’évolution des logos au fil des bandes-annonces.

Voici le synopsis :

Amanda Waller (Viola Davis), agente spéciale qui travaille secrètement pour la sécurité nationale du pays, craint l’apparition du prochain méta-humain qui pourrait attaquer l’humanité, surtout depuis la mort de Superman. Pour prévenir cette possibilité, elle fait adopter le projet Commando X, visant à utiliser des crapules de la pire espèce pour répondre aux menaces de façon non-officielle. En plus d’Harley Quinn, sa liste comprend le tireur d’élite Deadshot (Will Smith), l’homme-crocodile Killer Croc (Adewale Akinnuoye-Agbaje), le pyromane Diablo (Jay Hernandez), l’alcoolique australien Captain Boomerang (Jai Courtney), le spécialiste en maniement de cordes incassables Slipknot (Adam Beach) et la ninja pourvue d’un sabre voleur d’âmes Katana (Karen Fukuhara). Alors qu’une force surnaturelle se réveille, Waller appelle le colonel Rick Flag (Joel Kinnaman) pour prendre le commandement des opérations et lancer une mission-suicide.

David Ayer, réalisateur (Fury, End of Watch, Sabotage) et scénariste (The Fast and the Furious, Training Day, S.W.A.T., U-571), a eu du mal à gérer les 175 millions de dollars mis à sa disposition. C’est sans compter le délai intenable du calendrier DC, la pression de la Warner et le manque de liberté créatrice pour un film déjà inscrit dans une continuité avec un avant et un après. C’est pourquoi le montage à l’écran n’est pas le sien, mais bien celui de la société Trailer Park responsable des bandes-annonces. Le sort de Suicide Squad aura ainsi été identique à celui du Fantastic Four de Josh Trank sorti l’an dernier à pareille date.

Philippe Guedj, journaliste spécialisé et coauteur de deux documentaires sur Marvel, précise : « Ce n’est pas la première fois qu’un blockbuster échappe à son réalisateur, qu’il est évincé de la salle de montage ou que le studio se le réapproprie. »

Revenons au film en soi. Le premier tiers est réservé à la présentation des personnages, sous forme de flashbacks, prétexte à glisser des apparitions de Batman et de Flash (Ezra Miller). Si le premier est derrière les arrestations de Deadshot et d’Harley Quinn, le second a le mérite d’avoir capturé Captain Boomerang. Ce caméo-éclair avec Flash, il a été tourné par Zack Snyder (Batman v Superman: Dawn of Justice, 300, Watchmen), alors qu’il est actuellement en plein tournage de Justice League prévu le 17 novembre 2017. En tant que producteur exécutif de Suicide Squad, il a tout simplement offert ces plans à Ayer. Le temps alloué à chacun de ces retours en arrière reste cependant inégal, ce qui justifie que nous avons de la misère à nous attacher/identifier à la moitié de l’équipe.

Killer Croc (Adewale Akinnuoye-Agbaje) et Harley Quinn (Margot Robbie) dans Suicide Squad.

Killer Croc (Adewale Akinnuoye-Agbaje) et Harley Quinn (Margot Robbie) dans Suicide Squad.

L’an dernier, Will Smith et Margot Robbie étaient les têtes d’affiche de Focus. Le hasard fait bien les choses, puisqu’ils sont de nouveau les stars de Suicide Squad, laissant les miettes aux autres. Will Smith (Ali, Independence Day, I Am Legend, la trilogie Men in Black) reste fidèle à lui-même et à personne d’autre, lui qui voit sa carrière aller decrescendo depuis quelques années. Le montage lui accorde beaucoup trop d’importance, grâce à une storyline personnelle et banale où il joue encore les bons pères de famille.

Margot Robbie, quant à elle, défend la cause des femmes : « L’un de mes buts est d’aider à créer plus de projets mettant en vedette la gent féminine. Je viens tout juste de mettre sur pied une compagnie de production, et nous avons six films en développement. Il est temps que les femmes prennent leur place à Hollywood. Nous ne sommes pas toutes des têtes folles, n’est-ce pas? »

Elle, non. Son personnage, oui. La psychologue Harleen Quinzel devenue la psychopathe Harley Quinn est l’unique originalité d’un scénario écrit en six semaines par Ayer lui-même. Derrière ses bulles de chewing-gum et son sourire diabolique se cache une femme complexe et borderline, héritière de l’arlequin (d’où son surnom) de la commedia dell’arte. Dommage toutefois que ses répliques les plus décapantes aient servi d’appâts dans les vidéos promotionnelles.

Tous les autres supervilains ont un air de déjà-vu. Par exemple, Diablo se prend pour la Torche humaine de Fantastic Four ou Pyro d’X-Men, avec un look à la Rick Genest de surcroît. L’Enchantress s’accapare les pouvoirs de Scarlet Witch dans Avengers: Age of Ultron et reprend les mêmes motivations qu’En Sabah Nur dans X-Men: Apocalypse. C’est donc encore une fois un antagoniste raté pour un énième film de superhéros. Avec une présence réduite à environ une vingtaine de minutes en raison du montage charcuté, même le Joker déçoit tellement il semble sortir tout droit d’un film noir des années 30 avec sa caricature de gangster hystérique à la Scarface ou The Public Enemy dès qu’il sort sa mitraillette. Il est loin de la version proposée par Heath Ledger dans The Dark Knight en 2008…

La special guest star de Suicide Squad : Le Joker.

La special guest star de Suicide Squad : Le Joker.

Le manque de sérieux et le recours systématique à la coolitude ont fait en sorte que Suicide Squad s’est perdu quelque part entre Guardians of the Galaxy et Deadpool, ce qui est dommage puisqu’il avait un potentiel énorme.

Jacques Mandelbaum, critique et journaliste pour Le monde, a écrit le 20 juin 2007 : « Qu’est-ce qu’un film choral? Étymologiquement, c’est un genre qui emprunte sa définition à la forme musicale du choeur. Cinématographiquement, c’est une œuvre qui se distingue par deux caractéristiques majeures : la transformation de la plupart des protagonistes en personnages principaux, la nécessité de faire se croiser leurs destins selon un plan préétabli. Il s’ensuit qu’il faut une habileté de grand orfèvre pour éviter les deux écueils qui plombent le genre : la caricature des caractères, trop nombreux pour être approfondis, et le déterminisme cousu de fil blanc d’un scénario qui se déguise en hasard. »

Voilà le principal défaut du film. Il y a trop de protagonistes, aucun antagoniste digne de ce nom ainsi qu’une absence de rebondissement dans le déroulement des scènes. La Warner a eu peur des critiques, de la concurrence et des attentes. Le marketing viral a duré presque 13 mois, sans jamais divulguer d’informations au sujet de cette fameuse et soi-disant mission-suicide. Je comprends pourquoi aujourd’hui…

Les premiers balbutiements  d'une histoire d'amour pas comme les autres...

Les premiers balbutiements d’une histoire d’amour pas comme les autres…

Bref, contrairement à Deadshot, Suicide Squad manque la cible de peu en étant mal monté et mal écrit. S’il est ponctué de bonnes chansons, comme House of the Rising Sun d’Animals en guise de scène d’ouverture ou Without Me d’Eminem, cela ne suffit pas à sauver une histoire qui aurait mérité un meilleur traitement. Dans l’espoir de voir un jour le director’s cut d’Ayer, je tiens à dire que Warner/DC semblent avoir confondu deux mots : sérialisation et stérilisation!

Verdict : 7,5 sur 10

P.S. : Il y a une scène bonus à la moitié du générique de fin.

Des logos très originaux à l'effigie de dix personnages.

Des logos très originaux à l’effigie de dix personnages.

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca