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Blair Witch – Critique du film d’Adam Wingard

Promenons-nous dans les bois, pendant que la sorcière n'y est pas. Si elle y était, où serait l'intérêt?

Le 10 mai 2016, Lionsgate a mis en ligne l’affiche et le teaser de son film d’horreur The Woods. Rien à en redire, sinon que les premières secondes rendaient hommage à l’ouverture du classique The Shining. Le 22 juillet 2016, dans le cadre du San Diego Comic-Con International, le réalisateur Adam Wingard a présenté l’official trailer moins de deux mois avant la sortie prévue le 16 septembre. Tandis que tout le monde surveillait les nouveautés de Marvel et DC, nul n’a vu venir le coup de théâtre : The Woods se révélait être le working title de Blair Witch

Au début de l’année, le producteur J.J. Abrams a eu recours à un stratagème semblable pour la suite de Cloverfield (2008) intitulée officieusement The Cellar et Valencia, puis officiellement 10 Cloverfield Lane. Cette approche se résume par l’expression marketing anglaise « under promise, over deliver », en ce sens que moins le spectateur en sait ou en voit sur un film attendu avant qu’il prenne l’affiche et plus ce jour-là le buzz sera considérable, notamment s’il offre un résultat de qualité. Les spectateurs réclamaient depuis longtemps une suite digne de ce nom au film culte The Blair Witch Project. Ils ont dû patienter 17 ans pour l’avoir, ou plutôt la voir.

Il faut rappeler que, en 1999, ce long métrage d’horreur de Daniel Myrick et Eduardo Sánchez a fait date dans l’histoire du septième art grâce à sa forme singulière qui privilégiait la technique du found footage. Il s’agit, pour les rares lecteurs et lectrices qui l’ignorent, d’enregistrements soi-disant trouvés que nous visionnons en guise de film. La caméra y est subjective, souvent tenue par les personnages eux-mêmes, ce qui se rapproche d’une esthétique propre au cinéma direct et permet une participation active du spectateur. Plusieurs réalisateurs ont fait sien ce défi formel à la suite de son succès. À part le Cloverfield susmentionné, je pense entre autres à la saga Paranormal Activity, Project Almanac, Therapy, Chronicle, [Rec] et Quarantine.

Un autre avantage, c’est qu’un film utilisant le found footage ne coûte rien par rapport aux superproductions hollywoodiennes. The Blair Witch Project reste un exemple notoire en raison de ses recettes s’élevant à 249 millions de dollars et son budget estimé à 60 000 dollars (25 000 dollars au départ avant des reshoots et le réenregistrement de la musique). Ce n’est grosso modo que 4 144 fois son coût de production!

Brandon Scott, Corbin Reid, James Allen McCune, Valorie Curry et Wes Robinson dans Blair Witch.

Brandon Scott, Corbin Reid, James Allen McCune, Valorie Curry et Wes Robinson dans Blair Witch.

Après avoir visionné une vidéo en ligne qui laisse supposer que sa sœur Heather est toujours en vie, James Donahue (James Allen McCune) décide de s’aventurer dans la forêt de Black Hills, dans le Maryland, afin d’élucider les mystères autour de cette disparition que beaucoup croient liée à la légende de la sorcière de Blair. James s’enfonce dans la forêt en compagnie de trois amis et de deux guides. Ils comprennent peu à peu que la légende est réelle et bien plus terrifiante que ce qu’ils auraient pu imaginer…

Adam Wingard, le réalisateur de You’re Next, The Guest et bientôt Death Note ainsi que le coréalisateur de V/H/S et V/H/S/2, nous offre un film qui fait suite à The Blair Witch Project et fait fi de Book of Shadows: Blair Witch 2. Celui-ci, un navet aussitôt mastiqué aussitôt déféqué, est sorti en 2000 et ne se contentait que d’exploiter la notoriété de son prédécesseur. Aujourd’hui, Wingard nous offre quelque chose qui s’apparente un peu plus à ce qui faisait le charme du film original, quoique j’insiste vraiment sur le « un peu plus »…

Adam Wingard se souvient : « Je faisais partie des centaines de millions de lycéens qui se baladaient dans les bois munis d’un caméscope et qui en tournaient une parodie avec leurs copains. Ce film est d’une authenticité absolue. Personne n’a obtenu un tel degré de réalisme avant ou depuis Le Projet Blair. »

En 1999, les trois acteurs du film The Blair Witch Project ont fait l'objet de fausses publicités...

En 1999, les trois acteurs du film The Blair Witch Project ont fait l’objet de fausses publicités…

L’archéologue en herbe saura que The Blair Witch Project n’est que l’archétype du found footage, étant donné qu’il a repris une idée de Ruggero Deodato. En effet, en 1980, le controversé Cannibal Holocaust présentait une fiction si réaliste qu’elle a été maintes fois confondue avec un documentaire. Le réalisateur italien avait dû prouver dans les médias que les personnes à l’écran étaient toujours vivantes. Presque deux décennies plus tard, Myrick et Sánchez ont volontairement levé l’ambiguïté sur le web autour de leur projet avec un site internet créé par Sánchez lui-même dans lequel il propageait de fausses informations. Internet Movie Database a même contribué en affichant le statut « missing, presumed dead » sur la page des trois acteurs principaux.

Simon Barrett, fidèle collaborateur d’Adam Wingard comme en témoigne sa filmographie sélective (You’re Next, V/H/S, V/H/S/2, The Guest), a terminé le premier jet du scénario le 31 octobre 2013. Neuf mois plus tard, après nombre de peaufinages, il a finalement inscrit The Woods sur la page couverture. Mieux, pour brouiller les pistes et éviter tout lien possible avec The Blair Witch Project, il a écrit de faux textes pour les auditions des acteurs. Ces derniers ignoraient donc tout de la véritable identité de la production avant d’apposer leur signature au bas de leur contrat!

Tourné dans le plus grand des secrets à Vancouver en mai et juin 2015, l’équipe de Blair Witch a reconstitué brique par brique la maison de la scène finale du premier film pour servir de décor. À noter que cette maison est située au 8020 Baltimore National Pike, à Ellicott City, dans le Maryland. Exit la caméra 16mm CP-16A et la RCA PRO854 Hi8 Camcorder qui ont respectivement été employées en 1999 pour les scènes en noir et blanc et celles en couleur. Elles ont ici été remplacées par des caméras bluetooth et un drone Phantom. Cette initiative intéressante procure une stabilité nécessaire à l’image, surtout depuis que la mode du found footage trop agité a perdu de son impact en passant d’un phénomène plein de promesses à un procédé plein de mensonges…

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Nous assistons, impuissants, à une sorte de sélection darwinienne symbolisée par le psychopathe du coin. Le fait qu’il y ait maintenant six victimes potentielles, le double de jadis, permet à Barrett et Wingard d’étendre un peu plus cet univers. J’insiste encore sur le « un peu plus ». En effet, bien que la barre ait été mise plus haute, le résultat se contente de resservir plutôt que de réinventer. La seconde partie n’est d’ailleurs qu’une succession de n’importe quoi avec des tentes qui virevoltent, des modules dans les arbres qui agissent comme poupées vaudoues et une créature out of nowhere qui ressemble à Gollum…

Bref, Blair Witch s’attaque à nos peurs viscérales, préférant la suggestion par le suspense que l’exagération par le gore, à un point tel que nous en venons à imaginer le pire. Le véritable problème de cette suite, c’est qu’elle manque d’improvisation et de naturel. Le sort de tout un chacun nous importe moins que le fait de vérifier l’heure sur notre cellulaire et de valider le temps qu’il reste à ce film de 89 minutes. Nous voulons savoir de quoi il en retourne, mais cette réponse n’arrivera jamais au même titre que la version de 1999. Nous n’avons plus envie d’élaborer des théories afin de départager le vrai du faux. Tout est faux, à commencer par le talent de Barrett d’inventer un scénario béton et celui de Wingard d’éviter les jump scares bidons. Un sacré fiasco devant le film-événement annoncé depuis moins de deux mois dans les vidéos publicitaires…

Verdict : 6 sur 10

P.S. : Vous aimeriez voir une version longue du film culte The Blair Witch Project? Sachez qu’il y avait plus de 19 heures de rushes au tournage. Je vous invite donc à signer une pétition au lien suivant : http://foundfootagecritic.com/blair-witch-petition/

Le poster officiel d'un film officieux...

Le poster officiel d’un film officieux…

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca