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Nitro Rush – Critique du film de Guillaume Lemay-Thivierge

Quand le matou québécois tente de devenir un tigre américanisé et stéréotypé!

Neuf années se sont écoulées entre Nitro et Nitro Rush. Neuf années au cours desquelles le cinéma québécois a perdu beaucoup de plumes, volant de moins en moins haut au point de voir sa part de marché passer de 10,7% à 7,2% dans son propre nid (les États-Unis dominent sans surprise avec les quatre cinquièmes, imaginez!). Le nouveau film d’Alain Desrochers tente aujourd’hui de renverser la vapeur en apposant le sceau « Made in Québec » à une suite qui imite ce que le cinéma d’Hollywood fait de mieux, pour le meilleur quoique aussi pour le pire.

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L’action de Nitro Rush se concentre autour de Julien, alias Max (Guillaume Lemay-Thivierge), condamné il y a six ans pour l’homicide involontaire d’un policier, au moment où il apprend que son fils de 17 ans, Théo (Antoine Desrochers), vient d’être recruté par une organisation criminelle. Voulant à tout prix lui venir en aide, Max s’évade de prison pour le retrouver. Il découvre alors que Théo et son meilleur ami Charly (Antoine Olivier Pilon) sont tombés sous la coupe de Daphné (Madeleine Péloquin), une femme fatale qui profite du génie en informatique des deux ados pour planifier un vol audacieux. Voyant qu’il sera incapable de dissuader son fils de faire le coup, Max se joint à leur équipe pour le protéger. Ses habiletés de chauffeur et ses talents athlétiques seront alors mis à profit.

Le scénario de Martin Girard (Angle mort, Le secret de ma mère) recycle la plupart des clichés inhérents au genre, multipliant les invraisemblances et les coïncidences douteuses, mais il s’en sert à des fins de divertissement tout en demeurant conscient de ses limites, à savoir que ces ingrédients n’obtiendront jamais des recettes équivalentes à celles des blockbusters hollywoodiens. C’est pourquoi je lui pardonne la faiblesse de plusieurs dialogues et de certains personnages, en particulier tout ce qui concerne Jean-Nicolas Verreault (Le survenant, la télésérie Les aventures tumultueuses de Jack Carter, la websérie Projet-M) en chimiste complètement raté, Micheline Lanctôt (La vraie nature de Bernadette, la télésérie Unité 9) en pâle copie de M tirée de James Bond et Alexandre Goyette (King Dave) en fier-à-bras surjoué au possible…

Il est vrai que la dernière réalisation d’Alain Desrochers (Nitro, Gerry) a bénéficié d’un budget de 5,6 millions de dollars (contre 7,1 millions pour Nitro en 2007), ce qui démontre en partie comment nos artisans sont capables de petits miracles avec des mirages. La performance physique des scènes de combats, à la hauteur pour la plupart, a été préférée aux dépenses engendrées par des scènes de poursuites en voiture. Nous nous éloignons enfin de la saga Fast and Furious, sauf que nous sommes encore loin des chorégraphies des films The Raid: Redemption et The Raid 2: Berandal!

Guillaume Lemay-Thivierge est de nouveau Max dans Nitro Rush.

Guillaume Lemay-Thivierge est de nouveau Max dans Nitro Rush.

Guillaume Lemay-Thivierge (Le matou, Les pieds dans le vide, Filière 13, La ligne brisée, Frisson des collines) donne son maximum dans la peau de Max, pour le plus grand plaisir de ceux et celles qui souhaitent le voir en action. Il a exécuté lui-même 95% de ses cascades, en dépit d’une blessure à l’aine survenue au cours du tournage. « Lorsque je suis projeté contre le pare-brise d’une voiture par exemple, vers la fin, ce n’est pas moi. Il y a 10 ans, par excès d’orgueil, je l’aurais peut-être tentée. » Comme le disait si bien l’expression inventée en 1988 par Stéphane Laporte, dans le cadre d’une publicité de GM avec André-Philippe Gagnon, allez hop, cascade!

Les deux Antoine sont crédibles. Je parle ici d’Antoine Desrochers (Maman est chez le coiffeur), le véritable fils du réalisateur qui reprend le rôle de Théo neuf ans plus tard dans un effet digne de Boyhood, et d’Antoine Olivier Pilon (Mommy, Frisson des collines et bientôt 1:54) en meilleur ami emo crack en informatique. Quant à Alexandre Goyette, il incarne de nouveau Colosse qui se veut son tout premier rôle au grand écran. Quel beau malaise que celui de constater que le rôle de l’Avocat est désormais tenu par Andreas Apergis (X-Men: Days of Future Past) et non plus par Martin Matte. À croire que l’humoriste ne voulait pas se pavaner les fesses à l’air dans une scène qui plagie celle devenue culte du film A History of Violence!

Madeleine Péloquin (Gerry, Pour l’amour de Dieu) est la nouvelle James Bond Girl après Lucie Laurier dans le premier film. L’actrice au sujet de son personnage : « Autant elle utilise ses charmes, autant elle utilise des poings lorsque vient le temps de se battre. C’est une super woman moderne. Pour moi, ce rôle est des plus intéressants parce que Daphnée est une femme qui se tient debout toute seule. Souvent, on est la femme de, la blonde de, l’amie de, la mère de, etc. Mais certainement pas ici! » J’ai dénombré un grand total d’une seule séquence où elle en vient aux coups. Dommage pour quelqu’un qui est ceinture brune en karaté…

Madeleine Péloquin, Guillaume Lemay-Thivierge, Antoine Desrochers, Alexandre Goyette et Antoine Olivier Pilon dans Nitro Rush.

Madeleine Péloquin, Guillaume Lemay-Thivierge, Antoine Desrochers, Alexandre Goyette et Antoine Olivier Pilon dans Nitro Rush.

Notre cinématographie oscille habituellement entre la comédie et le drame, quelque part à mi-chemin autour de quelque chose qu’il convient d’appeler comédie dramatique ou drame comique. Il n’ose que très rarement s’aventurer sur le territoire du film de genre, par peur de se mesurer aux blockbusters hollywoodiens qui se sont accaparés les dix premières positions du box-office québécois en 2015. Une première en dix ans. Étant donné que 80% de ce top 10 étaient des suites et 50% étaient offerts en 3D, je trouve que cela en dit long sur l’intérêt des gens d’ici pour le cinéma d’ici. Voici ce fameux top 10 classé selon la longueur des files d’attente :

1. Minions avec 846 210 entrées et 6 554 938 en recettes.
2. Star Wars: Episode VII – The Force Awakens avec 837 725 entrées et 8 376 136 en recettes.
3. Jurassic World avec 816 440 entrées et 7 569 910 en recettes.
4. Furious 7 avec 634 907 entrées et 5 260 997 en recettes.
5. Spectre avec 604 261 entrées et 4 977 525 en recettes.
6. Avengers: Age of Ultron avec 572 531 entrées et 5 181 168 en recettes.
7. Inside Out avec 485 779 entrées et 3 705 770 en recettes.
8. The Hunger Games: Mockingjay – Part 2 avec 469 427 entrées et 3 831 783 en recettes.
9. Mission: Impossible – Rogue Nation avec 447 760 entrées et 3 604 772 en recettes.
10. Fifty Shades of Grey avec 391 856 entrées et 3 177 209 en recettes.

Martin Bilodeau, critique de cinéma et rédacteur en chef de Mediafilm : « Les gens vont moins au cinéma qu’il y a 10 ans. Ils sont plus devant les téléséries et donc, aujourd’hui, l’idée de faire 11 millions au box-office avec Bon Cop, Bad Cop, c’est à peu près impensable. […] Aujourd’hui, un triomphe au box-office au Québec, ça fait à peu près 4 millions. » Pourtant, Bon Cop, Bap Cop 2 (réalisé par Alain Desrochers!) et De père en flic 2 sortiront durant l’été 2017. À noter qu’il s’agit des deux seuls films québécois à avoir franchi le cap des 10 millions au box-office, le premier avec 10 644 655 dollars et le second avec 10 543 792 dollars.

La première mondiale de Nitro Rush a eu lieu le 13 juin 2016 à la 19e édition du Shanghai International Film Festival (SIFF), durant la « Jackie Chan Action Movie Week », en présence de Guillaume Lemay-Thivierge qui a été accueilli telle une superstar de films d’action. Plusieurs pays ont déjà acheté les droits de distribution dont le Japon, l’Amérique latine, la France, la Corée du Sud, l’Allemagne ainsi que la Turquie.

L’acteur de 40 ans au sujet de cette première en sol chinois : « Je ne savais pas trop à quoi m’attendre, mais je me suis finalement retrouvé à me faire prendre en photo et à faire des selfies avec des spectateurs. Je me suis senti comme une mini vedette en Chine. Je pense que l’accueil a été bon. Les gens sont restés dans la salle à la fin du film pour nous poser des questions. On avait d’ailleurs un interprète avec nous sur scène qui traduisait les questions et les réponses. C’était surréaliste comme expérience. »

Nitro Rush est offert en D-BOX, une première pour un film québécois. La ressemblance entre D-BOX et botox, à part la rime? Les deux proposent un résultat qui ne semble décevant qu’à travers le regard d’autrui, en l’occurrence les spectateurs. La différence? Le premier bouge trop et le second ne bouge plus… Blague à part, cette technologie qui force le siège à suivre l’action de l’écran ne sert à rien, sinon à nuire à toute immersion du spectateur entre deux accalmies. Un gros 17,50$ mal investi!

Guillaume Lemay-Thivierge s'est entraîné au centre Gym X à Saint-Jérôme.

Guillaume Lemay-Thivierge s’est entraîné au centre Gym X à Saint-Jérôme.

J’ai un faible pour les plan-séquences (mon article Le plan-séquence au cinéma en atteste), surtout ceux qui permettent à la caméra de se déplacer dans un environnement hostile. Celui de Nitro Rush dure 3min30, se situe au début lors d’une scène de douche et a exigé 18 prises au tournage, dont une dizaine intégralement. Je l’attendais de pied ferme et j’ai été un tantinet déçu par son manque de créativité. Il y a eu 34 jours de tournage entre le 28 mai 2015 et le 17 juillet 2015.

Bref, Nitro Rush parvient malgré tout à tirer son épingle du jeu. Si le premier film avait plus de défauts que de qualités, ce second a plus de qualités que de défauts. Est-ce que le Québec, à l’image des États-Unis, fera un modèle d’affaires de la pratique de décliner en suites tout film dépassant un certain score au box-office? Sans doute. Pour ce faire, nous devons continuer à redoubler d’efforts. Une trilogie avec Nitro? Fort possible, notamment en raison de la fin ouverte où l’ersatz de M propose une nouvelle mission à Max. Il ne faudra toutefois pas attendre que Guillaume souffle ses cinquante bougies!

Verdict : 6 sur 10

Post-scriptum : J’ai aimé le clin d’œil au film de prison The Shawshank Redemption avec le roman Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas.

Les stars de #NitroRush se jettent dans le vide!

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca