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Radio-Canada: le diffuseur public qui joue au diffuseur privé

Lise Ravary, chroniqueuse au Journal de Montréal, publiait récemment un billet dans lequel elle déplorait l’existence d’une forme de pensée unique de gauche à Radio-Canada, tout particulièrement à la Première Chaîne.

Dans son texte, l’auteure fournissait plusieurs exemples récents, dont Guillaume Wagner se moquant des gens préoccupés par le burkini ou les animateurs de l’émission La soirée est encore jeune comparant la CAQ au Ku Klux Klan. Évidemment, la chronique a suscité de vives réactions.

Lise Ravary

Lise Ravary

Radio-Canada

Lorsqu’on critique la pensée unique de gauche qui règne à Radio-Canada, particulièrement dans sa radio, la réponse la plus populaire chez les progressites consiste à dire qu’il y a également une pensée unique dans les radios de Québec, qui sont généralement à droite.

Premièrement, si les deux situations étaient véritablement équivalentes, une telle critique reposerait sur le sophisme de la double faute, qui consiste à tenter de justifier une situation inacceptable en évoquant une autre situation inacceptable. C’est le fameux « two wrongs make a right » ou « une mauvaise action en justifie une autre ». Il ne s’agit pas d’un argument recevable dans le cadre d’un débat digne de ce nom. Cependant, il ne s’agit pas de deux situations équivalentes et le fait d’évoquer le penchant conservateur des radios de Québec, dans une discussion sur le biais gauchiste de Radio-Canada, trahit surtout une incompréhension assez navrante de la différence entre un diffuseur privé et un diffuseur public.

Un diffuseur privé peut adopter la ligne éditoriale qu’il veut, à l’intérieur des limites fixées par la loi et n’est redevable à personne d’autre qu’à ses auditeurs, ses employés et ses patrons (ou aux actionnaires, quand il y en a).

Radio-Canada

Radio-Canada est un diffuseur public qui est financé par l’ensemble des Canadiens et qui a pour mandat de représenter de façon équilibrée toutes les principales sensibilités politiques qui s’expriment au Canada, pas seulement celles occupant l’espace à gauche de l’échiquier. C’est pourquoi la comparaison entre les radios de Québec et Radio-Canada est inadmissible et fallacieuse. Ce sont des médias qui n’ont pas le même financement, ni le même mandat.

Si on n’aime pas les propos entendus sur les ondes de certaines radios privées, on change de poste et on refuse d’assister à des événements qu’elles commanditent. Si on y tient vraiment, on peut même appeler leurs commanditaires pour signaler son mécontentement quant au contenu des stations visées. Si assez de gens font pareil, une radio privée qui suscite suffisamment l’opprobre s’effondrera d’elle-même ou elle s’étiolera au fil du temps.

Un diffuseur public, surtout lorsqu’il est financé à hauteur de plus d’un milliard de dollars annuellement, peut survivre et même prospérer tant que son financement demeure relativement stable. Changer de poste, dans ce cas, ne donne à peu près rien. Même si tous les commanditaires boudaient Radio-Canada, la société d’État procéderait sûrement à des coupes mais ne fermerait pas ses portes. C’est pourquoi la Première Chaîne de Radio-Canada peut continuer ses activités, même si elle a des cotes d’écoute ridiculement basses. Une radio publique n’a pas besoin d’auditeurs, elle a besoin de contribuables qui continuent de payer des impôts année après année, afin d’assurer son financement.

En somme, si un diffuseur public ne peut se permettre d’être idéologiquement biaisé, c’est parce qu’il est financé de façon directe et obligatoire par la collectivité, ce qui lui confère d’office le devoir absolu de représenter fidèlement cette dernière. Il est donc tout à fait honteux de voir des animateurs et chroniqueurs de la société d’État cracher sur tout un pan de la société, bien assis sur un financement stable et colossal provenant aussi bien de gens de gauche que de gens de droite.

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Evan J. Demers

Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.