PQ de Lisée: bâtir des ponts, casser les perceptions




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PQ de Lisée: bâtir des ponts, casser les perceptions

Ainsi, les membres du Parti Québécois viennent d’élire Jean-François Lisée à la tête de leur formation politique. Dominant au premier tour avec 47% des voix dans un vote impliquant quatre candidats, le député de Rosemont l’a emporté avec 50,63% des voix au second tour, devançant Alexandre Cloutier par environ 20 %, dans une course à trois.

Jean-Francois Lisee

Jean-François Lisée

De nombreux commentateurs nous affirment d’ores et déjà qu’il s’agit de la victoire d’un certain nationalisme identitaire. Ils ont bien raison. Cela fait presque dix ans que nos élites politico-médiatiques tentent d’étouffer les préoccupations identitaires des Québécois. Cette fois, elles ont clairement échoué.

J’ajouterais qu’il s’agit également de la victoire d’une stratégie indépendantiste claire, parce que définie par les souverainistes et non par les autres, tout en étant prudente et rationnelle, puisqu’elle n’entraîne pas le peuple québécois vers un troisième référendum de façon précipitée, sans tenir compte du climat politique et des questionnements légitimes de la majeure partie de l’électorat.

Au fond, Lisée s’engage à suivre les étapes d’un éventuel changement politique telles que déjà définies par nombre de Québécois. D’abord, il faut briser le quasi-monopole des libéraux sur le pouvoir. Ensuite, il faut reconstruire l’économie québécoise et se redonner un élan de fierté collective pour ensuite voir si nous voulons de l’indépendance. Devant la limpidité d’une pareille stratégie, les libéraux ne pourront plus tirer la sonnette d’alarme en parlant sans cesse d’un référendum imminent.

Martine Ouellet

Quant à la CAQ, elle risque fort de perdre une partie importante de son électorat nationaliste, qui souhaite protéger l’identité québécoise sans toutefois courir vers un référendum. Aussi, Jean-François Lisée pourrait bien ramener au Parti Québécois l’électorat le plus important: celui qui ne vote plus. Tout cela porte à croire que messieurs Couillard et Legault ont plutôt mal dormi la nuit dernière.

Non au Québec multiculturel

D’autres, plus à gauche que le PQ et surtout plus attachés que jamais à cette idée d’un Québec multiculturel et « inclusif », se désolent de la victoire d’un chef voulant réduire les seuils d’immigration et remplacer l’interculturalisme par la concordance culturelle. Parmi ceux-là, certains ressortent même honteusement le fantôme de René Lévesque, comme s’ils l’avaient connu personnellement et pouvaient affirmer avec certitude ce que le fondateur du PQ aurait pensé de l’élection de Lisée. Par ailleurs, ils semblent oublier assez facilement que Lévesque avait fondé le PQ en tant que coalition entre des souverainistes de gauche, de centre et de droite. Rappelons, au surplus, qu’il était bien au fait des dangers et des failles du multiculturalisme canadien.

De toute façon, cette fraction somme toute modeste de l’électorat n’a pas voté PQ depuis dix ans et n’y serait probablement pas retournée, même si Alexandre Cloutier ou Martine Ouellet l’avaient emporté. Ils sont acquis à Québec Solidaire et à Option Nationale et n’acceptent aucune expression de la droite ou même du centre, au sein du mouvement souverainiste tel qu’ils le conçoivent.

Philippe Couillard contre-attaque!

Les libéraux ne sont pas en reste, pour ce qui est des attaques subites et outrancières. Aujourd’hui, Philippe Couillard déclarait reconnaître une « parenté familière » entre le PQ de Lisée et une certaine « extrême-droite », terme que La Presse a cru bon de rapidement biffer, lui préférant l’expression « partis populistes d’Europe ». Ce genre de propos n’a hélas rien de surprenant venant de la machine libérale à fabriquer des épouvantails, même s’il est tout à fait compréhensible de les trouver lassants et ridicules.

Philippe Couillard

Philippe Couillard

Tant chez les libéraux que chez les libertaires, à gauche comme à droite, on continue donc de s’en prendre sans relâche aux défenseurs, même les plus modérés, de l’identité québécoise. Cela donne une bonne idée du combat qui attend manifestement le nouveau chef péquiste et ses troupes, particulièrement sur le terrain identitaire.

Cependant, la véritable question est plutôt de savoir si Jean-François Lisée saura recréer autour de lui cette fameuse coalition qui était à l’origine de l’idéal péquiste. On sait déjà que Martine Ouellet, représentante de l’aile gauche du parti, s’est engagée à rester. Les rumeurs rapatrient même Jean-Martin Aussant au PQ. Si la grande coalition péquiste finit par renaître définitivement de ses cendres, qui représentera la droite dans ce nouvel ensemble ?

Le plan

Sur le plan économique, les racines idéologiques de Lisée restent plantées fermement à gauche, dans une social-démocratie que le nouveau chef péquiste n’a toutefois jamais eu peur de réformer ou de penser différemment. On ne peut tout de même s’imaginer que ce progressiste nouvellement acquis au nationalisme identitaire se transformera demain matin en Adrien Pouliot, ni même en François Legault.

lisée

Il est dans l’air du temps de laisser présager un mise à mort plus ou moins imminente du PQ. Le premier défi de Jean-François Lisée en tant que chef sera de mettre au rancart cette impression qui, avouons-le, est aussi persistante qu’exagérée et probablement nourrie en premier lieu par ceux qui souhaitent la disparition de la formation souverainiste.

En politique, on ne peut toutefois faire l’économie des perceptions, étant donné que celles-ci se transforment trop souvent en réalités, dans l’imaginaire collectif. Si le nouveau meneur que les péquistes viennent de se choisir parvient à casser les perceptions négatives à l’endroit de son parti, tout en insufflant à celui-ci une énergie nouvelle autour d’une coalition renaissante entre droite et gauche, il aura déjà accompli une tâche colossale.

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Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.