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Rogue One: A Star Wars Story – Critique du film de Gareth Edwards

Le jour où j'ai eu raison de fonder en Disney un nouvel espoir de sauver une franchise maltraitée par le numérique...

Disney se devait d’atteindre la cible en son centre pour son premier blockbuster estampillé Star Wars qui ne cadrerait pas dans une trilogie officielle, sans quoi une horde de fans l’attendrait au détour. Or, contre toute attente, le studio aux grandes oreilles a bien entendu leur cri de détresse et réussit l’exploit de faire de Rogue One: A Star Wars Story une superproduction digne de figurer en deuxième position de mon top 3 personnel, tout de suite derrière Star Wars: Episode V – The Empire Strikes Back et devant Star Wars: Episode IV – A New Hope.

« C’est une époque de guerre civile. À bord de vaisseaux spatiaux opérant à partir d’une base cachée, les Rebelles ont emporté leur première victoire sur le maléfique Empire galactique. Au cours de la bataille, des espions rebelles ont réussi à dérober les plans secrets de l’arme absolue de l’Empire : l’Étoile de la Mort, une station spatiale blindée dotée d’un équipement assez puissant pour annihiler une planète tout entière. »

Le paragraphe ci-dessus sonne familier pour quiconque s’intéresse de près à la saga, puisqu’il s’agit d’un extrait de l’opening crawl de l’Épisode IV, l’opus orignal/originel qui a marqué le cinéma et ses cinéphiles en 1977, le quatrième selon l’ordre chronologique de ce récit établi par son père fondateur George Lucas. À noter qu’à l’époque son ami Brian De Palma (Scarface, Carrie, The Untouchables) avait réécrit ce texte introductif.

Grâce à Rogue One: A Star Wars Story, cet extrait de trois phrases devient un long métrage dérivé qui prend place entre les deux trilogies signées Lucas l’iconoclaste (cliquez pour lire pourquoi je l’affuble de ce surnom), autrement dit un sequel de Star Wars: Episode III – Revenge of the Sith sorti en 2005 et un prequel de l’Épisode IV qui soufflera l’an prochain ses 40 bougies. Ce passage de l’écrit à l’image fait la lumière sur une question survolée qui demeurait sans réponse, à savoir comment l’Alliance rebelle a dérobé les plans d’une arme capable de détruire des planètes afin que la princesse Leia les remettre en main propre à R2-D2.

L’histoire commence lorsque Galen Erso (Mads Mikkelsen), le scientifique derrière la fabrication de l’Étoile de la Mort, est fait prisonnier par Orson Krennic (Ben Mendelsohn) qui travaille quant à lui à la solde de l’Empire galactique. L’Alliance rebelle décide alors de former une escouade qui devra à la fois s’emparer des plans de la station avant sa mise en fonction et sauver Galen qui est également la clé permettant d’en découvrir le faille, laquelle sera plus tard exploitée par Luke Skywalker durant la bataille de Yavin dans l’Épisode IV. Pour remplir cette mission suicide, la résistance fait appel à Jyn Erso (Felicity Jones), la fille de Galen, à Saw Gerrera (Forest Whitaker), au capitaine Cassian Andor (Diego Luna), à l’ancien droïde impérial K-2SO (Alan Tudyk), au pilote Bodhi Rook (Riz Ahmed), à l’ancien gardien du temple Jedi Chirrut Îmwe (Donnie Yen) et à son complice Baze Malbus (Jiang Wen).

L’Alliance rebelle prépare une mission commando pour contrecarrer les ambitions de l’Empire.

L’idée de départ du film revient à John Knoll, superviseur des effets visuels d’Industrial Light & Magic (ILM) et cofondateur du logiciel Photoshop. C’était en 2003 durant le tournage de l’Épisode III à Sidney. L’idée est ensuite devenue une histoire entre les mains de Knoll et Gary Whitta (The Book of Eli, After Earth) avant de laisser à Chris Weitz (Cinderella, The Golden Compass, Nutty Professor II: The Klumps) et Tony Gilroy (les trois premiers films et le spin-off de la saga Jason Bourne) le soin de la transposer sous forme de scénario. Coïncidence ou non, Rogue One est aussi le nom du vaisseau de Trudi (Michelle Rodriguez) dans Avatar sur lequel Knoll a aussi collaboré.

La réalisation est celle de Gareth Edwards (Godzilla) qui a eu le lourd mandat de tenir le gouvernail d’un film SW après Lucas l’iconoclaste, Irvin Kershner, Richard Marquand et J.J. Abrams, puis de le céder à Tony Gilroy le temps d’une quarantaine de jours de tournage supplémentaires. Ces « reshoots » ont fait la manchette, certes, mais qu’importe tant et aussi longtemps que le film n’a pas pris l’affiche. Pour se distinguer de ses prédécesseurs, Edwards a résolument filmé à l’ancienne et à hauteur d’homme, plantant sa caméra au plus près des combats criants de réalisme. Le résultat s’inspire de Saving Private Ryan, Black Hawk Down et Zero Dark Thirty, trois films possédant des scènes d’action spectaculaires, tout en respectant et en étoffant la mythologie déjà en place.

Le réalisateur de 41 ans confie non sans humour : « Le truc que tous les réalisateur se demandent c’est “Comment finir mon film?”. Mais dans ce cas précis, nous savions comment le film allait finir. Nous avons dû renverser le processus et nous demander “Quand le film va-t-il commencer?” »

Felicity Jones est Jyn Erso dans Rogue One: A Star Wars Story.

Contrairement à Star Wars: Episode I – The Phantom Menace ainsi qu’aux épisodes IV et VII, nul besoin de présenter des protagonistes qui se développeront ultérieurement. C’est pourquoi il n’y a guère d’étoile qui se distingue des autres parmi cette distribution reposant sur des visages tantôt reconnus, tantôt méconnus :

· Felicity Jones (Inferno, The Theory of Everything, The Amazing Spider-Man 2)
· Mads Mikkelsen (Casino Royale, Clash of the Titans, King Arthur)
· Ben Mendelsohn (Animal Kingdom, Starred Up, Exodus: Gods and Kings et bientôt Ready Player One)
· Forest Whitaker (The Last King of Scotland, Taken 3, Arrival, Southpaw)
· Donnie Yen (la trilogie Yip Man, Ying xiong, Blade II et bientôt xXx: Return of Xander Cage)
· Diego Luna (Y tu mamá también, Dirty Dancing: Havana Nights, Blood Father, Elysium)

Diego Luna résume en quoi le film repousse les limites : « Les gens s’attendent à ce que le ton du film soit fantastique mais c’est tout le contraire. C’est une histoire très intime qui pourrait être réelle. Je pense que de tous les Star Wars, ce film est le plus réaliste de la franchise. Les personnages nous ressemblent beaucoup. Ce sont des héros sans pouvoirs. Ils ont des conviction, des désirs et l’envie de changer les choses. »

En effet, les personnages principaux sont des héros ordinaires et non des superhéros dotés de pouvoirs extraordinaires. Laissons cela à Marvel, une autre filiale lucrative appartenant à Disney. Nos héros ne sont pas des élus promis à un bel avenir, mais bien des boucs émissaires anonymes qui se sacrifient pour aider les élus à devenir ce qu’ils doivent devenir. S’il faut dire « exit » à la rivalité vraisemblable entre les Chevaliers Jedi et les Seigneurs Sith, il faut dire « bienvenue » à la rivalité réaliste entre l’Empire galactique et l’Alliance rebelle!

Après les droïdes R2-D2, C-3PO et tout récemment BB-8, c’est au tour de K-2SO de venir toucher le cœur des fans. Alan Tudyk a donné vie à ce droïde impérial reprogrammé en ayant recours à la motion capture, après l’avoir fait pour Sonny dans I, Robot en 2004. Son personnage vraiment attachant réussit là où Jar Jar Binks a lamentablement échoué, c’est-à-dire à apporter un bon dosage d’humour pour rétablir l’équilibre entre le trop et le trop peu.

Edwards au sujet du travail de Tudyk : « Sur le plateau, Alan devait porter cette combinaison à pois ridicule, il avait toujours l’impression d’être le mec pas cool de la scène entouré d’acteurs vêtus de costumes géniaux. Je lui répétais : “Ne t’inquiète pas Alan, tu vas tous leur voler la vedette une fois à l’écran.” Et j’avais raison. Une fois le robot animé, il est fantastique. »

Cassian Andor (Diego Luna), Jyn Erso (Felicity Jones) et K-2SO (Alan Tudyk) dans Rogue One: A Star Wars Story.

Kathleen Kennedy, la présidente de Lucasfilm depuis sa vente à Disney en 2012, rappelle que l’idée d’un spin-off qui étend l’univers appartient à Lucas l’iconoclaste : « George m’a parlé de faire des films indépendants du canon quand je suis monté à bord de Lucasfilm en 2012. Il y a souvent pensé et avait envie de le faire, il avait rédigé trois ou quatre idées et concepts, au sujet des directions à prendre. De toute évidence, la mythologie offrait beaucoup d’opportunités. C’est donc la première conversation que nous avons eu. »

Ce que peu de gens savent, c’est que trois essais ratés de spin-offs ont déjà été réalisés par le passé : The Star Wars Holiday Special de Steve Binder, The Ewok Adventure de John Korty ainsi qu’Ewoks: The Battle for Endor de Jim et Ken Wheat, trois téléfilms en live-action diffusés respectivement en 1978, 1984 et 1985. Si le temps a permis de les oublier, les sites d’hébergement de vidéos comme YouTube ont permis de les ressusciter, question de rire un peu!

En parlant de résurrection, je dois dénoncer une pratique de plus en plus courante depuis l’avènement des effets visuels assistés par ordinateur. Après le rajeunissement numérique de certains acteurs vieillisant qui se présentent au cours de flashbacks ou de prequels sans la moindre ride, il est aujourd’hui question de résurrection numérique. En effet, cette nouvelle tendance permet à des acteurs décédés de revenir d’entre les morts comme Laurence Olivier (1907–1989) dans Sky Captain and the World of Tomorrow (2004). Rogue One: A Star Wars Story n’y échappe pas, rajeunissant une actrice et ressuscitant un acteur le temps d’un caméo dont je vous épargne le divulgâcheur.

Edwards explique : « En tant que fan boy, réaliser un Star Wars c’est comme renverser son coffre à jouets, prendre chaque figurine et se demander si elle a une bonne raison d’être dans le film. Je pense qu’il faut garder en tête que cette galaxie est immense et qu’on ne doit pas rentrer dans un personnage connu à chaque coin de rue. Si tu truffes ton film de caméos, tu perds cette sensation de gigantisme. »

Pour la liste exhaustive de tous les caméos recensés jusqu’à maintenant, je vous invite à consulter le ***Spoiler Alert*** au bas de de ma critique.

La caméra filme l’action au plus près.

Walt Disney vient de célébrer son cinquantième anniversaire de décès le 15 décembre dernier. C’est lui qui a fondé cette usine qui s’évertue à réaliser nos rêves. La preuve en a été donnée quand Neil Hanvey, atteint d’un cancer en phase terminale, a pu visionner Rogue One: A Star Wars Story deux jours avant sa mort le 23 août 2016. #RogueOneWish. Cette anecdote n’est pas sans rappeler celles de Daniel Fleetwood qui a vu Star Wars: Episode VII – The Force Awakens cinq jours avant sa mort le 10 novembre 2015, #ForceForDaniel, ou de Daniel Craft qui a vu Star Trek Into Darkness la veille de sa mort le 4 janvier 2013.

Je reste toutefois sceptique en ce qui a trait à l’absence d’un générique déroulant en guise d’introduction. Au même titre que la saga James Bond et son gun barrel, c’était une tradition qui faisait partie d’une identité esthétique. Paresse? Je pencherais pour un oui, puisqu’avec toutes ces têtes pensantes et pesantes derrière la caméra, ils auraient pu chercher une autre idée originale au lieu de commencer platement avec une scène pré-générique suivie d’un titre. Comme prix de consolation, nous avons au moins droit à deux autres entrées en matière propres à la franchise : le sous-titre « a long time ago in a galaxy far far away…. » et le plan d’ouverture d’un arrière-plan de l’espace étoilé qui est traversé en avant-plan par un immense vaisseau.

Dommage aussi qu’à la musique John Williams ait été remplacé par Michael Giacchino (compositeur fétiche de J.J. Abrams et de films d’animation), en raison de son âge (84 ans!) et de la charge de travail qu’exige une nouvelle trilogie qui sort à tous les deux ans plutôt qu’à tous les trois ans. J’ai dénombré deux thèmes qui débutent par les mêmes notes que les morceaux de Williams, mais ils tombent à plat dès l’écoute des notes suivantes qui ne res(suscitent) aucunement l’euphorie d’antan.

Mais la grande question demeure : qu’en est-il de Darth Vador? Habilement teasé à la manière de Luke dans Star Wars: Episode VII – The Force Awakens, notre antagoniste préféré apparaît ici à deux reprises, dantesques il va sans dire, quoique sa menace plane à tout moment telle une épée de Damoclès. La scène finale le met en vedette et est de loin la plus jouissive.

Darth Vador est de retour après 11 ans d’absence sur nos écrans!

Le résultat se suffit à lui-même sans forcément en appeler à une déclinaison en suites, et c’est d’ailleurs sa principale force : il propose des personnages mortels qui ne figurent pas les épisodes IV à VII, d’autant plus que les acteurs n’ont pas signé pour plusieurs films comme c’est souvent le cas des projets cinématographiques d’envergure. Le rapport des personnages avec nous se veut donc inhabituel, voire unique, dans la mesure où nous savons grosso modo qui va mourir et pourquoi. Reste à savoir quand et comment, ce qui nous oblige à demeurer sur le qui-vive.

Bref, avec Rogue One: A Star Wars Story, le calendrier SW chez Disney promet de belles choses, surtout pour ces spin-offs qui ne suivent pas tel ou tel membre de la dynastie Skywalker. La transition entre les deux premières trilogies n’est désormais plus une coupure franche, mais bien un long fondu enchaîné de 133 minutes. En attendant de voir le huitième épisode prévu le 15 décembre 2017 et le deuxième spin-off (sur Han Solo!) prévu le 25 mai 2018, je vous invite à vous rendre dès maintenant dans un cinéma près de chez vous, très près de chez vous….

Verdict : 9 sur 10

***SPOILER ALERT***

(sélectionnez avec votre curseur le paragraphe ci-dessous pour le lire)


· Darth Vador
· La princesse Leia (Carrie Fisher rajeunie numériquement de 40 ans grâce au physique d’Ingvild Deila)
· Le Grand Moff Tarkin (Peter Cushing mort en 1994 et ressuscité numériquement 22 ans plus tard)
· Mon Mothma (la fondatrice de l’Alliance rebelle)
· Bail Organa (le père de Leia)
· Obi-Wan Kenobi (son nom est sous-entendu dans une conversation entre Mon Mothma et Bail Organa)
· R2-D2
· C-3PO
· Ponda Baba et Cornelius Evazan (les deux bad guys de la cantina de Mos Eisley qui s’en prennent à Luke)
· Dejarik (le jeu d’échecs en réalité augmentée vu dans l’Épisode IV et l’Épisode VII)

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca

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