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Logan – Critique du film de James Mangold

Quand la mutation d'un gen(r)e donne naissance au super-antihéros ou à l'anti-superhéros!
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C’est confirmé jusqu’à nouvel ordre : Hugh Jackman raccroche ses griffes avec une fiche personnelle de 9 films en 17 ans. Logan se veut donc un dernier baroud d’honneur pour l’acteur australien de 48 ans dans la peau régénératrice de Wolverine. L’importance du film est telle qu’il pourrait annoncer la fin des films de superhéros tels que nous les connaissons, ou pourrait entraîner un brusque changement comme l’a fait au milieu du siècle dernier le western crépusculaire avec le western classique.

Dafne Keen et Hugh Jackman dans Logan.

En 2029, Logan (Hugh Jackman), le professeur Charles Xavier (Patrick Stewart) et Caliban (Stephen Merchant) semblent être les derniers survivants de la race des mutants. Vivant cachés de tous, ils subsistent grâce à Logan qui se charge de leur protection et de leur approvisionnement en nourriture et en médicaments. Cependant, leur relative tranquillité est mise en péril lorsque surgit Laura (Dafne Keen), une jeune mutante échappée d’un laboratoire qui utilise des enfants « spéciaux » dans le but de fabriquer de futurs soldats invincibles. Poursuivi par des mercenaires ayant eux-mêmes subis des transformations, Logan doit à tout prix sauver la vie de Laura pour assurer la perpétuité de leur communauté.

Wolverine est de loin mon personnage de cinéma préféré en tenant compte uniquement de ceux issus de l’univers bédéesque. Pourquoi? Parce que j’aime son humeur dérapante et son humour décapant, sans oublier l’unicité de son passé qui le rend tant attachant que touchant. Il a fait sa première apparition dans les pages de Marvel Comics en 1974 avant de faire l’objet d’une première adaptation sur grand écran en 2000, et ce, avant que Disney/Marvel et Warner/DC ne deviennent les chefs de file des superproductions hollywoodiennes.

Je souhaite de tout coeur que Wolverine ne soit jamais un autre visage que celui de Hugh Jackman (Prisoners, The Prestige, Van Helsing, Real Steel). Il ne faut pas retomber dans le piège des personnages iconiques comme Batman (6 acteurs), Superman (4 acteurs), Spider-Man (3 acteurs) et autres James Bond (6 acteurs) qui n’en finissent plus de perdre à la fois la face et en crédibilité. C’est une question de respect et de reconnaissance envers le travail de l’acteur original ainsi que notre attachement à cet acteur.

Les pouvoirs du vieux mutant s’estompent désormais…

James Mangold (Walk the Line, Identity, Cop Land) signe la réalisation de ce film quatre ans après avoir réalisé The Wolverine (2013), complétant ainsi une trilogie consacrée au mutant griffu (oublions le X-Men Origins: Wolverine de Gavin Hood en 2009). Il était tout désigné pour ce projet-ci, de par son amour du western (il est derrière le remake 3:10 to Yuma) et de Johnny Cash (chanteur country dont la musique rythme la bande-annonce ci-dessus et le générique de fin). Cela explique que le Japon et ses villes du précédent film font place au Texas et ses déserts.

Les influences de Mangold sont nombreuses : Shane (1953), The Cowboys (1972), Paper Moon (1973), The Gauntlet (1977), Little Miss Sunshine (2006) ou encore The Wrestler (2008). À noter que Shane de George Stevens est montré dans un téléviseur puis cité ultérieurement, comme quoi les deux genres ne forment ici qu’un. Logan se la joue aussi Taxi Driver (1976) en raison de l’éclairage de la scène d’ouverture et de son emploi comme chauffeur de limousine, ce qui m’a fait remarquer qu’il y a une ressemblance entre le déploiement de ses lames et le système fabriqué par Travis/Robert De Niro pour déployer son arme à feu, deux prolongements de eux-mêmes par où s’extériorise leur rage intérieure.

La violence de Logan n’est pas gratuite et devient presque nécessaire tellement il y a une cohérence entre elle et l’animalité du personnage. Elle est prise au sérieux contrairement à Deadpool et son humour enfantin. Les griffes en adamantium découpent, tranchent, empalent et étripent, tout en faisant fi de l’interdiction aux moins de 13 ans imposée par Régie du cinéma. Vous êtes prévenus : la violence graphique n’épargne aucun détail, exauçant le souhait de ceux et celles qui déploraient la suggestion des films précédents s’adressant à tous.

La violence graphique n’est pas un effet wow à la Deadpool, fort heureusement…

Il y a un parallèle à faire entre le western crépusculaire et ce qu’il conviendrait d’appeler le film de superhéros post-apocalyptique. Je fais un pas en avant et prédis que Logan représente un tournant important, proposant une nouvelle manière de faire les films de superhéros. Je m’explique.

Le western dit classique se caractérise par des contrastes très marqués entre le blanc et le noir, entre le héros sans faille et le vilain sans pitié. Les paysages sont majestueux, l’exemple récurrent étant Monument Valley à la frontière entre l’Arizona et l’Utah. Stagecoach (1939) de John Ford et Rio Bravo (1959) d’Howard Hawks comptent parmi les films cultes de cette période appartenant à l’âge d’or du cinéma hollywoodien. Il reste toutefois difficile pour nous de se reconnaître en ces personnages plus grands que nature, ce qui donne essor à un processus de distanciation.

Le western dit crépusculaire remplace l’héroïsme manichéen par une ambivalence entre le Bien et le Mal, avec des nuances de gris (une cinquantaine?), autrement dit un bannissement de toutes les frontières. Il marque l’arrivée de l’antihéros avec ses défauts et ses échecs. Les films les plus représentatifs de cette période sont The Wild Bunch (1969) de Sam Peckinpah et Unforgiven (1992) avec/de Clint Eastwood. Il est désormais facile pour nous de se reconnaître en ces personnages terre à terre, ce qui donne essor à un processus d’identification.

Si le X-Men de Bryan Singer ouvrait le 21e siècle en lançant le film de superhéros, je crois qu’il est permis de dire que Logan lancera le film post-apocalyptique mettant en scène des super-antihéros ou des anti-superhéros, continuant là où la trilogie The Dark Knight de Christopher Nolan a fait les premiers pas. C’est d’autant plus pertinent que le titre à lui seul renvoie à l’homme derrière l’image populaire. Il vient même chronologiquement après X-Men: Apocalypse, rendant le choix du terme « post-apocalyptique » encore plus pertinent. Soit dit en passant, les prochains projets de la franchise sont Deadpool 2 le 2 mars 2018, Supernova, X-Men: The New Mutants et une idée de spin-off sur Laura alias X-23.

Patrick Stewart et Hugh Jackman dans Logan.

Il ne faut pas passer sous silence que cette dernière aventure de Wolverine marque aussi la septième et dernière apparition de Patrick Stewart sous les traits du Professeur X. L’acteur britannique de 76 ans est au sommet de son art, à défaut d’être au sommet de sa forme, et jamais la relation entre le personnage du mentor et de son protégé n’aura autant résonné comme une relation entre un père et son fils. Le prochain rôle de Stewart sera merdique : il prêtera sa voix à l’émoticône caca dans The Emoji Movie prévu en salles le 4 août 2017.

Bref, Logan complète une trilogie consacrée au mutant Wolverine et marque sa neuvième (et dernière?) apparition dans la saga X-Men. Le résultat démontre parfaitement à quel point la douleur peut être infligée tantôt par une lame, tantôt par une larme. Hugh Jackman et Patrick Stewart peuvent sortir par la grande porte, la tête haute et le regard fier, puisque Mangold vient d’offrir aux spectateurs ni plus ni moins le protagoniste qu’ils attendaient depuis des années : un surhomme à hauteur d’homme.

Verdict : 9,5 sur 10

Post-scriptum : ne vous attendez pas à la présence de Stan Lee ou d’une scène post-générique, étant donné qu’il s’agit d’un film parfaitement autonome…


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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca

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