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Présidentielle française: décryptage de la victoire d’Emmanuel Macron

Cette fois, les sondages n’avaient pas menti: Emmanuel Macron a remporté, dimanche, l’élection présidentielle française. Avec 65,8% des voix, le candidat libéral et européiste a fait un meilleur score que prévu. Marine Le Pen, candidate du Front National, obtenait pour sa part 34,2% des suffrages.

Emmanuel Macron

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Il s’agit indubitablement d’un résultat fort décevant pour Mme Le Pen, même dans le contexte où les attentes restaient somme toute assez peu élevées envers elle. Il faut se rappeler qu’il n’y a pas si longtemps, elle était donnée largement favorite pour finir en tête au premier tour, ce qu’elle n’a finalement pas fait, en plus de passer bien en-deçà de la barre symbolique des 40% au second tour. Même si Le Front National fait les scores les plus élevés de son histoire, il subsiste un sentiment d’échec, dans le camp Le Pen. L’heure est aux diagnostics et même aux ébauches de solutions. Certains prévoient d’ores et déjà un changement de nom et une restructuration en profondeur du Front National.

Dans le camp gauchiste, on constate un mélange de jubilation et de triomphalisme. Mais pourquoi, au juste ? La gauche socialiste, écologiste, féministe et parfois communiste vient de se jeter dans les bras d’un banquier libéral et mondialiste à la solde du 1%. À première vue, il n’y a rien là qui permette à la gauche de pavoiser. Cependant, aucun autre sentiment ne galvanise autant les forces vives de la gauche que celui d’avoir « vaincu l’extrême droite ». Toute une génération de jeunes progressistes a aujourd’hui le sentiment d’avoir commis un acte quasiment héroïque, dont le courage et l’envergure pourraient même rivaliser, sait-on jamais, avec ceux des jeunes soldats s’élançant bravement de leurs embarcations, lors du Jour J. Les gauchistes de France ont la conviction d’avoir fait tomber le « fascisme ». Mais lequel ?

Comme l’évoquait tout récemment le célèbre philosophe de gauche Michel Onfray, il apparaît de plus en plus évident que le FN est devenu l’épouvantail par excellence du système. Les élites jouent sur l’immoralité supposée du vote FN pour exercer un chantage sur les électeurs français, afin que ceux-ci votent pour les candidats de la France d’en haut. C’est exactement ce qui semble s’être passé dimanche. Pour se targuer d’une sorte de vertu illusoire, le peuple de gauche s’est fait le pantin du néolibéralisme. La tentation de se dire tombeur de la menace fasciste était tout simplement trop forte.

Pourtant, le parti de Marine Le Pen avait probablement mené la campagne la plus classique et la plus normale de son histoire. Voguant sur des sondages favorables à l’issue d’une dédiabolisation qui devait connaître son point culminant avec un résultat marquant pour l’imaginaire collectif, Marine Le Pen et son entourage voulaient surtout ne pas faire trop de vagues. Cette élection devait être celle durant laquelle le candidat FN devait paraître, pour la première fois, véritablement présidentiable. Croyant avoir récolté une authentique caution républicaine en Nicolas Dupont-Aignan, la candidate frontiste faisait campagne sur un programme aux accents certes conservateurs, mais bien loin de la vieille image de son parti.

Emmanuel Macron

Si tous les observateurs s’accordent pour dire que l’entre-deux tours de 2017 n’a rien eu à voir avec celui de 2002, on ne peut passer sous silence l’horrible chanson « La Marine » de Darcy, qui était parsemée d’appels au meurtre à peine voilés, ni les réactions ulcérées de nombreux acteurs et personnalités publiques à l’annonce de l’arrivée de Nicolas Dupont-Aignan dans le camp Le Pen. On ne peut surtout pas ignorer les lettres de certains maires envoyées à leurs citoyens, dans lesquels les élus enjoignaient le bon peuple de voter Macron.

Marine Le Pen, Florian Philippot, Marion Maréchal-Le Pen et tous les autres ont beau marteler qu’ils ne blâment pas les immigrants mais les dirigeants, que leur programme ne repose pas sur la race mais sur la nationalité, qu’ils ne sont ni de droite, ni de gauche mais patriotes, rien n’y fait. De la fondation du parti, en 1972, jusqu’à l’élection de dimanche, peu importe le candidat ou le programme, les réactions et les insultes restent les mêmes: extrême droite, fasciste, raciste, xénophobe.

Le FN demeure prisonnier d’une image que les médias du système ont tout intérêt à entretenir, ce qu’ils ne cesseront manifestement pas de faire. On peut même douter qu’un changement de nom, de président ou même d’éléments de programme saura y faire quoi que ce soit. Pendant ce temps, une partie de la gauche célèbre la victoire d’un banquier. Ou alors, elle se réconforte en se disant que « lui au moins, il est moins pire que Le Pen ».

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Evan J. Demers

Evan J. Demers

Né à Montréal, en 1985, je suis titulaire d'un baccalauréat de l'Université du Québec à Montréal en Animation et Recherche Culturelles. Je suis aussi et surtout chanteur métal, parolier, passionné de musique, de culture populaire, de politique, d'enjeux sociaux et d'humanité.