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Spider-Man: Homecoming – Critique du nouveau film Marvel

Quand l'Empire Disney desserre son emprise pour tisser des liens d’amitié avec Sony!
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Quinze ans. C’est le nombre d’années qui séparent le premier Spider-Man de Sam Raimi du Spider-Man: Homecoming de John Watts. C’est aussi l’âge de Peter Parker dans cette plus récente adaptation qui se veut le 16e blockbuster du Marvel Cinematic Universe ainsi que le 4e de sa Phase III. Le résultat ne s’est aventuré ni au-delà de mes attentes ni en deçà, visant plutôt une toute autre cible. Je me suis même surpris à oublier que trois acteurs et deux studios se sont déjà passés le costume de l’homme araignée au cours de cette (inter)minable course à relais…

Spider-Man ratisse large en quête de père et de repère…

Tobey Maguire a prêté ses traits au superhéros trois fois : en 2002, 2004 et 2007. Signée Raimi, cette trilogie reste sympathique en dépit de tout le mal qui a été dit et écrit à son sujet. Andrew Garfield a ensuite pris la place de Maguire devant la caméra de Marc Webb qui avait lui-même remplacé Raimi. Un diptyque oubliable est né de ce nouveau tandem : en 2012 et 2014. L’accueil mitigé du dernier volet et son piètre box-office domestique (202,85 millions de recettes en sol américain contre 230 millions de budget!) a brouillé les cartes quant à l’introduction des Sinister Six dans d’éventuelles suites. Je trouvais les itérations de ce reboot absolument inutiles, en ce sens qu’elles remontraient ce qui venait d’être montré (morsure de l’araignée, design du costume, découverte des superpouvoirs, mort de l’oncle Ben) et réutilisaient ce qui venait d’être utilisé (Green Goblin en guise d’antagoniste, présence de Curt Connors qui ne deviendra le Lézard que chez Webb).

C’est maintenant au tour de Tom Holland d’enfiler les collants rouges et bleus du célébrissime tisseur afin de démontrer son savoir-faire, là où plusieurs se seraient contentés d’incarner un arbre derrière une forêt d’effets spéciaux numériques. Or, l’acteur britannique de 21 ans se situe bel et bien en avant-plan, sous les feux des projecteurs, armé tant de sa bouille attachante que de sa répartie tranchante. L’apparition de Spidey dans trois scènes de Captain America: Civil War (2016), la troisième se situant après le générique de fin, a été chaudement applaudie, ne serait-ce que pour le vent de fraîcheur qu’elle apportait au sein du conflit opposant Iron Man à Captain America. D’ailleurs, qui de mieux placé qu’un danseur et gymnaste tel que Holland (cliquez ici pour le constater) pour parvenir à atteindre une barre mise à une hauteur vertigineuse par Disney?

Kevin Feige, le président de Marvel Studios, le grand manitou (manie tout?) qui contrôle la toile du MCU et manipule tous les fils conducteurs reliant les films de superhéros entre eux depuis 2008, ne tarit pas d’éloges à l’égard de Tom Holland : « C’est quand il a passé un test avec Robert Downey Jr. que nous avons compris qu’il avait quelque chose d’unique. La plupart des gens sont intimidés en rencontrant une superstar de cette envergure. Tom était nerveux, bien sûr, mais il est parvenu à avoir une vraie interaction avec lui. […] Nous avons pris conscience que leur rencontre se déroulait exactement de la même façon que notre vision d’un Peter Parker rencontrant Tony Stark, qui est une star de cet univers. »

Michael Keaton est Adrian Toomes, alias le Vautour, dans Spider-Man: Homecoming.

Comment deux Majors, soit Marvel Studios (filiale de Walt Disney Studios Entertainment) et Columbia Pictures (filiale de Sony Pictures Entertainment), en sont venus à un consortium dans le but de permettre les retrouvailles de Spidey parmi les siens? Tout a commencé en 1999, lorsque Marvel Comics a vendu le personnage emblématique à Sony pour une somme estimée à sept millions de dollars. C’était juste avant que les adaptations de bandes dessinées superhéroïques modifient à jamais la définition du blockbuster et ouvrent en grand les portes du 21e siècle.

Le 24 novembre 2014, les serveurs de Sony ont été la cible d’un piratage massif revendiqué par le groupe Guardian of Peace. Celui-ci a affirmé avoir pris l’équivalent de 100 téraoctets de données dont une échange de courriels entre Amy Pascal, ex-présidente de Sony à l’époque, et Doug Belgrad, actuel président de Columbia, au sujet de l’avenir du superhéros. C’est ainsi que tout le monde a su que Marvel Studios les courtisait pour que Spidey intègre les futures péripéties du MCU. Surprise gâchée. Sony a annoncé l’officialisation d’un partenariat avec Marvel le 10 février 2015, ce qui prouve à quel point le sous-titre « homecoming » est on ne peut mieux choisi!

Kevin Feige commente : « Deux grands studios, des tonnes d’avocats, de nombreux producteurs, ça aurait pu être compliqué. Pourtant, nous pensions et Sony pensait aussi que ce rapprochement était la meilleure chose à faire pour Spider-Man. Les deux studios sont très attachés à ce personnage. Et nous avons travaillé ensemble pour y parvenir. Au final, c’est un film Sony, produit par Marvel Studios. »

Sony/Columbia a ainsi déboursé les 175 millions de dollars de budget nécessaires à la production, tandis que Disney/Marvel se sont occupés des facettes logistique et créative, sans pour autant avoir le dernier mot. Les recettes du box-office reviendront à Sony. Quant à Disney, il touchera les bénéfices liés aux produits dérivés. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’il y a un échange de bons procédés entre des studios rivaux. Je pense en particulier à la Paramount qui a aidé la 20th Century Fox à terminer Titanic (1997) avant de collaborer avec la Warner pour mener à terme Zodiac (2007), Watchmen (2009) ou encore Interstellar (2014).

Jacob Batalon et Tom Holland dans Spider-Man: Homecoming.

Voici le synopsis :

Fort par son expérience avec les Avengers, Peter Parker/Spider-Man (Holland) rentre chez lui auprès de sa tante May (Marisa Tomei) et sous l’œil attentif de son nouveau mentor Tony Stark/Iron Man (Robert Downey Jr.) via son bras droit Happy Hogan (Jon Favreau). Il s’efforce de reprendre sa vie d’autrefois, celle d’un premier de classe, mais au fond de lui il rêve de se prouver qu’il représente davantage que la petite araignée sympa d’un quartier de New York. L’apparition d’un nouvel ennemi, Adrian Toomes/Le Vautour (Michael Keaton), va mettre en danger tout ce qui compte pour lui…

Jon Watts explique pourquoi le choix du méchant principal s’est arrêté sur le Vautour (laissant les miettes à deux Shocker, au Rôdeur, au Bricoleur et au Scorpion) : « Nous voulions revenir aux origines de ce qui rend Spider-Man et Peter Parker si uniques, et c’est pour cela que nous avons insisté sur l’idée qu’il s’agit d’un gamin. Il est au lycée dans un univers complètement fou. Il doit aussi garder un secret, ce que beaucoup d’autres personnages de l’univers cinématographique Marvel n’ont pas à faire. […] Le Vautour est le premier supervilain que Spider-Man combat dans le second tome des comics Amazing Spider-Man (publié en mai 1963, NDLR) après le Caméléon, donc ça nous semblait la bonne chose à faire, de retrouver ses racines de cette façon. »

Spider-Man: Homecoming doit une partie de son inspiration à deux classiques des années 80 réalisés par John Hughes : The Breakfast Club (1985) et Ferris Bueller’s Day Off (1986). Un extrait peu anodin de la comédie avec Matthew Broderick apparaît d’ailleurs brièvement dans un téléviseur durant une scène (merci encore à la Paramount pour les droits!) afin d’indiquer au public le sens de la lecture. Le film se veut donc un teen-movie 2.0 (vive YouTube et les cellulaires!) qui réussit au même titre qu’Ant-Man (2015) avec le film de braquage.

Spider-Man est en mauvaise posture face au Vautour.

Robert Downey Jr. personnifie Tony Stark/Iron Man pour la 8e fois. Tout comme il l’avait fait dans Captain America: Civil War, il agit avec Spidey tantôt comme figure paternelle pour lui enseigner des leçons de vie, tantôt comme mentor pour le recruter un jour parmi les Avengers. Sa présence est toutefois beaucoup plus modérée que le laissaient supposer les bandes-annonces. Saviez-vous que, dans Iron Man 2 (2010), le petit garçon costumé en alter ego de Tony Stark (cliquez ici pour revoir l’extrait) est nul autre que Peter Parker enfant? Cette théorie de fans a été tournée à leur avantage par les scénaristes. Une bonne idée.

Dans le camp adverse, Michael Keaton brille dans le rôle du Vautour. Ce contre-emploi permet à l’interprète de Batman (en 1989 et 1992) et de Birdman (2014) d’incarner un troisième superhéros ailé. Cet antagoniste crédible jouit de motivations qui ne reposent pas sur une simple mégalomanie et son histoire personnelle permet de dresser un pont vers un point de vue diamétralement opposé à celui de Spidey sur ses amis les Avengers. Cela fait du bien à voir!

Une attention particulière a été apportée aux personnages secondaires. Je pense, entre autres, à la toujours aussi sexy Marisa Tomei (52 ans!) dans le rôle de tante May, à Jacob Batalon dans le rôle du meilleur ami geek Ned, à Laura Harrier dans le rôle de la fille populaire dont Peter est amoureux Liz ou à la chanteuse Zendaya dans le rôle de l’élève bizarre Michelle. Jennifer Connelly, qui jouait Betty Ross dans le Hulk d’Ang Lee en 2003 (à ne pas confondre avec The Incredible Hulk (2008) qui fait partie du MCU), prête sa voix au costume high-tech de Spidey à la manière de Paul Bettany (son mari dans la vraie vie!) avec le costume d’Iron Man avant qu’il ne devienne la Vision. Il y a aussi quelques caméos intéressants dont je vous épargne les noms, sauf celui de Stan Lee, évidemment.

À grands pouvoirs correspondent grandes responsabilités…

Spider-Man participera à Avengers: Infinity War dont la sortie est prévue le 4 mai 2018. Il lancera aussi la Phase IV du MCU (le Marvel Cinematic Universe deviendra bientôt le Marvel Cosmic Universe!) avec Spider-Man: Homecoming 2 dont la sortie est déjà prévue le 5 juillet 2019. Mieux, Tom Holland s’est récemment échappé au micro d’AlloCiné en confirmant la mise en chantier d’un troisième film solo de l’homme araignée. L’acteur n’a vraiment pas l’intention de continuer la course à relais en refilant le costume en lycra à un quatrième acteur : « Personne ne veut être Iron Man après Robert Downey Jr., comme personne ne veut reprendre le rôle de Wolverine après Hugh Jackman. Et j’aimerais beaucoup que ce soit la même chose pour moi : je voudrais être le Spider-Man des vingt prochaines années. »

Bref, Spider-Man: Homecoming est un divertissement à hauteur d’ados, avec de nombreuses scènes nocturnes avec un Spider-Man hâbleur (les fans des comics apprécieront ce côté verbomoteur) et de nombreuses scènes diurnes au lycée avec un Peter Parker timide (les gens se reconnaîtront en lui) qui se prépare pour le bal de fin d’année, expression se traduisant par homecoming en anglais. L’humour, qui est l’apanage des productions estampillées Marvel, m’a fait rire plusieurs fois, bien que l’action ne soit pas aussi démesurée que dans un film mettant en vedette tel ou tel membre des Avengers. Est-ce un défaut? Je ne crois pas, étant donné qu’il est question ici de l’apprentissage d’un héros et non des tissages d’un superhéros. Qu’il s’agisse de mes attentes élevées ou de la salle de cinéma dans laquelle le film était projeté en 3D, les deux étaient majoritairement comblées.

Verdict : 8 sur 10

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca

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