Accueil » Nouvelles » À la Une » Terreur 404 – Critique de la websérie de Sébastien Diaz

Terreur 404 – Critique de la websérie de Sébastien Diaz

ERREUR 404 – PEUR INTROUVABLE. Nous sommes désolés, la peur que vous avez demandée n'existe pas ou plus. Vérifiez l'adresse que vous avez saisie.

Ce qui n’était au départ qu’une websérie de huit épisodes destinée à ICI Tou.tv, ayant tous pour fil conducteur de mauvaises rencontres liées à la technologie, est devenue un long métrage présenté dans le cadre de Fantasia. Une belle vitrine pour ce projet québécois intitulé Terreur 404 qui permet à notre cinématographie d’avancer dans la bonne direction à pas feutrés, c’est-à-dire loin du drame et de la comédie. Plusieurs membres de l’équipe technique et de la distribution étaient là pour nous le présenter. Voici mon opinion.

Terreur 404 est né de la collaboration de trois férus de cinéma d’horreur et de littérature fantastique : le réalisateur Sébastian Diaz (Formule Diaz, Format familial) ainsi que les auteurs Samuel Archibald (Arvida, Quinze pour cent, Saint-André-de-l’Épouvante) et William S. Messier (Épique, Dixit, Townships). L’idée du format de courts épisodes, d’une durée variant entre six et treize minutes, provient de leur passion commune pour la nouvelle dont la structure se distingue nettement du roman en limitant le nombre de lieux et de personnages, tout en se terminant par un punch final inattendu.

Sébastien Diaz, qui a fait ses études en cinéma au Cégep de St-Laurent et à l’Université Concordia, explique la volonté de faire ses pas dans la fiction : « L’idée de base était de faire une série d’anthologie à l’ancienne à la Twilight Zone ou Alfred Hitchcock Presents (sans oublier Creepshow, NDLR), mais bien ancrée dans notre québécitude et notre époque. […] On est à 100% ancré dans le réel, le quotidien, la banlieue ou l’urbanité de chez nous. En tournage, je n’arrêtais pas de répéter à l’équipe que nous tournons huit drames, et que l’horreur y arrivait par hasard. »

Il faut aussi mentionner la participation de Sophie Parizeau et Joanne Forgues des Productions Casablanca (Les invincibles, Série noire) qui ont rapidement embarqué dans l’aventure en raison de son potentiel énorme. Le tournage a duré 14 jours sur une période allant du 25 février au 14 avril 2017. La mise en ligne a ensuite été lancée sur ICI Tou.tv en deux vagues, les trois premiers épisodes le 30 mars 2017 et les cinq derniers épisodes le 16 mai 2017.

Bianca Gervais, la conjointe de Sébastien Diaz, est Patricia dans l’épisode 5 intitulé Course de nuit.

Voici le résumé des huit épisodes dans l’ordre de projection à Fantasia et non dans l’ordre de diffusion sur le web (ils diffèrent l’un de l’autre) :

ÉPISODE 1 : Monsieur Parfait
Gabrielle (Julianne Côté) n’a pas froid aux yeux ni envie de passer la nuit toute seule. En faisant un match sur une application de rencontres avec son voisin d’immeuble Jules (Francis Ducharme), un étudiant en médecine beau comme un dieu, elle pense avoir trouvé chaussure à son pied. Elle vient plutôt de s’embarquer pour un drôle de voyage au bout de la nuit.

ÉPISODE 2 : Une demande d’amitié
Maxime (Iannicko N’Doua) est un jeune professionnel sur le point de rejoindre son amoureuse Cynthia (Fanny Migneault-Lecavalier) au restaurant, où il a l’intention de lui faire la grande demande. La soirée s’annonce parfaite, jusqu’à ce que Maxime accepte sans réfléchir, sur son réseau social, une demande d’amitié envoyée par… lui-même.

ÉPISODE 3 : Le virus
Après avoir sérieusement compromis la santé de l’ordinateur portable de sa blonde Sophie (Marilyn Castonguay), Charles (Jean-Simon Leduc) entreprend des démarches interlopes afin de faire réparer la machine. La rencontre de Léo (Guy Nadon), un technicien en informatique paranoïaque et conspirationniste, le forcera à envisager l’impossible : et si les virus informatiques pouvaient désormais nous rendre malades?

ÉPISODE 4 : Ma première morte
Jeanne (Catherine Brunet) est préposée aux bénéficiaires dans un CHSLD qui, pour la première fois, doit préparer la dépouille d’une patiente décédée durant son quart de nuit. Comme il faut bien nourrir ses médias sociaux, Jeanne prend quelques selfies avec la morte. Dans l’état où elle est, Madame Arsenault (Céline Cossette) ne peut pas faire grand-chose pour protester, non?

ÉPISODE 5 : Course de nuit
Patricia (Bianca Gervais), une directrice de compte tirée à quatre épingles, mais un peu au bout du rouleau, doit se rendre à Toronto pour rencontrer de gros clients. Tout roule, sa fidèle secrétaire Monique (Josée Beaulieu) lui a commandé une voiture pour l’aéroport avec sa nouvelle application de taxi. Patricia trouve que le chauffeur (Claude Laroche) prend de drôles de chemins, mais, honnêtement, qu’est-ce qui pourrait lui arriver de pire que d’être un peu à la dernière minute?

ÉPISODE 6 : Chirurgie d’un jour
Daniel (Steve Gagnon) est désespéré : une maladie dégénérative de l’œil le promet à une cécité complète à court ou à moyen terme et il n’a pas les ressources pour aller se faire opérer à l’étranger. Heureusement qu’il a appris sur le web que la clinique ambulante et clandestine du bon docteur Engelmann (Marc Béland) allait bientôt passer par Montréal, pour aider les malheureux comme lui à bénéficier d’une chirurgie expérimentale.

ÉPISODE 7 : La maison des amants
Sylvain (Steve Laplante) et Christine (Jade-Mariuka Robitaille) ont trouvé sur Internet la maison de campagne idéale pour une escapade en amoureux. Idéale sur papier seulement, parce que la propriétaire Armande (Martine Francke) est toujours dans leurs jambes, semble obsédée par Christine et leur rappelle constamment qu’il ne faut pas ouvrir la porte de la pièce interdite au sous-sol.

ÉPISODE 8 : Maman, j’ai peur
Stéphane (Guillaume Tellier) n’est pas trop fan des vidéos virales niaiseuses que s’échange le monde au bureau à longueur de journée. La dernière en date, Maman, j’ai peur, montre un petit garçon qui jure avoir vu un monstre en arrière du garage. Elle doit avoir quelque chose de spécial, parce qu’elle est en train de rendre tous ses collègues fous. Littéralement fous.

L’équipe technique en plein travail avec Céline Cossette durant le tournage de l’épisode 4 intitulé Ma première morte.

Diaz au sujet du casting qui ne s’est pas fait prier pour participer : « L’idée de jouer dans une série de genre les a emballés tout de suite. C’est très rare qu’on a la chance de jouer des émotions comme la peur au Québec, ou qu’on peut jouer avec du faux sang, des prothèses, faire le mort… Je crois que les gens seront surpris de retrouver certains acteurs qu’ils connaissent depuis toujours dans des contre-emplois et des rôles assez surprenants. Les méchants ne sont pas toujours ceux que l’on croit dans notre série. »

J’ai vraiment aimé le jeu des acteurs qui réussissent, en si peu de temps, à nous faire croire à la fois à l’étrangeté de leurs péripéties et à l’intensité de leurs émotions. Guy Nadon, Martine Francke et Marc Béland sortent du lot de par leur expérience, mais j’applaudis aussi l’effort de Julianne Côté, Catherine Brunet et Steve Laplante qui m’ont vraiment impressionné. La qualité des dialogues font la part belle au franglais du Montréal d’aujourd’hui avec des expressions telles que « Il ne se prend pas pour de la marde! » et « C’est drôle en sal! ».

L’omniprésence musicale et la ponctuation des effets sonores gâchent parfois le climat de tension en insistant trop, même si la chanson-thème signée Diaz et Jonathan Dauphinais (membre du groupe Beast ayant travaillé avec Dumas et Ariane Moffatt) est efficace en soi. Je l’aurais préféré davantage si elle avait été utilisée avec parcimonie, en raison notamment de ses ressemblances avec la musique de Bernard Herrmann pour Psycho (1960), de György Ligeti pour The Shining (1980) et d’Harry Manfredini pour House (1985).

Le réalisateur Sébastien Diaz dirige Marilyn Castonguay durant le tournage de l’épisode 3 intitulé Le virus.

À mon humble avis, Ma première morte suscite le plus de terreur en un court laps de temps, tandis que La maison des amants possède le revirement final le plus inopiné. Certains épisodes manquent toutefois de contenu et auraient mérité quelques sessions de réécriture pour approfondir leur thématique respective. Une deuxième saison serait la bienvenue, à condition bien sûr d’oser davantage.

Bref, Terreur 404 se présente comme le côté obscur de la télésérie à sketchs Like-moi!, s’adressant ni plus ni moins aux habitués de la technologie. Je me dois de souligner la dextérité dont Diaz et son équipe ont fait preuve en jouant avec notre harpe émotionnelle, tantôt avec la corde dramatique, tantôt avec la corde humoristique, mais seulement quelques rares fois avec la corde horrifique. Je suis ravi d’avoir découvert le long métrage sur un grand écran à Fantasia plutôt que d’avoir visionné huit épisodes à temps perdu sur le petit écran d’un téléphone mobile… dernier cri.

Verdict : 8 sur 10

Articles connexes
Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca

Facebook Auto Publish Powered By : XYZScripts.com