Grey’s Anatomy, Breaking Bad, The Walking Dead: les showrunners parlent

6 juin 2012 0 Par Annabelle Thibault

Mise à jour: 5 août, 2016 @ 22:03

Le site The Hollywood Reporter a réalisé une entrevue au format de table ronde où six showrunners de télévision américaine ont discuté à propos de leur travail. En voici les faits saillants.

Les showrunners, impliqués dans toutes les facettes d’une série, éprouvent beaucoup de difficulté à tuer leurs personnages et même à annoncer la décision à l’acteur dont le personnage doit mourir.
Terence Winter, showrunner de Boardwalk Empire, a dévoilé qu’il avait toujours pensé que la mort de Jimmy arriverait de cette façon, mais qu’il ne savait pas quand cela allait arriver, et le but de cette mort était bien de raconter l’histoire comme elle a été conçue. Il a pris sa décision au début de l’écriture de la saison 2, quand il fut impossible que quelqu’un d’autre que Jimmy soit tué malgré toutes les alternatives possibles. L’homme a eu beaucoup de difficulté à avoir une conversation avec Michael Pitt, l’acteur du personnage qu’il a fini par rejoindre par courriel, mais celui-ci a bien accepté la décision de l’auteur avec regret.

Grey's Anatomy, Breaking Bad, The Walking Dead: les showrunners parlent

Howard Gordon (Homeland) a avoué que dans le passé, sans nommer de noms, certains acteurs ont tenté de convaincre le producteur de ne pas tuer leur personnage avec des arguments et scénarios pertinents. Glen Mazzara (The Walking Dead) a déclaré que tuer un personnage dans une série inspirée d’une oeuvre écrite manquait de punch, et afin de déjouer le téléspectateur, il vaut mieux tuer un autre personnage et s’assurer que l’histoire suit. Tous les showrunners se sont entendus sur une chose: tuer un personnage n’est pas une chose facile à faire. Veena Sud (The Killing) a affirmé qu’annoncer qu’un personnage est le meurtrier de sa série a été un coup dur pour l’acteur en question, et qu’elle savait toujours que ce serait ce personnage. Vince Gilligan (Breaking Bad) a même pris soin d’annoncer à l’acteur Gustavo Fring que son personnage partirait avec éclat.

Les génies télévisuels ont discuté des rumeurs sur Internet et de l’effet des médias sociaux sur le processus créatif. Ils en conviennent qu’il y a énormément de rumeurs et de fausses informations à propos des épisodes à venir. Ils ont ciblé directement les ardents chercheurs de «spoilers», qui font tout pour découvrir les secrets des coulisses, et combien il était difficile de garder le silence sur le dénouement d’une série. Les auteurs ont avoué ne même pas savoir exactement comment leur série respective allait se terminer; c’est notamment le cas de Shonda Rhimes (Grey’s Anatomy), qui avait préparé une fin pour la saison 2 et 4 dans une éventualité de non-renouvellement, mais qui suit le courant aujourd’hui à la saison 9. Cette dernière a ajouté que malgré qu’elle soit très présente sur Twitter, elle ne croyait pas que les commentaires des amateurs affectaient le processus créatif puisque la diffusion d’un épisode se fait des mois, voire des années après que l’équipe ait complété l’arc narratif et qu’elle travaille déjà depuis des lustres sur autre chose.

Glen Mazzara croit que Twitter est un lieu jovial où les fans posent des questions, et voit les médias sociaux comme un excellent moyen d’impliquer l’audience dans la série. Ce n’est pas le cas de Terence Winter, qui préfère rester loin des médias sociaux car il y a trop de commentaires négatifs. Veena, dans le même ordre d’idées, n’est pas exposée directement à cette négativité car qu’elle n’est pas une adepte d’Internet, et elle s’en porte bien.

Howard Gordon a révélé qu’il était particulièrement dur avec lui-même et avec ses employés, car il a une vision claire de ses projets. Il croit toutefois que l’ouverture est un devoir en tant que créateur. Shonda Rhimes, qui travaille sur 3 séries en même temps (Grey’s Anatomy, Private Practice, Scandal) dit qu’elle a trouvé un moyen de mettre son grain de sel dans tous ses projets, en collaborant étroitement avec une équipe qui apprend à la connaitre et peut répondre à ses propres questions. La génie des séries médicales travaille sur deux émissions par jour, en plus de ses projets parallèles et un enfant à bas âge à la maison, grâce au télétravail.

Les showrunners ont dévoilé leur secret pour remédier au syndrome de la page blanche: créer. Certains optent pour l’écriture sans prise de tête, d’autres comme Veena Sud préfèrent gribouiller.
Vince Gilligan, qui a seulement écrit deux épisodes de sa série Breaking Bad (le premier et le dernier de la première saison), a eu beaucoup de mal à tourner la scène du premier épisode où Gus Fring coupe la gorge d’un autre personnage. Cette scène était très longue, et tourner une telle scène sans la rendre ennuyante est un exploit. Il a déclaré avoir beaucoup de facilité à réaliser l’émission émotionnellement, et avoue être un control freak porté sur le détail, chose que les autres showrunners ont approuvé.

Grey's Anatomy, Breaking Bad, The Walking Dead: les showrunners parlent

Glen Mazzara a adressé le problème de tourner dans un environnement demandant, où les intempéries, la température (100°F) et les insectes et autres serpents rendent le tournage ardu. Il a notamment parlé de sa prise de contrôle de l’émission après le départ de Frank Darabont, qui éprouvait des difficultés. Mazzara a tout simplement évité de faire compétition à Darabont et a tenté de son mieux pour travailler avec l’équipe et sortir l’émission de ses problèmes. Un véritable succès pour la série The Walking Dead, qui a vu ses cotes d’écoute monter en flèche à la grande surprise de l’équipe.

Les showrunners obtiennent l’aide de professionnels des domaines abordés dans leurs séries et s’assurent que ce qui est vu à l’écran est conforme à la réalité. Howard Gordon tourne une émission à propos du CIA et reçoit du soutien de l’autre côté de l’écran: ils ont une personne ressource de la CIA, qui a même contribué elle-même à une histoire contre toute attente. Veena Sud affirme que The Killing est vu et revu par quatre policiers de villes différentes pour s’assurer du réalisme, malgré qu’aucun d’entre eux n’est dans la salle d’écriture de manière permanente. Les détectives confirment que leurs procédures sont correctes contrairement à certains fans de mauvaise foi. Vince Gilligan affirme que les enquêteurs de la section drogue de la police de Los Angeles et Dallas approuvent même leur procédure de création de crystal meth!

Pour conclure, les acteurs ont offert leurs conseils aux aspirants-écrivains: rester déterminé, travailler sur quelque chose qui nous tient à coeur et faire avancer son histoire le plus possible. Ils ont ajouté avoir des problèmes avec les références involontaires qui ajoutent une dimension non-désirée à une histoire: références à des scènes classiques de films qu’ils ne connaissaient même pas, ou une référence à un personnage épisodique avec un script et histoire similaires pour un autre personnage, un phénomène rencontré dans Grey’s Anatomy. Veena Sud a dit ne pas changer le script pendant le tournage afin de respecter le dur labeur des scripteurs, tout le contraire de Glen Mazzara, qui n’a aucun problème à réécrire une scène malgré le long processus d’écriture. Ils ont reconnu avoir de la difficulté avec des acteurs qui n’exprimaient pas une émotion correctement dans une scène précise ou qui questionnaient longuement l’usage d’un terme dans un script. Enfin, malgré les différentes ambitions post-télévision des showrunners, ils ne se voient pas travailler à l’extérieur de cet excitant milieu qu’est celui du divertissement télévisuel.