Sons of Anarchy: entrevue avec le créateur Kurt Sutter et clip de Stolen Huffy

Sons of Anarchy: entrevue avec le créateur Kurt Sutter et clip de Stolen Huffy

7 octobre 2012 0 Par Annabelle Thibault

Mise à jour: 5 août, 2016 @ 21:52

L’épisode 4 de la saison 5 de Sons of Anarchy se nomme “Stolen Huffy”.

Le créateur d’une des émissions les plus périlleuses de la télé a peur des poupées, mais c’est bien sa seule peur. Kurt Sutter n’est pas sociable, ce qui est ironique quand on sait que le créateur de Sons of Anarchy s’occupe d’une distribution et d’une équipe de plus de cent personnes. Son téléroman de motards hors-la-loi est l’émission la plus regardée de la chaîne FX et a fait de cet homme de 48 ans, qui a débuté comme scripteur de The Shield en 2002, un des «showrunners» les plus importants d’Hollywood. La saison cinq a débuté le 11 septembre, et FX a déjà renouvelé Sons pour deux saisons additionnelles. Sa vie d’ermite devra attendre.

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J’ai lu que vous aviez une peur bleue des poupées. D’où cela vient-til?

Les poupées avec des traits humains. Les poupées m’ont toujours fait peur. En fait, quand Katey et moi avons commencé à sortir ensemble, elle avait des poupées étranges dans son salon. Je me levais toujours pour les faire regarder de l’autre sens quand elle quittait la pièce parce que j’avais l’impression qu’elles nous observaient. Elles ne sont pas venues avec nous dans notre nouvelle maison. J’ai l’opportunité de vivre mes phobies à travers mes personnages. J’ai donné cette phobie au personnage de Tig.

Ashley-Tisdale-Sons of Anarchy

Ashley Tisdale a un rôle récurrent dans la nouvelle saison de Sons of Anarchy

Aimez-vous quelque chose qui pourrait surprendre les gens?
L
es jeux vidéos, être papa, garder des oiseaux chez moi. Je voulais un faucon, mais l’État de la Californie m’a dit non.

Quel rôle préférez-vous?
J
e suis écrivain de nature, un raconteur d’histoire. Il m’a pris des années à comprendre cela parce que j’ai fait plein de choses différentes, mais je suis un scripteur aimant aussi faire autre chose.

Qu’avez-vous réservé à Otto pour les prochaines saisons?
Je pense que ce personnage a joué un rôle clé dans l’histoire l’an dernier. Nous avons vraiment vu beaucoup ce personnage, beaucoup plus que quand il ne faisait que figurer. Je crois que j’étais dans cinq épisodes la saison dernière, et franchement, c’est un peu trop.

En tant que grand fan, j’espère seulement qu’Otto obtiendra quelque chose. Je suis derrière lui.
Il est un peu mon Picture of Dorian Gray.Toutes les mauvaises choses qui me sont arrivées émotionnellement sont exprimées physiquement dans Otto. [rires] C’est une descente aux enfers à pic. Outre que le fait que j’aime le jeu, c’est mon premier amour, et que je sois le seul qui veuille m’engager comme acteur, c’était l’endroit où faire cela. C’est vraiment parce que ces gars vivent leur vie à l’intérieur qu’à un tel point cela a été un outil pour les faire sortir de leur coquille dans le but d’obtenir de l’information et tisser des liens. C’est le rôle qu’a joué le personnage dans les trois premières saisons. Puis, la saison dernière, nous avions cet arc narratif avec Rico que nous avons pu relier à un plus grand arc émotif avec Otto et l’exploiter, ce qui était amusant. Ce que nous faisons cette saison-ci ne sera pas aussi développé en tant qu’histoire, mais nous serons capables d’exploiter l’arc de Rico un peu avec lui cette saison-ci.

Ce qui ressort le plus d’Otto est sa forte loyauté envers les Sons. Est-ce qu’il y a quelque chose auquel vous êtes aussi loyal qu’Otto dans votre vie?
Je vois les choses soit blanc ou noir de nature, et avec les gens il y a peu de nuances. Il y a très peu de nuances chez moi, et je ne dis pas que c’est une bonne chose. Il y a beaucoup de choses avec lesquelles je suis comme cela. Je me sens comme cela avec mon émission. Je suis très possessif et protecteur d‘elle, et, par conséquent, de mes acteurs. Je leur démontre bien, aussi dramatique que cela puisse sembler, que je me prendrais une balle pour ces gens. Bien sûr, c’est le cas pour ma famille aussi. Alors oui, je comprends son raisonnement. Sur le plan personnel, j’ai grandi avec deux sœurs aînées que j’adore, mais ayant grandi sans frère aîné, j’ai toujours voulu un peu de camaraderie désespérément . Je crois que je suis attiré vers cela. Je suis attiré envers les personnages qui veulent cela, qui tiennent à cela, parce que je ne l’ai pas eu. Alors, pour moi, c’est quelque chose d’important que je recherche dans la création, sur laquelle j’écris et que j’essaie d’exploiter, mais émotionnellement, je désire et ai besoin de cela aussi.

Pour vos recherches, vous vous êtes tenu avec les gangs, n’est-ce pas?

Pour les deux émissions. Pour The Shield, j’ai rencontré des gens des deux côtés de la justice. Puis, pour Sons, j’ai fait beaucoup de recherche et j’ai passé beaucoup de temps dans des clubs de motards du Nord de la Californie. J’ai tenté, au moins, de rester en contact avec le cercle d’associés que j’ai bâti afin de m’assurer que la communauté de hors-la-loi aime toujours l’émission, et nous n’avons jamais été jusqu’au point où les gens se sentaient exploités. Généralement, j’ai respecté cela et j’ai développé des liens forts et quelques amitiés.

Sons of Anarchy: entrevue avec le créateur Kurt Sutter et clip de Stolen Huffy

Est-ce que quelque chose de fou s’est passé pendant que vous étiez avec eux?

Non. Ce qui est intéressant, et nous avons exploité cela à l’émission tout en essayant de démolir le stéréotype, c’est que ces gens sont comme vous et moi. Ils ont tous un emploi le jour. Je suis sûr qu’il y a des choses un peu plus abominables qui arrivent, mais évidemment ils ne les feront pas devant moi. Honnêtement, la majorité du temps que j’ai passé avec eux s’est déroulé ici sur le plateau, ou pendant un événement social. Vous connaissez ce genre de trucs, on conduit, on va a une fête d’anniversaire; donc la plupart du temps ce sont dans des occasions très publiques.

 

Il y a des conflits entre des clubs dont je dois me tenir au courant. Sans nommer de noms, il y a certains clubs qui ont fait du travail supplémentaire à notre émission et cela c’est bien passé, et tout d’un coup, il y a eu un conflit entre ces deux clubs. Je devais me tenir au courant. Ce qu’on ne veut pas faire est amener ce conflit sur le plateau.

 

 

Est-ce que l’émission est en cause?

Non, c’était quelque chose d’autre. Plus souvent qu’autrement, ces conflits surviennent à autre part, mais cela se termine comme cela. C’est une drôle de situation pour ces gars parce qu’ils sont tous amis, ils roulent, et soudainement ces deux gars qui étaient amis, ou qui, du moins, se connaissaient, sont en conflit en raison de leur appartenance à un groupe, et il faut calmer l’affaire. J’essaie donc de m’éloigner du conflit et de rester alerte autant que possible afin de protéger mon émission sans mettre de l’huile sur le feu. J’essaie de rester aussi neutre que possible.

 

Avez-vous tiré des leçons de votre séjour avec ces gens?

Je ne sais pas si j’en ai tiré plus du séjour ou du processus de confection de l’émission lui-même. Affronter une situation qu’on a jamais vécue auparavant, puis s’occuper d’une émission, d’une centaine de personnes soudainement et être responsable de leur bien-être. M’entendre avec des chaînes et des studios.

 

On m’a donné cet emploi quand j’avais peu d’entregent. Je n’aime pas vraiment les gens. C’est pourquoi j’écris. Je m’enferme dans une salle avec les voix dans ma tête et je me sens bien. Quand j’ai à interagir et à vivre avec des caractères et les besoins des gens et leurs sentiments, c’est un défi pour moi. J’ai donc appris à le faire parce que cela fait partie de mon travail et que je dois le faire afin de pouvoir continuer à travailler dans ce que j’aime. On doit apprendre cette aptitude, et j’ai appris à le faire.

 

J’ai eu un parcours difficile. J’ai travaillé dans plus d’un environnement de travail hostile qui a eu des répercussions sur moi-même en raison de mon comportement. J’ai dû l’apprendre de la manière forte, mais je crois que depuis les quatre ou cinq dernières années j’ai réussi à le faire. Je suis certain qu’FX et 20th Century Fox ne m’auraient pas engagé pour trois années de plus si je n’en n’avais pas été capable.

 

En parlant des prochaines saisons, avez-vous pensé à une fin pour Sons ou est-ce que vous y pensez en écrivant?

Je sais très bien comment je veux terminer l’émission en gros, et où schématiquement et émotionnellement je veux qu’elle se termine. Je le sais depuis le tout début.

 

C’est intéressant en ce moment dans la saison cinq, parce que je dois maintenant y penser en façon de la direction où je veux aller. Dans les saisons un, deux et trois, ça va, parce qu’on a encore le temps avant d’y arriver. On n’a pas besoin de s’inquiéter à propos des détails de l’histoire, comment on se rend là, en autant que les personnages soient toujours vivants.

 

C’est vraiment la première saison où j’ai réfléchi : «Donc, si je fais sept saisons et que je termine là, j’ai besoin de mettre l’histoire sur la table, celle qui me rendra là.» C’est la première saison où je me suis posé la question : «À quoi ressemblera l’histoire à la fin?» Je peux me diriger rapidement vers là puisque je n’ai seulement que deux saisons après la cinquième. Alors, je ne sais pas à quoi ressemble l’histoire finalement, mais j’ai dû m’y attarder beaucoup plus cette année puisque je sais comment y parvenir.

 

À propos de Gemma, interprétée par Katey Sagal, votre femme : elle en est à un point où elle a perdu tous les hommes de sa vie. Quels changements surviendront pour elle?

Je crois que ce sera une année très intéressante, aussi vague que cela puisse sembler, mais c’est réellement la seule façon de la décrire. C’est vraiment la première année où elle ne reste pas figée dans ses perceptions et dans le processus de l’atteinte de son but. Gemma n’est pas une personne qui a du succès sans bien connaître la réalité, et elle a besoin de cette compréhension pour se sentir en sécurité.

Stolen Huffy

Alors, qu’arrive-t-il quand on prend un personnage comme cela et qu’on lui enlève la raison pour laquelle elle vit? Ou qu’on met des détours sur sa route? Elle débute la nouvelle saison un peu perdue sans aucun doute, et c’est un parcours tumultueux pour Gemma cette saison-ci. Il y a beaucoup de hauts, et beaucoup de bas, et elle essaie de mieux se connaître dans ce nouvel environnement, un peu comme Tara, mais de manière différente.

 

C’est comme si Tara était dans cette nouvelle position et essayait de se retrouver. Elles sont peut-être à l’opposé cette saison-ci, mais étrangement, elles vivent émotionnellement beaucoup des mêmes conflits et dilemmes. Ce n’est pas un parcours à sens unique pour Gemma, pas de «Gemma fera ceci cette saison-ci». C’est vraiment à propos de Gemma essayant de se frayer un chemin dans cette nouvelle situation, s’éloignant de Jax et tentant de le reconquérir, de revoir ses enfants et de tourner autour de Tara. Soudainement, elle ne sait pas où elle se situe et c’est une situation intéressante pour un personnage comme Gemma, qui agit d’abord et pose des questions ensuite.

 

C’est un renversement, et cela fait revivre de vieux conflits pour ces deux personnages. On peut revoir les conflits qu’elles entretenaient auparavant remonter à la surface, sauf que maintenant ils sont renversé. C’est comme si on entendait Tara dire à Gemma quelque chose que Gemma lui avait dit dans la première saison. Ajoutez Wendy à ce mélange comme dans la dernière saison, et cela devient merveilleusement chaotique. [rires]

 

Quelles ont été les scènes les plus difficiles à écrire pour Katey en la voyant jouer le personnage de Gemma?

Elles ne sont pas difficiles au final parce que plus je les fais compliquées et sombres, le plus loin je l’amène, même si c’est déjanté, Katey adore encore plus cela. Aussi difficile qu’a été la scène dans la saison deux où elle se fait violer, aussi difficile qu’a été celle de la saison dernière où Clay l’a battue, je sais qu’émotionnellement elle aime le défi dans ces trucs. Ce n’est pas pour paraître sadique, mais quand j’écris ces scènes, je suis tout excité parce que je sais que ce sera un excellent défi pour elle.

 

Parfois, les scènes les plus difficiles à écrire pour Gemma sont celles qui sont simples et banales parce qu’elle n’est pas une personne simple ou banale. Les scènes lourdes, les scènes chargées en émotions pour ce personnage sont plus faciles à faire.

 

En terme d’exécution des scènes et de la production, ce que je fais avec Katey, c’est d’aller aux répétitions sans rester pour le tournage. Ma présence lui enlève un peu de sa spontanéité. Pour les trucs que nous avons fait dans la saison deux, je suis allé aux répétitions et je me suis assuré que tout allait bien. Ensuite, je suis parti pour que le réalisateur et les acteurs puissent faire leur boulot.

 

Y a-t-il des scènes que vous aimeriez refaire ou poursuivre? Y a-t-il une scène où vous avez pensé «je n’ai pas eu ce que je voulais»?

C’est toujours le cas. On laisse toujours des choses en plan. Finalement, elle a l’air un peu différente quand on la regarde en post-production. Cela fait partie du processus collectif. En autant que l’histoire soit respectée, j’aime que les interprétations du réalisateur et des acteurs soient présentes. Parfois cela ne marche pas. Cela paraît bien en tournage, mais finalement, cela ne marche pas. Parfois on doit couper pour arriver dans les temps.

 

On met une «creator’s cut» sur les DVDs. C’est comme une version «director’s cut» pour un film, un épisode plus long que j’aurais aimé voir. La plupart du temps, ce n’est pas une question de «j’aurais fait cela de manière différente» ou de «la chaîne m’a fait changer cela», c’est vraiment plus une question de «si seulement j’avais eu 10 minutes de plus à l’épisode, voici à quoi il aurait ressemblé». Honnêtement, j’aimerais seulement avoir plus de temps à ma disposition. C’est pourquoi on finit toujours par faire des épisodes de 90 minutes, j’ai trop d’histoire à raconter. J’ai un «creator’s cut» qui est 15, 20, parfois 30 minutes plus long, et c’est très dur de trouver du superflu. En gros, j’aimerais avoir plus de temps que de revenir en arrière.

 

Quels sont les moments dont vous êtes fier d’avoir passés à la télé, des choses que ne pensiez pas que FX vous autoriserait à tourner?

J’ai un sens de l’humour très absurde et mon imagination est obscure, et parfois je ne m’en rends pas compte. Il y a des choses dans mes scripts que je veux faire, et moi, je me dis «c’est bien, cela a du sens, faisons les». C’est pourquoi le réseau fait bien son travail. Il y a des gens à qui je fais confiance, comme John Landgraf, qui me disent : «C’est beaucoup trop tordu.» [rires] «Nous n’avons pas besoin de voir la lame couper les couilles du clown…» À mon avis, et bien, tout le monde veut voir cela. Dans mon esprit, je me dis plus il y en a, mieux c’est. La vérité, c’est que ce n’est pas le cas. J’ai besoin que quelqu’un agisse comme la voix de ma conscience parfois. Pas pour anéantir ces choses, mais juste pour dire «l’histoire a prouvé que si tu fais cela, les gens ne regarderont plus». [rires]

 

Aussi, ce que j’ai appris, plus spécialement à propos de la violence, et c’est simplement une observation psychologique fascinante, est que les choses qu’on ne voit pas ont le plus d’impact. Quand nous avons brûlé le tatouage dans le dos de cet homme, si vous parlez aux gens, ils jurent qu’ils ont vu tout son tatouage se faire brûler. La vérité, c’est qu’il y avait trois ou quatre images seulement où on voyait la flamme toucher une prothèse de chair. Le reste, c’est seulement le cri de cet homme et le visage des gars regardant la scène. C’est la façon potable de raconter l’histoire, pas celle «à quel point pouvons nous montrer des choses crades et violentes?». C’est une leçon que j’ai apprise à travers ce processus.

 

Je suis chanceux, parce que s’il y a une chose que je sens importante pour l’histoire, je vais me battre pour elle et en faire une variation, de la hache dans le front d’un homme dans la première saison à la coupe des testicules d’un clown, à la brûlure d’un tatouage dans le dos. Je voulais que cette scène entre Gemma et Clay soit brutale. Si on la faisait, je voulais vraiment la faire comme cela. Je ne savais pas comment ils allaient la trouver. Je ne savais pas ce qu’ils pensaient qu’un de leurs personnages principaux puisse aller jusque là. Ils l’ont supportée, et ils avaient quelques précisions pour ce qui allait être diffusé, mais ils ont compris.

 

C’était très efficace et puissant. Ce n’est pas comme si elle était réapparue plus tard avec des bleus. On vivait l’expérience avec elle.

Oui, et à ce moment là, quand Jax a frappé la tête d’Ima sur une table, nous n’avions jamais vu Jax faire cela à une femme, et c’était un risque à prendre. Même si ce qu’elle avait fait était tordu, et que les choix qu’elle a fait dans la vie nous faisaient penser «Ok, elle est une star de la porno, et elle a une vie sordide», c’était de la violence conjugale, et je ne savais pas comment ils allaient réagir. Ils ont respecté mon choix créatif et m’ont soutenu.

 

 

Il y a des gangs étrangers avec lesquels les Sons font affaire: il y a un gang de noirs, un gang d’hispaniques, mais ils ne sont clairement pas des personnages principaux et vous n’avez pas l’opportunité d’explorer l’univers de ces autres gangs. Avez-vous peur qu’ils soient stéréotypés?

Je crois qu’on court toujours le risque quand il y a des personnages qu’on ne peut pas développer en trois dimensions par manque de temps. Évidemment, quand il y a des personnages secondaires comme cela, on les écrit et leur donne autant de temps d’antenne que possible, mais on court toujours le risque de faire d’eux des personnages de «Latino #1» ou «Latino #2». Nous essayons d’avoir un personnage principal ou adversaire qui représente ce monde. Nous essayons de faire de ce personnage aussi trois dimensionnel que possible en espérant qu’il raconte l’histoire de cet univers ou de cette culture d’une manière à contrer un peu de ces stéréotypes.

 

Y a-t-il un lien avec votre émission Outlaw Empires?

Ce que nous avons fait avec Sons, il y a des gens qui disent que ce n’est pas une bonne chose, mais je dirais que c’en est une bonne. Évidemment, ces personnages restent de la fiction, et nous dramatisons, et ils sont exagérés, et puis, c’est bien un téléroman d’hors-la-loi. Je crois que puisque nous essayons de garder cela réaliste et de faire honneur à cette culture, nous avons été capables de leur apposer un côté humain. Nous avons pris ces stéréotypes et éléments de désinformation et les avons humanisés. Il n’est pas question de les appuyer et de les aimer, mais d’au moins comprendre comment ils vivent et pourquoi ils font ces choses là.

 

C’était vraiment l’idée derrière Outlaw Empires, de mettre un visage sur ces dynasties de hors-la-loi iconiques que nous avons seulement vu au travers des yeux des historiens et des justiciers et qui ont été minimisés, stéréotypés, et que nous ne comprenons pas vraiment. Essayons de regarder d’un peu plus près et de voir à l’intérieur, parler aux membres, entendre leurs histoires personnelles et utiliser le contexte de leurs histoires pour ensuite raconter la grande histoire de leur empire.

 

Le premier épisode que nous ayons fait portait sur les Crips. Nous avons interviewé cet homme fascinant qui est devenu Crip à l’âge de 11 ans et qui est maintenant un membre à la retraite. Après avoir entendu l’histoire de sa vie, nous avons été capables d’en tirer des contextes tels que «quand il a vécu cela, le groupe a vécu cela» et «quand il a fait cela, L.A. vivait cela». À travers les yeux d’un seul homme, nous avons été capables de donner un contexte à la grande organisation, et même à Los Angeles à un certain point. Oui, il y a des gens qui diront que c’est tout simplement Gangland avec mon commentaire, mais je crois que nous avons réussi à faire notre travail de manière différente, plus objective et sans jugement en allant directement voir les gens à l’intérieur afin qu’ils ne se sentent pas comme de vulgaires «Membre de gang #1» et «Membre de gang #2».

 

Y a-t-il d’autres sujets à part la justice et le crime organisé que vous aimeriez étudier et peut-être même écrire sur le sujet?

Oui, c’est pas comme si c’était mon milieu et mon expérience à moi. La vérité, c’est que j’écris de bons personnages troublés, et en raison de cela, je suis plus attiré envers les anti-héros que les héros. Pour moi, le personnage est plus important que l’univers. J’aimerais explorer des personnages dans d’autres mondes. J’essaie de développer quelques trucs en ce moment avec FX, et j’aimerais faire une série dramatique historique et me sortir d’un environnement urbain contemporain, explorer des mondes un peu différents, et je suis présentement en train de regarder des gens dérangés, mais des gens dérangés avec un passé différent.

Sons of Anarchy: entrevue avec le créateur Kurt Sutter et clip de Stolen Huffy


Ceci est une traduction intégrale d’une entrevue avec Kurt Sutter par Complex
Source : Complex