Honey Boo Boo, Duck Dynasty: le phénomène redneck à la télé

Honey Boo Boo, Duck Dynasty: le phénomène redneck à la télé

20 octobre 2012 0 Par Annabelle Thibault

Mise à jour: 5 août, 2016 @ 21:52

Cet article est une traduction intégrale d’un article paru dans le journal Globe and Mail

Un homme à la barbe très mal rasée enfile un bandana autour de sa tête. Il regarde autour de lui vaguement et prépare une déclaration dans son esprit. Il s’élance : «Je connais pas de redneck qui aime pas avoir du fun. Fun c’est leur deuxième nom. Red Fun Neck.»

Honey Boo Boo

Il est un redneck. Il est riche et a du succès, et il se fout de tout sauf des cris de canard, s’amuser et être entouré de ses proches. Il est célèbre en tant que personnalité de la télé suivie par des millions de gens. Comment il est arrivé là n’a aucune importance pour lui. Il fait tout simplement de l’argent en étant lui-même.

La montée de la culture redneck s’est faufilée entre nous. Puis, Honey Boo Boo et sa famille sont arrivés, enjoués, scotchés à leur fauteuil, dévoreurs de nourriture malsaine qui ne bougent presque jamais, mais qui s’aventurent à l’extérieur quand l’occasion de jouer dans la boue se présente.

On s’est moqué d’eux. On a même suggéré à June Thompson, la matrone du clan qui a donné naissance à Honey Boo Boo, de suivre un régime alimentaire et une routine de mise en forme. Certains ont même voulu la faire arrêter. Néanmoins, une multitude de critiques autant que l’audience a reconnu une authenticité frappante à Here Comes Honey Boo Boo ainsi que son refus inhérent d’adhérer au format de comédie et dramatique embourgeoisé des chaînes généralistes. Les Thompson sont vrais, et heureux.

L’engouement pour les rednecks grandit. Bientôt, on entendra annoncer Wolf Blitzer à CNN au beau milieu d’un débat à l’émission The Situation Room qu’il demande l’analyse du correspondant redneck senior de CNN.

Duck Dynasty, une émission phare du phénomène redneck populaire sur la télé câblée aux États-Unis, est de retour le mercredi, à 22h sur les ondes de A&E. Le côté affable de l’émission est frappant : rien ne se passe. Toutefois, de temps à autre, quelqu’un dira quelque chose comme : «Si on attrape des écureuils pour sa femme, elle nous refusera rien au lit.»

L’emploi de «Dynasty» dans le titre de l’émission sous-entend le contexte. Dynasty était un de ces «soaps» à l’heure de grande écoute des années 80 qui vantaient les machinations des gens fortunés de longue date et des nouveaux riches. Des manoirs, des démonstrations publiques de richesse, et un penchant pour les coups dans le dos. Ce genre de choses.

Duck Dynasty

Duck Dynasty est le contre-Dynasty. Il documente la vie quotidienne de la famille Robertson, des gens qui sont devenus riches grâce à la vente de leurs produits imitant le cri du canard, dont le célèbre “Duck Commander”. Ils vivent heureux dans leur contrée de Monroe, en Louisiane. Au centre, vous avez Willie Jess Robertson, qui a fait de la petite entreprise familiale de cri de canard un grand empire commercial vendant une sélection de produits, de l’équipement de chasse aux marinades. Toutefois, le véritable point focal de cette émission est son père, Phil Robertson, qui a créé le Duck Commander, l’original, mais aussi l’entreprise familiale dans les années 70.

Il y a une horde d’oncles, de fils, de filles, de femmes et de gens de toute sorte qui travaille au centre de production à l’ambiance légère. La plupart des hommes ont des barbes mal taillées et portent des vêtements de chasse. Aucun d’entre eux ne se préoccupe des trois grandes tendances masculines d’automne du magasin Banana Republic.

La première de la deuxième saison aborde deux choses : un rendez-vous amoureux de pêche à la rivière ainsi qu’apprendre à conduire à Sadie, la fille de Willie. C’est tout. Le rendez-vous met en vedette deux adolescents au physique peu avantageux et un drôle de vieux bonhomme comme chaperon pour les surveiller afin qu’ils n’aient pas de rapprochements. Ce dernier déclare : «Il est mieux d’attraper plein de poissons que d’avoir toujours du crabe.»

En gros, apprendre à conduire à Sadie signifie qu’un homme l’entraîne dans un stationnement tandis qu’une chorale de grecs barbus s’accote sur un mur tout près pour commenter le tout. Puis, plusieurs membres de la famille se relaient l’entraînement de Sadie. Finalement, tout le monde soupe et l’émission est finie.

Cette émission n’est pas seulement à des lieues de Dynasty, mais elle est aussi loin des Kardashian. Le phénomène redneck peut être interprété comme une autre manifestation de l’anti-intellectualisme présent aux États-Unis. Bien sûr, c’est peut-être une lecture trop exagérée, puisque l’attrait principal est le divertissement. Personne ne regarde ces émissions pour s’informer ou pour apprendre.

Duck Dynasty et Here Comes Honey Boo Boo sont appréciés des téléspectateurs parce que trop d’émissions de télé populaires misent sur la même formule d’histoire statique. Le caractère enjoué de ces émissions de redneck démontrent comment les modèles des sitcoms et des dramatiques de la télévision généralistes sont limités. Même le langage parlé des gens d’Honey Boo Boo et de Duck Dynasty est vivifiant. Le parler vernaculaire coloré de ceux-ci est beaucoup plus divertissant que celui que peuvent créer la majorité des scripteurs de sitcom. Tout le monde aime ce genre de divertissement.

Source: The Globe and Mail