Silence Média: Libor et le plus grand scandale économique de l’histoire

Silence Média: Libor et le plus grand scandale économique de l’histoire

3 mai 2013 0 Par Annabelle Thibault

Mise à jour: 5 août, 2016 @ 21:30

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Ce texte est une traduction intégrale d’un article paru dans le magazine Rolling Stone

Les illuminatis étaient des amateurs. Le deuxième grand scandale financier de l’année révèle la véritable conspiration internationale : Il n’y a pas de prix que les grandes banques ne puissent pas fixer.

Un message aux amateurs de théories du complot, aux disciples de la famille Rochschild, aux Francs-maçons et aux “illuminés” : nous nous excusons en tant que sceptiques. Vous aviez raison. Les acteurs sont peut-être différents, mais la prémisse de base est la même : le monde est joué d’avance. Nous avons découvert cela récemment, quand une série d’histoires de corruption du secteur financier sous-entendant que les grandes banques mondiales fixaient les prix d’à peu près tout ont été mises à la lumière du jour.

Vous avez peut-être entendu parler du scandale du Libor, où au moins trois des mégabanques à la marque de commerce trop forte pour s’écrouler ont manipulé les taux d’intérêts mondiaux, en affectant au passage les prix d’actifs financiers d’une valeur de plus de 500 billions de dollars (oui, des billions, avec un b). Lorsque cette arnaque a été rendue publique l’an dernier, il s’agissait facilement du plus grand scandale financier de l’histoire. Le professeur de la MIT, Andrew Lo, a même déclaré qu’il «éclipsait de plusieurs degrés n’importe quelle arnaque financière de l’histoire des marchés.»

Si ce n’était pas déjà assez, le Libor a peut-être un frère jumeau. La rumeur court que la firme ICAP, le plus grand courtier de contrats d’échange de flux financiers au monde basé à Londres, est sous investigation par les autorités américaines pour des comportements ressemblant étrangement à ceux du scandale du Libor. Les régulateurs cherchent à savoir si un petit groupe de courtiers d’ICAP auraient travaillé ou non avec un certain nombre (jusqu’à 15) des grandes banques du monde pour manipuler l’ISDAfix, un indice de référence employé partout dans le monde pour le calcul des prix des contrats d’échange de flux financiers.

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Les contrats d’échange de flux financiers sont des instruments employés par les grandes villes et industries ainsi que par les gouvernements souverains pour gérer leur dette, et l’étendue de leur emploi est massif à un point quasiment inimaginable. Il s’agit d’un marché de 379 billions de dollars, ce qui signifie qu’une simple manipulation peut affecter des actifs d’une valeur cent fois plus grande que le budget fédéral des États-Unis.

Ce n’est une surprise pour personne que les mégabanques figurant parmi les joueurs impliqués dans ce complot de fixation des prix des échanges financiers soient les mêmes mégabanques (quelques noms: Barclays, UBS, Bank of America, JPMorgan Chase et la Royal Bank of Scotland) siègeant sur le conseil du Libor définissant les taux d’intérêts mondiaux. En fait, dans les dernières années, plusieurs de ces banques ont déjà payé des montants d’une valeur de plusieurs millions à la suite de sanctions pour manipulation anti-compétitive d’une manière ou d’une autre. Outre le scandale du Libor, certaines ont été prises dans un complot anti-compétitif visant à flouer la vente de services de dette municipale, comme l’a rapporté le magazine Rolling Stone l’an dernier. Bien que le charabia des acronymes financiers ne veuille rien dire dans les oreilles d’une personne normale, le fait qu’il y ait des scandales de fixation des prix impliquant le Libor et et l’ISDAfix signifie qu’il y a une seule et unique grosse conspiration de corruption et de fixation de prix qui s’est installée sous le vernis lustré de la soi-disant culture compétitive de Wall Street.

Pour quelle raison? Parce que le Libor dicte déjà les prix des contrats d’échange de flux financiers, ce qui en fait une situation de manipulation manipulée. Si les allégations s’avéraient justes, cela voudrait dire que les clients d’échanges financiers ont payé deux couches de corruption des prix. Si vous êtes en mesure de vous imaginer en train de débourser 20$ pour un sandwich au beurre d’arachides mal fait parce qu’une méchante horde de compagnies agricoles se sont arrangées pour fixer les prix des arachides et du beurre d’arachides, vous comprenez presque la folie d’un marché financier où les taux d’intérêt et les échanges financiers sont manipulés en même temps, souvent par les mêmes banques.

«C’est un double complot», a déclaré Michael Greenberger, un ancien directeur de la division des échanges et marchés de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC) maintenant professeur à l’Université du Maryland. «C’est le sommet de la criminalité.»

Les mauvaises nouvelles ne concernent pas que les échanges financiers et les taux d’intérêt. En mars dernier, il a été révélé que deux régulateurs, la CFTC aux États-Unis et l’International Organization of Securities Commissions à Madrid, ont été éclaboussés par les allégations du Libor disant qu’ils avaient manipulé de manière collusoire les prix de l’or et de l’argent. «En considérant les efforts de manipulation de groupe, je présume que d’autres indices, plusieurs autres indices sont matière à investigation sérieuse», a dit le commissionnaire de la CFTC, Bart Chilton.

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La surprise la plus grande provient d’une salle d’audience fédérale à la fin de mars. Si vous suivez cette affaire attentivement, elle peut ne pas être choquante du tout, mais une importante poursuite civile en recours collectif concernant des crimes reliés au Libor a été révoquée. Dans ce cas, un juge fédéral a accepté un argument surréel de la défense bancaire: «Si les villes, les municipalités et autres investisseurs ont perdu de l’argent en raison de la manipulation du Libor, il s’agissait de leur propre faute car ils croyaient que les banques étaient en compétition dès le départ.»

«Ridicule», s’est exclamé un avocat antitrust (antimonopole) à la suite de cette curieuse révocation.

«Incroyable», a dit Sylvia Sokol, une représentante pour Constantine Cannon, une firme se spécialisant dans les affaires antitrust.

Toutes ces histoires pointaient vers la même chose : ces banques, qui possèdent déjà un pouvoir énorme grâce à leurs actifs financiers, commencent à comprendre les énormes possibilités d’enrichissement et de contrôle politique pouvant découler de la collusion plutôt que de se faire compétition. Par ailleurs, il est de plus en plus évident que le système judiciaire et la cour civile sont trop impuissantes pour les freiner, même quand elles sont prises la main dans le sac à travailler ensemble pour se jouer du système.

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