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Black Sails: naviguer sur la terre ferme

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Black Sails est une nouvelle série de huit épisodes diffusée depuis la fin janvier sur les ondes de Starz aux États-Unis.

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L’action nous transporte en 1715 aux abords de Nassau sur l’île de New Providence alors qu’une mutinerie est sur le point d’éclater sur un bateau. C’est que depuis plusieurs semaines, des pirates ont réussi à « cambrioler » quelques navires marchands, mais qui ne contenaient pas assez de marchandises de valeur pour assurer leurs arrières. Le capitaine Flint (Toby Stephens) tombe entre-temps sur un journal indiquant l’existence d’un galion espagnol renfermant un immense trésor sur lequel il veut mettre la main, mais il doit d’abord s’assurer de la fidélité des siens et composer avec plusieurs rivaux. Préquel du récit d’aventures hautement populaire Treasure Island (L’Île au trésor) de Robert Louis Stevenson (1881), Black Sails peine à lever l’ancre, et ce, malgré une mise en scène remarquable. Après trois épisodes, on est toujours sur la terre ferme et le manque de charisme des protagonistes rend les épisodes monotones.

Tout savoir sur la série Black Sails

L’univers du pirate

Lors d’un raid sur un bateau ennemi, le capitaine Flint tombe sur un journal dans lequel il est mention de l’Urca de Lima, un galion espagnol contenant un trésor d’environ 5 millions $. Seulement, une page détaillant la trajectoire pour s’y rendre a été arrachée et c’est John Silver (Luke Arnold), le nouveau cuisinier du bateau, qui en a pris possession. L’assistant de Flint, Billy (Tom Hopper), découvre vite le pot aux roses et une chasse à l’homme commence. Entre-temps, le capitaine parvient à étouffer une mutinerie en promettant à son équipage une part du butin et s’associe avec Eleanor (Hannah New), la fille du gouverneur de New Providence, question d’avoir les fonds et le matériel nécessaire pour survivre à la traversée. Mais le secret du galion s’ébruite rapidement et le tyrannique capitaine Charles Vane (Zach McGowan), ancien amant d’Eleanor, entre aussi dans la course.

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Après l’immense popularité de la série de films Pirates des Caraïbes, Starz était déjà assuré de trouver un auditoire réceptif pour Black Sails. D’ailleurs, la chaîne a annoncé une deuxième saison avant même que la première ait été diffusée. C’est d’abord tout un univers avec ses thèmes qui attire d’office un certain groupe de téléspectateurs et la série se débrouille très bien quand vient le temps de le recréer. L’action se déroule bien entendu sous les tropiques avec plages et palmiers et les quelques femmes qu’on y retrouve sont pour la plupart des personnages secondaires qui n’existent que pour assouvir les désirs sexuels de ces hommes, ce qui engendre plusieurs scènes de nudité (féminine exclusivement, bien entendu).

La violence et le sang sont aussi monnaie courante dans ce type de production et la série se fait un point d’honneur de nous en donner. Les hors-la-loi qui vivent en huis clos sur ce bateau sont les terroristes des temps anciens. Ils n’ont aucun scrupule à dépouiller autrui, et possèdent les canons, mousquets et épées pour passer à l’attaque, ce qui donne plusieurs scènes de combats exécutés dans une mise en scène impeccable. Quand à l’aspect physique de ces voyous, Margaret Lyons dans son article résume fort bien un code télévisuel auquel nous sommes tous familiers : « You can tell who the more important pirates are because they’re the better-looking actors. That big, tall, strapping guy? Yeah, he matters. That guy with half a tooth? Don’t worry about him. » En effet, la beauté des protagonistes est incontestable, mais encore faut-il qu’à ce charme s’ajoute la prestance, ce qui n’est malheureusement pas le cas.

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Pirates fonctionnaires

John Silver se trouvait sur le bateau qui a été dépouillé par l’équipage de Flint. Il avait déjà en sa possession ladite page mentionnant l’emplacement du trésor, mais encore lui fallait-il le document complet que le capitaine s’était accaparé. C’est pourquoi il insiste pour se faire embaucher en tant que cuisinier chez l’ennemi. Lors de la première escale à Nassau, il conclut un marché avec Max (Jessica Parker Kennedy), une prostituée travaillant pour Eleanor. Ensemble, ils décident de s’associer avec Charles pour retrouver le trésor, mais John fait marche arrière après avoir fait connaissance avec ce capitaine sans scrupules qui n’hésite pas à tuer tous ceux qu’il a exploités.

Tout bonnement, il décide qu’il est dans ses intérêts de retourner avec Flint. Mis à part le fait que John détienne la pièce clé de l’aventure à venir, on est surpris par le manque de charisme de celui qui devrait être le héros de toute cette histoire. Trop poltron pour se battre, il s’éclipse chaque fois qu’il y a un combat ou que la tension monte. La ruse n’est pas non plus au rendez-vous pour lui. Il s’associe avec des partenaires au gré des circonstances, non par choix, mais par faiblesse. Les autres hommes de la série n’attirent pas plus notre attention. Billy est le marin qui a toute la confiance de l’équipage parce qu’il est réputé pour son honnêteté. Trop droit pour provoquer quoi que ce soit d’intéressant dans le scénario, il est aussi, par défaut, le pantin qui exécute les ordres de Flint. Quant à Charles, jusqu’ici c’est un personnage unidimensionnel qui nous est montré à l’écran que lorsqu’on veut un peu de sang.

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Avec des personnages ayant si peu d’attrait, il est difficile de s’accrocher à Black Sails. Reste le personnage de Flint. Après un premier épisode où par la force, il convainc ses hommes de lui rester fidèles, il devient rapidement ennuyeux. À Nassau, on le voit soit dans les bras de sa maîtresse, soit avec Eleanor et d’autres associés en train marchander les richesses qu’ils sont sur le point d’acquérir. Comme l’écrit Paul McTelenn dans son article sur l’épisode du 8 février : « On passe juste 45 minutes à voir des forbans parler comme des gestionnaires d’entreprises, conversations de bureau comme si le butin tant convoité était déjà tombé entre leurs mains. » Il est assez étonnant qu’après trois épisodes, ces pirates aient passé plus de temps sur terre qu’en mer. Considérant la courte durée de la série, les discutions et intrigues reposant sur l’avenir d’un trésor qu’on est loin d’avoir trouvé, accaparent beaucoup trop de temps d’antenne. En même temps, ces négociations dénuées de tout intérêt nous montrent le côté prudent des protagonistes, au détriment de toute émotion susceptible de créer un lien avec l’audience.

Le premier épisode de Black Sails a réuni plus de 3.5 millions téléspectateurs, reprises et enregistrements confondus, ce qui fait de la série le plus gros succès populaire de la chaîne câblée jusqu’ici. Les chiffres on légèrement diminués lors du second, mais on pourrait imputer cet engouement au marketing qu’elle a bénéficié. En effet, le pilote a d’abord été présenté à l’été 2013 au San Diego Comic-con (une convention de bandes dessinées, quatrième en importance dans le monde) pour ensuite être mis dans son entièreté sur YouTube. La série a même débuté en France et en Allemagne deux semaines plus tôt qu’aux États-Unis, de quoi créer un buzz. Cependant, on doute que ces chiffres se maintiennent à long terme, à moins qu’à la mi-saison (déjà), on se décide à donner plus d’aventures à cette fiction qui pour le moment, navigue en eaux troubles et qui risque de s’échouer.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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