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Rosemary’s baby : cette satanée maternité

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Rosemary’s baby est une nouvelle minisérie de deux épisodes diffusés les 11 et 15 mai sur les ondes de NBC aux États-Unis.

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L’action démarre alors que Rosemary Woodhouse (Zoe Saldana) vient de faire une fausse couche. Entre-temps, son époux, Guy (Patrick J. Adams), s’est fait proposer une place d’enseignant en littérature à l’université de la Sorbonne à Paris et l’occasion est trop belle pour que le couple laisse passer une telle chance, d’autant plus qu’un changement d’air serait des plus bénéfiques. Là-bas, ils font la connaissance de Roman (Jason Isaacs) et Margaux Castavets (Carole Bouquet), de riches bourgeois qui prennent le couple sous son aile. Il s’avère cependant que leur gentillesse n’est pas désintéressée et qu’elle fera tourner plus d’une fois le sang de Rosemary.

Adaptation du livre à succès éponyme d’Ira Levin en 1967 et du film oscarisé de Roman Polanski en 1968, cette version télévisée de Rosemary’s baby n’a pas beaucoup plu aux critiques, ni à l’auditoire si on en juge par les faibles cotes d’écoute. Pourtant, il est toujours intéressant de remettre au goût du jour une fiction qui est restée gravée dans la mémoire de toute une génération. Malgré quelques longueurs, cette version de la réalisatrice Agnieszka Holland vaut le détour, d’autant plus que son message traverse aisément les époques.

Ambiance d’effroi

Dès leur installation à Paris, Rosemary et Guy sont victimes de malchance. Après avoir fait la connaissance de Margaux et Roman, leur appartement prend en feu et ce sont les Castavets qui leur offrent un luxueux penthouse situé dans le même bâtiment où ils habitent. Au départ, c’est l’union entre tout ce beau monde et Guy qui devient chef du département de littérature trouvera même un éditeur pour son nouveau livre grâce aux contacts de Roman. C’est qu’en secret, il a conclu un pacte avec le couple : ce sont les maîtres d’une secte dévouée à Satan et ils pourront s’approprier le bébé que porte désormais Rosemary, qui serait nul autre que l’Antéchrist. La principale intéressée n’est pas au courant, mais commence à avoir quelques soupçons qui après quelques enquêtes, se révèlent fondés. De plus en plus anxieuse et paranoïaque, elle ne trouve aucun soutien extérieur puisque tous ses proches meurent dans de tragiques circonstances. Après une grossesse pénible, on veut lui faire croire que l’enfant est mort-né, mais Rosemary découvre la vérité et alors qu’elle est sur le point de tuer le nourrisson, change d’avis et décide tout de même d’élever cet enfant du diable.

Rosemary's Baby - Season 2014

Dans sa critique de la série, Julie Vincent résume bien le premier piège qui attendait l’adaptation de Rosemary’s baby à l’écran : « Le genre satanique est, en général, très « casse-gueule » ; la ligne entre le chef-d’œuvre et le ridicule y est très mince. » En ce sens, on peut affirmer que la série tient son pari puisque pas une seule fois, on décroche de la trame narrative.

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Dans le genre d’horreur, il est souvent préférable de suggérer plutôt que de montrer. Dans cette histoire, le diable est omniprésent, mais on mesure toute sa cruauté par le sort réservé à ceux qui tentent d’entraver l’objectif des Castavets qui est de s’approprier le bébé. Pour obtenir son poste de chef, les alliés de Guy ont dû éliminer sa rivale. La pauvre dame se met à divaguer; elle voit des insectes partout et assène de plusieurs coups de coupe-papier son supérieur et finalement elle-même. Plus tard, c’est sa meilleure amie Julie (Christina Cole) qui meurt après avoir reçu de l’huile chaude au visage et s’être cogné mortellement la tête contre le poêle. Le commissaire Fontaine (Olivier Rabourdin) est pris de convulsions et le sang sort de tous ses pores avant qu’il ne se fasse écraser par un camion alors qu’un prêtre finit par se pendre. Ces moments de tension sont exécutés avec brios et sont visuellement réussis.

Le principal reproche que l’on peut faire à la série est que sa première partie est beaucoup trop longue. On passe ainsi deux heures à mettre en place les intrigues, ce qui a peut-être découragé certaines critiques et téléspectateurs. Par contre, la finale de cet épisode est diablement (!) accrocheuse. Guy et Rosemary font l’amour et l’esprit du diable s’insère dans le corps de l’homme. Le montage est saisissant, surtout lorsqu’on voit le corps de celui-ci qui se déforme. Dès lors, les événements se mettent en place et la deuxième partie livre la marchandise.

De 1968 à 2014

Il est difficile de détrôner le film culte de Polanski dans la mémoire collective, mais une histoire comme Rosemary’s baby traverse les époques et la version de Holland représente un intérêt certain. En entrevue, la réalisatrice a partagé sa vision d’une héroïne transposée quelques 50 ans plus tard : «Back then, Rosemary “was in some ways a victim — to the men’s world, to the world of power and Satan,” she said. “My Rosemary is much more willful and stronger.» Dans la version de 68, Mia Farrow joue le rôle d’une femme au foyer, à la limite puérile en proie à la manipulation de tout un chacun. Dans celle de 2014, Zoe Saldana incarnait une danseuse de ballet dont les revenus ont longtemps fait vivre le couple.

La bande-annonce du film original

Elle est beaucoup plus déterminée et moins naïve et tient tête aux Castavets plus facilement que Guy. C’est peut-être pour équilibrer le rapport de force entre le couple que la version récente se déroule à Paris et non à New York comme la précédente. La Ville lumière a beau être un ravissement pour les yeux, le contraste n’en est que plus fort avec une Rosemary en manque de repères et qui de surcroît ne comprend parle pas la langue alors que Guy, si. Dans cette version, on relègue aux oubliettes un monde machiste pour un autre où l’argent est maître. Tous les protagonistes cèdent à un moment ou un autre à cette tentation. Mais là où les deux héroïnes de rejoignent, c’est lorsqu’elles sont enceintes. La maternité empiète sur la carrière, la vie sociale et qu’on soit en 1968 ou en 2014, et le corps de ces femmes est à la merci de médecins, régimes et une foule d’autres contraintes. Rosemary, dans toute la psychose qu’elle vit, incarne bien ce diktat imposé à la femme, qui demande de lourdes concessions, mais que le désir de donner la vie rend inévitable.
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Avec une moyenne de 3,5 millions de téléspectateurs pour les deux épisodes, Rosemary’s baby n’aura pas été un succès d’écoute. En effet, la diffusion du premier épisode a attiré moins de téléspectateurs que les séries Believe et Crisis qui se retrouvent habituellement dans cette case horaire et qui ont récemment été annulées. Cependant, la série a pour mérite de remettre au goût du jour, et sans se planter, une fiction poignante dont la première version cinématographique a peut-être échappé à une génération plus jeune. Espérons que d’autres projets comme ceux-ci verront le jour à plus ou moins long terme.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l’évaluation, à l’analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s’est davantage transférée vers les séries télé.
La fiction m’intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu’outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse… au grand plaisir des téléspectateurs.
Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d’or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s’applique, question de laisser la chance au coureur.
En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci.
Venez me lire!

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