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Turn : l’espionnage au temps de Washington

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Turn est une nouvelle série de 10 épisodes diffusée depuis le début avril sur les ondes d’AMC aux États-Unis et au Canada.

L’action démarre en 1776, un an après le déclenchement de la guerre d’Indépendance des États-Unis. Les soldats britanniques viennent tout juste de reconquérir plusieurs places fortes, dont Long Island, infligeant un sérieux revers à l’armée de George Washington.

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Un groupe d’espions à la solde des insurgés baptisé Culper Ring fait tout ce qui est en son pouvoir pour conduire les ennemis à la défaite. À la suite de plusieurs péripéties, ils recrutent Abe Woodhill (Jamie Bell), un fermier qui aurait souhaité rester à l’écart du conflit politique. N’étant justement soupçonné par personne, il parvient à s’infiltrer dans l’autre camp et ainsi renverser le cours de la guerre. Adaptation du roman d’Alexander Rose intitulé Washington’s spies : The story of America first spy ring, Turn ennuie par son manque de constance et des intrigues faiblardes. Pire encore est comment elle dépeint l’histoire, avec ses gentils et ses méchants en omettant toute nuance.

Problème de format

Les États-Unis (jusqu’ici les colonies) sont divisés quant à leur avenir. Une partie de la population souhaite le statu quo alors que l’autre considère désormais les Anglais comme des étrangers dont il faut se débarrasser. Les tensions sont vives et une bagarre éclate dans une taverne entre des gens de la population locale et le capitaine Britannique Joyce (Derek Leonidoff). Plus tard, celui-ci est retrouvé mort. Le nouveau capitaine, John Graves Simcoe (Samuel Roukin) lance une enquête et Abe, qui se trouvait à l’endroit de la première confrontation est considéré comme suspect. En cavale il est capturé par Benjamin Talmadge (Seth Numrich), un des chefs de file des insurgés. Il ne parvient pas immédiatement à le convaincre de travailler en tant qu’espion pour eux, mais achète tout de même son silence. Pendant ce temps, Talmadge s’empare aussi de Simcoe, mais ne peut lui soutirer des aveux quant aux plans des Anglais dans cette guerre. Anna Strong (Heather Lind) est l’ancienne amoureuse d’Abe et elle offre ses services pour l’aider à trouver le meurtrier de Joyce. Le coupable est un paysan, John Robeson et pour éviter d’avoir la tête tranchée, celui-ci accepte de collaborer avec l’équipe de Talmadge. Quant à Abe, sans s’impliquer totalement, ses sympathies penchent de plus en plus pour les insurgés.

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Dans les vidéos promotionnelles, on vendait Turn comme étant un drame d’espionnage. Le problème est que la série n’est pas du tout convaincante de ce côté. Abe est réticent à tout ce qu’on lui propose et hésite entre la sympathie qu’il éprouve à l’égard Talmadge et le respect qu’il doit à son père Richard (Kevin McNally), un juge de la localité que l’on pourrait qualifier de loyaliste. Cette série d’AMC souffre du même symptôme que Black Sails dans laquelle des pirates planifient de s’emparer d’un trésor caché sur une île. Après trois épisodes, ils n’avaient toujours pas levé l’ancre alors qu’ici, Abe n’a pas eu à mener des missions très enlevantes. De plus, les intrigues sont diluées par une histoire d’amour impossible entre Abe et Anna. Les deux projetaient de se marier, mais leurs pères respectifs ont choisi pour eux des partis beaucoup plus « stratégiques », comme le voulait la coutume. Donc, on s’égare entre plusieurs histoires et pour le bien de la série, il eût mieux valu que l’on crée une intrigue unique à chaque épisode, à la NCIS, plutôt que de construire sur le long terme, car le rythme fait cruellement défaut et après trois épisodes, on se demande toujours où on s’en va.

L’ennemi…

C’est courant avec les séries qui prennent place dans une période historique assez lointaine; on tend à choisir des raccourcis et opter pour une vision plus divertissante au détriment des vrais faits. Cela ne pose pas de problèmes dans Three Musketeers et Da Vinci’s demons par exemple : la première est basée sur un roman, la seconde, s’inspire du mythe Léonard de Vinci. C’est franchement moins convaincant lorsqu’on prend des événements d’époque et qu’on cherche trop à les mettre au goût du jour (Reign) ou à nous présenter qu’un revers de la médaille. C’était le cas dernièrement avec la série New Worlds dans laquelle les protagonistes imputaient tous les maux de la terre au roi et que jamais on ne nous offrait un contre point de vue. Turn souffre du même syndrome faisant cette fois-ci des Anglais l’ennemi héréditaire.

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L’histoire étant écrite par les vainqueurs, on veut être certain de nous convaincre de la justesse de la cause des insurgés, mais pour cela, on se doit de démoniser l’ennemi. Comme l’écrit Mary McNamara dans le Los Angeles Times : «It’s a good old-fashioned historical action drama in which the bad guys are clearly marked — they’re wearing red! — and the stakes are as high as they get (…) every redcoat/Loyalist in sight is some sort of arrogant sadist or other. » Malgré la subjectivité éhontée dans New worlds, on pouvait du moins saluer la partie qui traitait des relations entre blancs et indiens dans les colonies. Ce sujet n’est évidemment pas abordé dans Turn et jamais on ne mentionne quelque Français que ce soit, et ce, bien qu’ils se soient rangé du côté des Américains lors du conflit. Ici, la notion de liberté se trouve être l’apanage d’un seul peuple, ce qui est surprenant quand on considère que l’Angleterre et sa monarchie parlementaire étaient précurseur de la démocratie moderne. Et pour ce qui est des Américains dits « loyalistes » qui n’ont pas voulu suivre Washington, ils se sont installés entre autres au Canada. Aux dernières nouvelles, sa population n’est pas reconnue pour être belliqueuse, et son régime encore moins despotique. Disons que pour ennemis, les américains auraient pu bien plus mal tomber…

Turn a attisé la curiosité de 2,2 millions de téléspectateurs lors de sa première, mais les chiffres dégringolent et ont atteint 1,3 à la diffusion du quatrième épisode. La série, sans être un navet, peut au moins compter sur un casting solide et une mise en scène convaincante. Reste que pour un dimanche soir à 21 heures, elle est en directe compétition avec Resurrection (ABC), Game of thrones (HBO) et Mr Selfridge (PBS) pour ne nommer que celles-là… Aura-t-elle les reins assez solides?

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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