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Crossbones : un genre qui n’a pas atteint sa maturité

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Crossbones est une nouvelle série de dix épisodes diffusée sur les ondes de NBC aux États-Unis-et Global au Canada.

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L’action de déroule au début du XVIIIe siècle alors que des pirates s’en donnent à cœur joie lorsque vient le temps de piller les bateaux venus d’Europe. Installée à Port-Royal en Jamaïque, une petite communauté de brigands est « gouvernée » par nulle autre que Barbe Noire (John Malkovich), un homme craint de tous, mais dont le magnétisme est palpable. Excédé par ces actes de piraterie, le gouvernement de Londres envoie un espion sur l’île, Tom Lowe (Richard Coyle), qui se fait passer pour un médecin, mais dont la mission consiste à assassiner le chef.

Série basée sur le livre « The republic of pirates » de Colin Woodard, Crossbones est l’exemple typique d’un genre qui peut être un vrai succès au grand écran et un flop à la télévision. Malgré la présence de Malkovich dans un rôle principal qu’il interprète somme toute avec brio, les intrigues ne sont pas très engageantes et comme c’était le cas avec Black Sails, il y a plus d’action sur la terre ferme qu’en mer. Et à moins d’un redressement lors du troisième épisode, voici une autre série estivale qui ne risque pas de faire long feu.

À part Malkovich…

Barbe Noire est un personnage ayant réellement existé sous le nom d’Edward Tech. Né en Angleterre, il a tôt fait de rejoindre un équipage pirate dans lequel il a fait ses armes, jusqu’à ce qu’il devienne lui-même commandant de son propre navire. Dès la première scène de Crossbones, on voit justement des soldats à sa solde attaquer un bateau anglais. À l’intérieur se trouve le chronomètre de longitude des mers le plus sophistiqué de l’époque, mais qui sert principalement d’appât puisque le chef est prêt à tout pour se l’approprier et ainsi installer son hégémonie aux abords des côtes atlantiques. Lowe le sait et détruit la machine au tout dernier moment et mémorise le plan de fabrication de celle-ci. Ainsi, il est certain d’avoir la vie sauve tout en se rapprochant de l’ennemi à abattre. Introduit dans l’antre du commandant, il parvient à mettre du poison sur les pages d’un livre que Barbe Noire feuillette plus tard, mais lorsque l’espion voit sa vie menacée par de tierces personne, il administre un contrepoison à sa victime. Ainsi se définit leur relation où les deux protagonistes se haïssent, mais cohabitent puisqu’ils ont besoin l’un de l’autre.

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De tout le contenu des épisodes, le téléspectateur ne retient que l’interprétation saisissante de John Malkovich. Barbe Noire, malgré son petit gabarit et son âge avancé (l’acteur est dans la soixantaine alors qu’Edward Tech est mort à 38 ans), est ce mélange de raffinement, de cruauté, de ruse et de poigne qui ne peut qu’en imposer. Au cours des deux premiers épisodes, on le voit surtout « gouverner » son peuple avec des techniques dignes de Machiavel. Il est le premier à dire que dans le village, tous les hommes sont libres et égaux, mais c’est par personnes interposées qu’il assied son autorité (par exemple, il laisse le peuple condamner à mort son plus farouche ennemi, le capitaine Sam Valentine (Stuart Wilson). De son côté, Tom semble plutôt intéressé par les beaux yeux de Kate Balfour (Claire Foy), une prospère commerçante qui a fui l’Angleterre à cause des allégeances politiques de son mari, James (Peter Stebbings), lequel collabore en secret avec Barbe Noire. Le problème est que pour le moment, ces intrigues de seconde zone retiennent peu l’attention. En effet, mis à part cette histoire d’adultère, on n’a pas grand-chose à se mettre sous la dent. Symptôme de pauvreté scénaristique ou le genre « pirate » est-il simplement condamné à l’échec?

La case du vendredi soir pour les pirates et exemples à méditer

Les diffuseurs, NBC comme Starz, ont choisi l’ingrate case horaire du vendredi soir pour diffuser Crossbones et Black sails; deux séries mettant en scène l’univers de bateaux et des pirates. Coïncidence? Dans sa critique de la nouveauté de NBC, Tim Goodman apporte un point très intéressant : « most pirate stories are clichés because nobody is thinking about how to redefine them. They are only thinking about how to work within the parameters of swords, blood-thirsty men, remote islands and billowing cotton clothes. » En effet, les fictions portant sur la piraterie semblent toujours se dérouler autour de combats en mer et bien que cet infâme métier perdure depuis la nuit des temps, l’action se déroule toujours vers le début des années 1600 aux abords d’une île paradisiaque.

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Déjà, en s’imposant ces limites, on s’expose à la critique tant ce format est usé. Si quelques films d’Hollywood parviennent à tirer leur épingle du jeu (les Pirates des Caraïbes seront toujours une référence), c’est qu’ils misent en premier temps sur l’expérience grand écran : cascades, effets spéciaux et même le 3D. D’une part, ils disposent d’un plus gros budget et d’autre part, l’expérience s’arrête au bout de deux heures. Une série de dix épisodes ne dispose pas d’une telle somme et doit construire une intrigue qui tienne sur le long terme. Pour compenser ses lacunes scénaristiques, Black sails introduisait plusieurs scènes de violence assez crues, ce qu’évite Crossbones, ne jouant pas dans la cour des câblées. En somme, ce n’est pas que le genre soit voué à l’échec, mais seulement le manque d’imagination flagrant des créateurs.

Il y a moyen d’innover en la matière et trois projets peuvent susciter l’inspiration. Le film sénégalais La pirogue est centré sur le voyage en mer de 13 hommes et une femme. Ceux-ci sont prêts à tout pour fuir leur pays d’origine et prennent place dans une petite embarcation qui annonce un voyage périlleux. Ce huis clos est saisissant en partie parce qu’il nous montre la détresse de ces êtres et les plus que rudes conditions en mer. Aussi, dès le 22 juin, TNT diffusera la nouvelle série The last ship dans lequel un destroyer de la NAVY, de retour d’une expédition dans l’Arctique découvre avec horreur qu’une épidémie a rayé de la carte les États-Unis tandis que l’Europe et la Chine sont en guerre. Les quelques membres de l’équipage entre-temps doivent lutter pour leur survie. Enfin, HBO Canada et BBC America préparent une nouvelle minisérie, Iron Belly, portant sur le long voyage d’un groupe de prisonniers déportés d’Irlande vers l’Australie au XIXe siècle. Bien que dans ces trois cas, il ne s’agisse pas de piraterie, on voit quand même le potentiel que ces histoires en mer peuvent inspirer. Dans le cas de Crossbones, ça reste du pareil au même.

4,91 millions de téléspectateurs pour le premier épisode et 3,64 pour le second; la série n’attire pas des masses et l’on peut craindre qu’un coup la « curiosité Malkovich » dissipée, il ne reste plus de réel intérêt pour la série. Au lieu de ces intrigues ronflantes, on pourrait aller dans la science-fiction, l’historique ou le dramatique. Une chose est sûre, Crossbones part à la dérive si elle continue dans cette voie.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l’évaluation, à l’analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s’est davantage transférée vers les séries télé.
La fiction m’intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu’outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse… au grand plaisir des téléspectateurs.
Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d’or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s’applique, question de laisser la chance au coureur.
En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci.
Venez me lire!

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