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The Knick : fascinant excès d’hémoglobine

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The Knick est une nouvelle série de dix épisodes diffusée depuis le début août sur les ondes de Cinemax aux États-Unis et HBO Canada.

The Knick

The Knick

L’action nous transporte en 1900 à New York à l’hôpital Knickerboker. Après une chirurgie qui coûte la vie à une patiente, le chef de la clinique et docteur J. M. Christiansen (Matt Fewer) se suicide, laissant ainsi son poste à son protégé, le Dr John Thackery (Clive Owen). Au cours des épisodes, on est à même de constater à quel point la médecine était rudimentaire (les antibiotiques n’avaient pas encore été inventés) et qu’on a pu s’appuyer au tournant du siècle sur d’éminents pionniers qui ont dévoué tout leur temps et leur santé au service des patients.

Réalisation signée Steven Soderbergh, The Knick est fascinante pour son portrait d’une époque dépeignant les débuts de la médecine moderne, sous toutes ses coutures et à la sauce américaine. La série vaut assurément un coup d’œil.

Les balbutiements d’un système controversé

Après le suicide du Dr Christiansen, c’est John qui est promu chef des chirurgiens de l’hôpital. Celui-ci est doté d’un immense talent, n’en a que pour ses patients et doit travailler au bas mot une quinzaine d’heures par jour. C’est excès de zèle n’est pas sans conséquence : le docteur est complètement accro à la cocaïne et à l’opium, au point où il ne lui reste plus de veines intactes pour qu’il puisse s’administrer ses piqûres. Son niveau de stress augmente rapidement, puisqu’on est en train d’électrifier l’hôpital, mais la transition ne se fait pas sans heurts alors que les pannes de courant sont fréquentes. C’est la famille Robertson qui subventionne l’établissement, et lorsque sa représentante Cornelia (Juliet Rylance) veut imposer à John un nouveau chirurgien, le Dr Algernon Edwards (Andre Holland), la bisbille recommence. Celui-ci est le fils du chauffeur des Robertson et de leur bonne, mais il a étudié dans les plus grandes écoles de médecine d’Europe. Son principal « défaut » est d’être noir. Le racisme étant monnaie courante, il est contraint, malgré son talent, de jouer aux assistants.

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The Knick est sans contexte une série médicale au sens classique du terme. Que ce soit dans Remedy, Médecins de combats ou The night shift, on retrouve encore ici un médecin se dévouant corps et âme à ses patients. Le fait qu’il soit toxicomane n’est pas sans rappeler les protagonistes de Dr House ou Rush par exemple, d’autant plus que tous trois fonctionnent admirablement la première dose de drogue injectée. La très grande majorité des scènes sont tournées à l’hôpital, ce qui fait qu’après trois épisodes, on s’attarde encore trop peu à la vie personnelle des protagonistes, y compris Thackery. Mais à la différence des autres séries médicales, on ne s’intéresse pas tant aux cas médicaux que sur le New York du début du siècle et la progression de la médecine de l’époque : c’est justement ce qui fait le charme de la série.

La grande pomme au début du XXe siècle pullule de contagions et d’épidémies causées en grande partie par l’insalubrité. On assiste surtout aux débuts de l’infrastructure médicinale de l’époque. Ce sont des particuliers, comme les Robertson qui financent cette science, et non l’État. Les hôpitaux au lieu de collaborer sont en compétition, de même que les ambulanciers. La dernière trouvaille d’Herman Barrow (Jeremy Bobb) (le gestionnaire de Knikeboker) pour renflouer ses finances personnelles est de vendre des cadavres, lesquels sont très prisés par les médecins et les pots-de-vin sont légion.

The Knick nous expose aussi au sexisme et au racisme assez choquant de l’époque. Cornelia a beau avoir un nom de famille illustre et une vision remarquable de la médecine, John et ses comparses l’écoutent à peine. Quant au Dr Algernon, il est traité en véritable nègre. Il est systématiquement mis à l’écart et pour pouvoir exercer ses talents, il décide d’ouvrir une petite clinique dans le sous-sol de l’hôpital où il ne soigne que des noirs; ceux-ci n’ayant pas droit au même traitement évidemment. Et malgré un bon salaire, Algernon est contraint de vivre dans un ghetto malfamé parmi les autres de sa « race ».

L’horreur du corps humain

La signature de The Knick, c’est sans conteste sa mise en scène. Soderbergh a privilégié des couleurs très froides, à la lumière des néons de nos laboratoires modernes. Seuls les organes disséqués, aux couleurs vives, contrastent avec l’austérité des lieux. Ici, le corps humain se limite à de la chair dans laquelle les médecins fouillent à mains nues et à propos de la place qu’occupe le sang dans la série, Willa Paskin résume très bien l’effet ressenti:« It collects in bottles, the terrifying volume of surging life a horrifying reminder of what is really at stake, of how bodies are bags of blood—of how close surgery can be to slaughter, an operating room an abattoir. » Lorsque John effectue ses opérations, il est au centre d’une large salle remplie d’aspirants médecins qui prennent des notes; une belle mise en abîme du téléspectateur qui assiste à un divertissement. À cet endroit, il n’y a aucune censure et le corps humain se transforme en objet horrifique que Sodernergh se plaît à nous montrer sous tous les angles. Quant à la musique qui accompagne ces scènes, il s’agit d’un rythme électronique qui n’a absolument rien à voir avec l’époque, mais qui bizarrement s’agence bien avec les images, rappelant le bruit d’un métronome ou d’un électrocardiogramme.

The Knick

The Knick a attiré  environ 354 000 téléspectateurs lors de la diffusion de son premier épisode et 419 000 pour le second. C’est un peu moins que Banshee qui était lancée l’an dernier par Cinemax et qui avait récolté  près de 440 000 téléspectateurs. Peu importe les chiffres puisqu’avant sa diffusion, la production annonçait en juillet une seconde saison. Une chose est sûre, la série se démarque du genre médical traditionnel, non seulement parce qu’elle se déroule au début du siècle, mais parce qu’elle nous offre en filigrane un vrai portrait de l’époque, à mi-chemin entre le passé et la modernité du point de vue médicinal, mais surtout social où cette science est une affaire de blancs et surtout de riches.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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