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La « Sabot-de-Denverisation » du Québec

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Le week-end dernier, des milliers de Québécois sont descendus dans la rue pour dénoncer les politiques « d’austérité » du Gouvernement Couillard.

S’il est légitime de manifester afin de faire valoir sa vision de l’État québécois, une part d’incompréhension s’installe tout de même face au discours alarmiste qui prévaut, peignant tout en noir, comme si les choix du gouvernement allaient mettre en péril notre mode de vie. Un discours qui, immanquablement, tend à définir comme immuable le pacte entre les Québécois et l’État, qui sclérose les façons de faire et qui revendique comme des « acquis » le panier de services que nous avons choisis de nous offrir. Il tend également à minimiser grandement et de manière irresponsable le problème des finances publiques. À mes yeux, c’est un cocktail qui s’avérera indigeste à moyen terme.

Beaucoup de question

Regardez cette photo qui circule dans les médias sociaux. Je la trouve succulente.

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Qu’est-ce que ça signifie, être « Contre » l’austérité ? N’est-ce pas l’équivalent fiscal des climato-sceptiques ? N’est-ce pas se transformer en négationniste de l’endettement collectif ? « Tout nier », comme on le ferait à l’annonce d’une mauvaise nouvelle médicale ? Et pourquoi diable n’est-on jamais capable de remettre en question nos façons de faire, au Québec ? Sommes-nous arrogants au point de croire que nous avons toujours raison, tout le temps ? Que toutes les solutions que nous adoptons sont TOUJOURS et en tout temps les meilleures ? Tout le temps ? Au point de les transformer en dogme ? La dernière fois que j’ai vérifié, on écrivait toujours les projets de loi sur papier, on ne les gravait pas dans le roc. Pourquoi n’est-on pas en mesure d’avoir une discussion de groupe mature, adulte, qui ne sombre pas dans l’émotif, l’irrationnel et dans la confrontation ? Pourquoi les syndicats et les groupes d’intérêts trouvent toujours le moyen de « sabot-de-Denveriser » le Québec, alors qu’ils possèdent les moyens d’être au cœur des débats et OUI, des changements ?

L’austérité, koss ça donne ?
« L’austérité néolibérale » dénoncée par les manifestants du week-end n’en est pas une. En fait, l’exercice auquel se prête le gouvernement de Philippe Couillard est plutôt un exercice de contrôle de la croissance des dépenses de l’État. En un mot, l’État continue d’augmenter ses dépenses… mais on veut en prendre le contrôle. N’est-ce pas exactement ce que toute famille responsable ferait avec son propre budget ? L’austérité dénoncée par les manifestants n’a donc rien à voir avec celle qu’a tenté l’Europe. Quand j’entends les opposants aux réformes scander « On n’est pas la Grèce ! On n’est pas l’Espagne ! », je grince des dents.

Tenez, puisqu’on en parle, en 2013, la Grèce a congédié 15 000 fonctionnaires. D’un coup ! Ici ? On propose l’abolition de pas tout à fait 2000 postes, par attrition et départs à la retraite. Depuis le début de 2009, ce sont des mesures totalisant 169 milliards d’Euros que s’inflige la Grèce. Au Québec ? On veut trouver 3,5 Milliards. Si on en trouve la moitié, on fera probablement la vague.

En Espagne, les mesures comprenaient le gel des pensions, une augmentation de l’âge d’accès à la retraite, la diminution des salaires dans la fonction publique. Avouez qu’on n’est quand même pas dans les mêmes ligues.

Le terme « Austérité » est peut –être le même et il emprunte au même concept, mais les méthodes sont loin, très loin d’être semblables.
Par ailleurs, on consacre énormément d’énergie à tenter de démontrer que la « dette » n’est pas si grave parce que nous ne tenons pas compte des « actifs » dont nous nous sommes dotés. Pour illustrer cet argument, on le compare souvent à une hypothèque. On dit qu’une dette de 350 000 $ pour un individu peut paraître immense, mais elle est justifiable en fonction de la valeur de la maison, de l’actif. Cet argument n’est pas sans mérite, en principe. Mais je crois que la question est mal définie, dans le contexte. Car le problème ne vient pas nécessairement du fait que la dette est adossée à de réels actifs mais bien plus du fait que « l’hypothèque » est devenue trop lourde à supporter et gruge une part de plus en plus importante de nos liquidités, ce qui vient torpiller notre marge de manœuvre. En gros, on n’a plus les moyens de nos ambitions, la carte de crédit est presque pleine et les paiements minimums nous demandent de consentir un effort de plus en plus exigeant.

Davantage encore. En théorie, argumenter que la dette du Québec est gérable, compte tenu de la proportion qu’elle représente à l’égard de notre PIB, est tout à fait juste. Mais quelques questions se posent.

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Pour débuter, de quelle dette parle-t-on, au juste ?
Il y a toute sorte de chiffres qui circulent sur la dette. Dernièrement, l’IRIS (Institut de Recherche et d’Informations Socio-économiques), dans un document intitulé « État de la Dette du Québec 2014 » décortique les types de dettes. En gros, on entend deux chiffres. 191,8 milliards (Dette brute du Québec) ou 256,4 milliards (Dette de l’ensemble du secteur public). Les auteurs de l’étude disent que la dette du secteur public n’a pas vraiment d’utilité comme chiffre et ne sert qu’à alimenter les « commentateurs qui se veulent alarmistes ». Je ne suis pas un économiste, ni un comptable, mais je sais que parler de la « dette d’Hydro-Québec », la « dette des universités », la « dette des municipalités «  c’est, ultimement, parler de la même poche ! On peut compartimenter la dette par exercice comptable afin de mieux la comprendre, mais ce sont les mêmes babouins qui paient. Alors soyons francs et admettons que nous devons un quart de billion de dollars ? Et ça ne tient même pas compte de la portion de la dette fédérale qui nous revient.

S’il est vrai que nous avons des « actifs », encore faut-il qu’un actif puisse être liquidé, vendu. En admettant qu’il soit théoriquement possible de trouver « preneur » pour nos routes, ponts, barrages, écoles, nos panneaux de signalisation, nos aéroports, etc… pouvez-vous seulement imaginez le genre de contestation qu’engendrerait le seul fait d’évoquer la possibilité de privatiser ces actifs ? Si vous en doutez, je vous réfère à la photo de départ.

Ensuite, qui la paiera ?
Les contestataires ont beau dire que la question de l’endettement public ne constitue pas une urgence, comme semble le laisser entendre le gouvernement Couillard, l’évolution démographique, elle, ne ment pas. Le départ à la retraite des « boomers » laissera un trou béant dans la population active. Et qui dit population active dit contribuables. Lorsque les différents filets sociaux ont été mis en place au Québec, il y avait un retraité pour 11 contribuables. Dans un avenir très rapproché (d’ici 5 à 7 ans), à moins d’un revirement massif dans les politiques d’immigration, nous nous retrouverons avec un ratio de 1 retraité pour 3 ou même 2 contribuables. Le système est insoutenable. Comprenons-nous bien : le système ne s’effondrera pas, mais il faudra emprunter pour payer la note des services. Autrement dit, il faudra faire gonfler l’endettement pour payer les dépenses courantes.

C’est pour ça que l’on ne peut analyser la question des finances publiques dans un silo. Le maintien intégral des services publics, du niveau d’emplois publics, des dépenses publiques, combinés avec les infrastructures vieillissantes qu’il faudra remplacer à moyen termes, la dette déjà accumulée qui sera gonflée par ces réinvestissements que ne pourront amortir les deux ou trois contribuables par retraités…. C’est impossible à soutenir.

Et c’est là que repose l’urgence. Il serait irresponsable d’attendre qu’éclate la potentielle crise avant d’agir. Et encore, cette crise serait sournoise. Ce n’est pas comme si les viaducs allaient s’écrouler un par un… mais nous nous retrouverions dans une position où nous devrions passer aux générations futures une charge d’endettement indécente.

Démoniser le profit.
Pour en revenir à la photo que je vous ai partagée, notez le discours. Oui au « bien commun partagé » (sic) mais non « au profit » (sic). Cette manifestante est en faveur du partage de la richesse mais pas en faveur de sa création ?? Elle désire que tous aient accès à des services de qualité, mais si elle est contre les « profits », qui va les payer, ces services ? On s’endette ? Ben oui ! Pas de problème. La dette est adossée à des actifs… mais ne pensez jamais qu’on va vous laisser les privatiser quand viendra le temps de payer, par exemple !

Je hurle de rire devant tant d’incohérence. En fait, je n’ai jamais compris pourquoi la Gauche n’était pas la plus grande défenderesse de l’importance de générer des profits et de la richesse. Il me semble évident que, pour pouvoir faire bénéficier au plus grand nombre, pour avoir un meilleur panier de services, pour que le plus grand nombre améliore son sort, il faut générer de la richesse. En termes simples, alors que la Gauche n’a aucun problème à taxer les riches, pourquoi ne valorise-t-elle pas ceux qui possèdent ce potentiel de le devenir ? Les impôts sont le prix à payer pour une société paisible et civilisée. Ce n’est pas une « punition ». Et je n’ai aucun problème avec l’idée de demander un effort supplémentaire aux gens plus fortunés. Mais serait-il possible de ne pas leur crier des noms ce faisant ?

Et quoi encore.
Le Québec est « l’État » le plus endetté d’Amérique de Nord. Parmi les pays de l’OCDE, il y a pire, mais il y a beaucoup, beaucoup mieux. Devant les défis qu’imposeront les variations démographiques dans les prochaines années, si aucun changement ne s’opère, nous devront nous endetter davantage encore. C’est ce qui fait peur aux agences de cotation. Ça devrait nous préoccuper bien plus que ça ne le fait. De plus, notre niveau de taxation est voisin d’indécent et ne peut être à nouveau augmenté. Notre marge de manœuvre est quasi nulle. Et malgré ce constat, le gouvernement choisis quand même d’augmenter les contributions pour certains services, comme les services de garde. Le contribuable est à bout de souffle. Et comme si ce n’était pas assez, nous nous trouvons dans une impasse politique. Ainsi, puisque une très vaste majorité des québécois ne paient que très peu ou pas d’impôts, la réduction des services sera toujours bien plus impopulaire que l’augmentation du fardeau fiscal pour les « riches ». C’est normal : quand on ne fait pas assez d’argent pour payer des impôts, on ne veut surtout pas se voir retirer des services.

Devant ces constats, deux options s’offrent aux Québécois.
D’une part, réduire les « dépenses » graduellement, par attrition si possible et couper dans les ministères afin de contrôler l’augmentation du niveau de dépense du gouvernement. C’est ce que tentera le Gouvernement Couillard. C’est la technique qui consiste à arracher le plus de plumes à une poule sans trop la faire crier. Je ne suis pas convaincu que ça fonctionnera parce que je ne suis pas convaincu encore que ce gouvernement aura le courage de maintenir le cap.

D’autre part, maintenir le statu quo, maintenir le niveau des dépenses de programmes, le niveau d’embauche et les régimes de retraites des employés de l’État au niveau actuel. Dans ces conditions, cela implique de refiler la facture aux générations futures. C’est une façon de faire un peu équivalente à faire hériter nos enfants d’une maison indument hypothéquée. C’est irresponsable.

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Martin Pouliot

Martin Pouliot

Animateur radio depuis plus de 12 ans, je commente l’actualité et analyse les décisions afin de mieux comprendre les grands enjeux qui nous touchent. Je ne suis ni de gauche, ni de droite, je tente de me ranger du côté du respect des différences et du respect de l’individu.

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