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One Child : émotions froides

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One Child est une coproduction de quatre épisodes entre Sundance Chanel et BBC Two qui ont été diffusés durant la première fin de semaine de décembre aux États-Unis et au Canada.

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Mei (Katie Leung), dans la jeune vingtaine, est d’origine chinoise, mais a été adoptée dès sa naissance par Jim (Donald Sumpter) et Katherine Ashley (Elizabeth Perkins) et la famille vit en Angleterre. Un soir, une prénommée Qianyi (Linh-Dan Pham), une journaliste indépendante pour le City News de Guangzhou la contacte via internet pour lui apprendre que sa mère biologique Li (Mardy Ma, que Mei n’a jamais rencontré) demande son aide : c’est que son fils Azun (Sebastian So) a été faussement accusé du meurtre d’un Nigérien et n’a que quelques semaines avant d’être condamné à la peine de mort. Malgré un tsunami d’émotions, Mei accepte et avec l’approbation de sa famille s’envole vers la Chine. Au départ, Li et Qianyi comptaient sur le fait que la jeune femme soit anglaise pour que le dossier d’Azun se règle, mais tout ce beau monde se heurte à l’implacable régime chinois qui n’a que faire de cet innocent qu’on envoie au bucher.

One Child nous présente d’une part à un drame personnel et d’autre part dénonce un système comme trop peu de productions américaines osent le faire. Encore une fois, on retrouve dans cette série la « touche Sundance », qui a le pouvoir de nous émouvoir tout en nous sortant de notre zone de confort.


Drame familial

La série s’ouvre alors que des jeunes font la fête dans une discothèque où il y a beaucoup d’alcool et de drogue. Une dispute éclate entre un Nigérien et un Chinois. Ce dernier le tue en pleine rue devant douze témoins, dont Azun qui se trouvait sur les lieux parce qu’il connaît bien le DJ de l’endroit. Mais voilà que le meurtrier est issu d’une famille richissime et que suite aux pressions du père, la police s’empresse de porter le blâme sur un innocent, à l’occurrence, Azun. Li est veuve et c’est par désespoir qu’elle se résout à recontacter sa fille par l’intermédiaire de Qianyi. De son côté, Mei a toujours su qu’elle avait été adoptée, mais ne pensait jamais retrouver sa famille dans de telles circonstances. Une fois arrivée à Guangzhou, c’est à peine si sa mère la regarde dans les yeux et elle ne fait que parler de son fils. Ébranlée, la jeune femme aurait tôt fait de quitter la ville si ce n’était de sa rencontre avec son frère qu’elle affectionne instantanément. Dès lors, elle est résolue à tout faire pour obtenir sa libération, mais ses moyens sont limités. Le consulat britannique ne veut pas se mêler de cette affaire, alors que Qianyi lui présente des amis à elle, un groupe d’avocats qui appartient au « citizen’s justice movement ». Malgré leurs compétences, ils ne sont pas vus d’un bon œil par le gouvernement si bien que Mei accepte un marché avec Mr Lin, un détective privé : en échange de 500 000 £, il parviendra à convaincre, légalement ou pas, les 11 témoins de changer leur déposition. L’opération réussit, mais Azun sera-t-il libéré pour autant?

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Dans sa critique sur la série, Kayla Kumari Upadhyaya a écrit: « And it’s that lack of a Hollywood filter that allows One Child to subvert expectations. » En effet, avec le sort réservé à Ajun, les retrouvailles entre Li et Mei et tout ce que ça implique pour les parents de cette dernière, tous les éléments sont réunis pour nous offrir une fiction riche en émotion. Pourtant, on est d’abord décontenancé du manque d’émotion dont font preuve la plupart des protagonistes, à commencer par Li lorsqu’elle revoit sa fille. Lors de leurs premières rencontres, Qianyi assure toujours la traduction entre les deux, ce qui donne de très longues scènes. Mais là est justement tout le drame : ce sont deux univers aux antipodes qui se rencontrent et c’est accentué par la barrière de la langue. De plus, Mei a eu la chance d’être adoptée par une famille aimante dans un environnement choyé. Au départ, il est plus aisé pour elle de faire preuve de bonne volonté en voulant découvrir ses origines. La situation n’est pas la même pour sa mère. Outre le drame qui touche son fils, c’est une honte perpétuelle pour elle que d’avoir dû abandonner son enfant, notamment à cause de son sexe. Et après la distance de langage, c’est celle des yeux et nous avons ce magnifique plan d’un miroir qui nous reflète Li regardant enfin sa fille, mais ce n’est pas réciproque. Dès lors, on comprend que cette froideur (que l’on pourrait facilement confondre avec un manque de profondeur ou un mauvais jeu des acteurs) était calculée d’office dans le scénario. Puis, on s’habitue et on ressent la souffrance de tous ces êtres autrement. Enfin, un mot concernant la trame sonore. Dans les moments les plus dramatiques, on s’attendrait à un accompagnement musical larmoyant, mais non. C’est un son sourd, dénué de toute émotion… à l’image peut-être d’un gouvernement dont l’empathie n’est pas la première qualité.

L’indifférence asiatique

Combien de séries américaines ou anglaises ont pour personnage principal un Asiatique? Combien d’entre elles s’intéressent à la Chine ou critiquent ouvertement son fonctionnement? Comme en fait état cet article : « Le téléspectateur occidental de base est-il à l’aise avec un homme asiatique dans un rôle principal romantique? Le stéréotype de l’homme asiatique est très ancré, représenté soit en maître d’arts martiaux, soit au contraire en nerd émasculé. »

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Ce qu’il y a de frustrant ici est qu’il y a tellement de pistes à explorer, d’histoires à raconter et One Child est le bienvenu dans le paysage sériel. Ici, on nous dépeint une société marquée au fer par la censure, si bien que Qianyi doit par Skype écrire « death penalty » sur un papier plutôt que de le prononcer. Lors d’une rencontre dans un parc avec le Citizen’s justice movement, ils parlent à voix basse de peur d’être espionnés. Puis, c’est toute l’hypocrisie d’un système judiciaire : le Nigéria demande qu’on juge le coupable du meurtre d’un de ses citoyens, ce que la Chine fait pour ne pas perdre la face, même si ce n’est pas l’homme en question. À l’opposé, l’Angleterre, sous la pression des Asher pourrait demander révision du jugement étant donné qu’Azun est innocent, mais le consulat laisse faire, de peur de froisser un partenaire économique important. Alors qu’on est habitué aux fins heureuses à la Erin Brockovich, on fait face ici à un système inébranlable, dénué de compassion… et de droits de l’Homme.

One Child n’a attiré que 100 000 téléspectateurs en moyenne, ce qui est déplorable étant donné la qualité de celle-ci. Qu’il s’agisse d’autochtones dans Top of The Lake ou The Red Road, d’un ex-bagnard dans Rectify ou des dissensions entre Israël et la Palestine dans The Honourable Woman, Sundance s’efforce, série après série, de nous montrer un autre visage du monde, celui des laissés pour compte et y parvient presque à tous les coups. Souhaitons qu’au fil des ans, la chaîne s’immisce davantage dans le foyer des Nords-Américains qui pour le moment, ne savent pas ce qu’ils manquent.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l’évaluation, à l’analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s’est davantage transférée vers les séries télé.
La fiction m’intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu’outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse… au grand plaisir des téléspectateurs.
Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d’or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s’applique, question de laisser la chance au coureur.
En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci.
Venez me lire!

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