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The Red Tent : conte au féminin

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The Red Tent est une minisérie de 2 épisodes diffusée au début décembre d’abord aux États-Unis, puis au Canada sur les ondes de Lifetime.

The Red Tent lifetime

On est en 1500 av. J.C alors qu’au pays de Canaan, vivent la famille de Jacob (Iain Glen) qui a marié quatre sœurs, lesquelles lui ont donné une nombreuse progéniture. Parmi celles-ci, une seule fille du nom de Dinah (Rebecca Ferguson) qui tombe éperdument amoureuse du prince Shalem (Sean Teale) de qui elle aura un fils, Re-Mose (Toby Sebastian). Mais celle-ci se retrouve au sein d’intrigues impliquant les honneurs bafoués ainsi que la lutte du pouvoir et sa vie sera tout sauf un long fleuve tranquille. Adaptation du bestseller éponyme signé Anita Diamant, lui-même inspiré de certains personnages de la Genèse, The Red Tent donne la part belle à ces femmes qui se serrent les coudes et qui s’évertuent à donner la vie.

Casting impressionnant, grandiose reconstruction d’époque, on est surtout déçu que la série ait été déclinée en deux téléfilms alors qu’elle aurait pu faire l’objet d’une série d’au moins dix épisodes, et ce, sans que l’on trouve le temps de s’ennuyer. Finalement, on a droit à une course contre la montre épuisante, mais ô combien passionnante.


Expédition trop rapide

L’histoire commence alors que Jacob, un berger, vient s’installer dans un petit village et tombe éperdument amoureux de Rachel (Morena Baccarin) et veut l’épouser, sauf que celle-ci se dérobe le jour du mariage et c’est sa sœur aînée, Leah (Minnie Driver) qui le visage caché sous un voile, devient sa femme. Comme cette dernière veut rester auprès de ses sœurs, Jacob convainc leur père Laban (Leigh Lawson) de marier les quatre (coutume courante à l’époque). Outre une nombreuse progéniture masculine, Leah donne naissance tardivement à Dinah et Rachel enfante de Joseph (Will Tudor), son unique enfant. Après une brouille avec Laban, Jacob quitte le village et rencontre sur son passage son frère Esau (Dermot Keaney) qui est devenu prince après son union avec la reine Re-Nefer (Hiam Abbass) et qui a un fils, Shalem.

The Red Tent lifetime

Lui et Dinah tombent immédiatement amoureux et se marient sans le consentement de Jacob, ce qui provoque chez lui une colère épique. Ses fils Simon (Saif Al-Warith) et Levi (Pedro Lloyd Gardiner) décident de venger cet affront et avec une petite armée, assassinent tous les hommes de la ville où règnent Esau, lui compris ainsi que Shalem. Mais la vengeance des frères ne s’arrête pas là. Jaloux de Joseph qui est le favori de leur père, ils le kidnappent et le font passer pour un esclave qu’ils vendent à des étrangers. Furieuse contre sa famille, Dinah s’enfuit avec Re-Nefer à Thèbes et accouche d’un garçon. Seulement, la reine qui blâme sa belle-fille pour la perte de son fils, s’empare du bambin qu’elle prénomme Re-Mose et le fait passer pour son fils. Dinah ne tient plus que le rôle de gouvernante, mais tombe bientôt en disgrâce. Les années passent et Dinah s’est remariée avec Benia (Darwin Shaw), un charpentier et a acquis une solide réputation de sage-femme. Elle n’est pas pour autant au bout de ses peines, puisque moult autres événements viendront encore bouleverser sa vie.

Comme on peut en juger avec ce résumé exhaustif, avec autant d’aventures, il est normal d’être déçu que la série ne dure que quatre heures, ou plutôt 90 minutes sans les pauses publicitaires. Ce n’est pas très compliqué; chaque scène équivaut à une vingtaine de pages du roman. Et comme il n’est pas simple de créer des décors antiques de même que des costumes de cette époque, on se demande pourquoi la production n’a pas voulu rentabiliser davantage le magnifique travail effectué par l’équipe technique et allonger la fiction de quelques épisodes supplémentaires. L’histoire est truffée d’un nombre incalculable d’intrigues qui auraient pu nous tenir en haleine de la même manière que ce que fait Game of Thrones pour HBO. De plus, Lifetime a frappé un grand coup en réunissant autant d’acteurs chevronnés qui se sont démarqués ces dernières années comme Minnie Driver (About a boy), Monica Baccarin (Homeland) ou Iain Glen (Game of Thrones), mais on n’exploite pas assez ces talents puisqu’on ne les voit qu’une trentaine de minutes tout au plus. Malgré tout, The Red Tent demeure un beau conte qui met en scène des femmes fortes, maitresses de leur destin.

Féminisme : une religion

On retrouve littéralement une « tente rouge » dans la série, comme dans le livre. Cet emplacement sert de refuge à toutes les femmes de la communauté où s’est installé Jacob et sa famille. Celles-ci s’y rendent lorsqu’elles sont menstruées ou qu’elles doivent accoucher. C’est là que Dinah, comme tant d’autres, acquière des connaissances en médecine qui lui permettront de devenir sage-femme. Dans un monde bien évidemment machiste où les hommes peuvent épouser plusieurs femmes, celles-ci ont pour fonction première de procréer et dès lors, la tente revêt le symbole de temple dédié à la féminité. Toutes se confient et font ce qu’elles peuvent pour apaiser leurs maux, notamment lors des accouchements. C’est aussi un lieu où toutes les rivalités s’estompent et qui sert de refuge à un monde pour le moins cruel.

Red-Tent-2

Dinah est bien entendu le symbole de ce féminisme à la fois châtié et honoré. Malgré les atrocités commises par Levi et Simon, Jacob les soutient au détriment de sa fille qui voit sa vie s’écrouler. Loin de se soumettre à la volonté paternelle, elle préfère s’en aller et prendre son destin en main. Puis, il y a cette scène qui survient après son accouchement alors qu’elle apprend de la reine qu’elle ne sera pas la mère « officielle » de l’enfant.

Au beau milieu de la nuit, elle s’empare de Re-Mose et s’enfuit dans la ville. Désespérée, elle cherche un refuge, mais personne ne le lui accorde. Sa robe de nuit est encore tachée de sang et ce fluide se répand dans les ruelles qu’elle parcourt. Malgré tout, elle fait face à l’adversité, sachant surtout protéger ceux qu’elle aime et pardonner aux autres qui lui ont fait du mal et comme l’écrit Allison Keene dans sa critique des femmes de la série en général : « it’s an engaging and very well cast story of the triumph and resilience of the female spirit. »

The Red Tent lifetime

The Red Tent a en tout attiré une moyenne de 2,2 millions de téléspectateurs lors de sa diffusion originale; un bon succès pour la chaîne câblée qui a sûrement réussi à faire le plein d’auditoire en ce mois de décembre très calme du côté des séries. Beaucoup trop pressée de « boucler la boucle », la série a cependant le mérite de nous garder captifs jusqu’à la fin avec un conte qui sied très bien à la période estivale.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l’évaluation, à l’analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s’est davantage transférée vers les séries télé.
La fiction m’intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu’outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse… au grand plaisir des téléspectateurs.
Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d’or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s’applique, question de laisser la chance au coureur.
En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci.
Venez me lire!

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