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American Sniper ou comment viser en plein dans le mille un cœur situé à 1 920 mètres?

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Le réalisateur Clint Eastwood braque la mire de sa caméra sur l’acteur Bradley Cooper afin de nous raconter les prouesses du tireur d’élite le plus efficace de l’histoire militaire des États-Unis, Chris Kyle. Ce membre des SEAL revendique pas moins de 255 tirs létaux durant la guerre d’Irak, dont 160 confirmés par le Pentagone.

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Surnommé The Legend par ses frères d’armes et Le diable de Ramadi par les insurgés, ce Texan pur-sang s’est fait un devoir de protéger son pays en allant le défendre à quatre reprises au Moyen-Orient entre 1999 et 2009, faussant alors compagnie à sa femme Taya (Sienna Miller) et à leur fils. Après sa dernière affectation, il est resté rongé par les regrets et les fantômes des siens qu’il n’a pas pu sauver, plutôt que par les remords et les fantômes de ses victimes. Le parfait soldat, quoi. Cette histoire est le sujet de son autobiographie publiée en 2012, American Sniper: The Autobiography of the Most Lethal Sniper in U.S. Military History, laquelle fait déjà l’objet de cette adaptation sur grand écran.

Accuser ce biopic de faire l’apologie des armes à feu ou de développer une idéologie réactionnaire serait se méprendre sur son objectif visé : montrer à la fois l’avers de la médaille avec un « là-bas » physiquement violent, quand l’homme devient une légende, et l’envers de la médaille avec un « ici » psychologiquement traumatisant, quand ce même homme reste incapable de se fondre dans la masse d’où il provient, et ce, après avoir franchi un point de non-retour.

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À l’image de Kyle qui regarde par la lunette de visée de son TAC-338, ce trente-quatrième film de Clint Eastwood jette un œil scrutateur sur le périmètre environnant, c’est-à-dire les États-Unis et sa société gangrenée par la violence. Le réalisateur de 84 ans, qui a pris position contre l’engagement américain en Irak et en Afghanistan, ne fait ni dans l’exagération, ni dans la dentelle, alternant entre la vie au combat et celle au bercail de ce sniper dont le seul code moral est dicté par le précepte paternel de n’être ni un loup tortionnaire ni un mouton torturé, mais un chien de berger sauveur.

Grâce à ce rôle qui lui sied comme un gant, Bradley Cooper a été nommé pour la troisième année consécutive à l’Oscar du meilleur acteur (après Silver Linings Playbook et American Hustle). Il a mangé 8 000 calories de nourriture par jour pendant dix semaines pour prendre les 40 livres nécessaires afin de faire osciller la balance à 225 livres, à l’instar de Chris Kyle. Sienna Miller (Foxcatcher, la télésérie The Girl) s’en sort bien en jouant la femme esseulée du militaire. Tout le reste de la distribution fait son boulot de manière convaincante, restant invisible parmi le troupeau pour laisser l’aura autour du protagoniste.

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J’adore la scène finale à Sadr City où Kyle réussit un tir de 1 920 mètres avec une précision chirurgicale pour atteindre Mustafa (Sammy Sheik), son homologue adverse qui lui en faisait baver depuis un temps. Le suspense généré par l’utilisation des gros plans est à couper le souffle. Et que dire de la direction photo de Tom Stern (The Hunger Games, Million Dollar Baby, Mystic River) durant la tempête de sable qui se lève sur la ville après le coup de feu?

J’abhorre la scène durant laquelle Kyle et sa femme ont une discussion sérieuse (au sujet de sa responsabilité de père, de mari et de soldat) dans la chambre de leur fils qu’il tient dans ses bras. David O. Russell (Silver Linings Playbook, American Hustle, The Fighter) et Steven Spielberg (ai-je besoin de mentionner sa filmographie sélective?), qui ont tous deux failli se retrouver à la tête de la réalisation, n’auraient jamais accepté de poser ce geste que Clint Eastwood a accepté : le bébé en question n’est rien d’autre qu’une poupée en plastique, celui en chair et en os étant malade! Pis encore, il ajoute l’insulte à l’injure quand il demande à son acteur principal de faire bouger le petit bras avec son pouce! À croire que même un cinéaste oscarisé (pour Unforgiven en 1992 et Million Dollar Baby en 2004) a le droit à l’erreur!

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Héros ou tueur? Chris Kyle est une légende pour ses frères d’armes, un héros pour les conservateurs, une victime du système pour les libéraux et la marionnette d’une figure paternelle autoritaire (elle aussi manipulée par le marionnettisme politico-religieux états-unien) pour moi. Bref, c’est à cette unanimité que le film doit son succès critique et commercial. Il suscite malgré tout la controverse en raison d’un soi-disant parti pris de la part de Clint Eastwood, mais il s’agit bien d’un parti pris de Chris Kyle lui-même…

Verdict : 8 sur 10

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca

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