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Jurassic World ou quand les promesses de demain auraient pu devenir les essais d’aujourd’hui!

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Vingt-deux années séparent les évènements de Jurassic World et ceux de Jurassic Park, dans la réalité comme dans la fiction. Vingt-deux années durant lesquelles la technologie numérique a fait un pas de brachiosaure en avant, laissant dans le rétroviseur tout le reste. Objects in mirror are closer than they appear, non?

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Welcome (back) to Isla Nublar!

Depuis le rachat de la société de biotechnologie InGen, le jeune milliardaire Simon Masrani (Irrfan Khan, le Tim Curry indien!) a rendu possible le rêve de John Hammond : l’ouverture d’un gigantesque parc d’attractions centré sur l’exposition de dinosaures vivants sur une île au large du Costa Rica.

Une décennie plus tard, afin de captiver les 20 000 visiteurs qui affluent quotidiennement par bateau, la scientifique Claire Dearing (Bryce Dallas Howard) présente à Masrani l’Indominus Rex, un dinosaure hybride fabriqué à partir de l’ADN de plusieurs espèces. Pendant ce temps, Zach (Nick Robinson) et Gray (Ty Simpkins), les neveux de Claire envoyés sur Isla Nublar pendant le divorce de leurs parents, se retrouvent sur la route du dangereux I-Rex devenu hors de contrôle. Les espoirs se portent alors sur le dresseur de vélociraptors Owen Grady (Chris Pratt).

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Après Steven Spielberg (E.T. the Extra-Terrestrial, Schindler’s List, la tétralogie Indiana Jones) et Joe Johnston (Captain America: The First Avenger, Jumanji, Honey, I Shrunk the Kids), c’est au tour de Colin Trevorrow (Safety Not Guaranteed) de prendre place dans la chaise convoitée du réalisateur. Il a crié « Action! » à maintes reprises dans ce quatrième volet de la franchise qui épanouit les rêves des uns et évanouit les souvenirs des autres. Je m’explique.

À mi-chemin entre le film de monstres et le film-catastrophe, le problème majeur de Jurassic World est qu’il échoue là où Spielberg a triomphé, c’est-à-dire à proposer un univers fictif à la fois vraisemblable et réaliste. Tout arrive le même jour : la fréquentation du site atteint son apogée, Masrani rencontre l’I-Rex, Grady vérifie la sécurité de l’enclos, l’I-Rex s’en échappe et les neveux comptent parmi les 20 000 proies potentielles. Ce petit concours de circonstances semble trop arrangé avec le gars des vues pour être vrai.

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Les personnages sont devenus des stéréotypes plutôt que des archétypes, en ce sens qu’ils sont dépendants des a priori et tiennent compte des conventions établies dans les films du vingt-et-unième siècle. Leurs réactions sont stupides et leurs dialogues sonnent faux, bien que j’aie trouvé amusant de constater à quel point ils communiquent désormais avec des cellulaires et non avec des talkie-walkies, comme à l’époque. Seuls deux membres de la distribution survivent tant bien que mal à ce massacre scénaristique :

1. Chris Pratt (Guardians of the Galaxy, Delivery Man) réussit haut la main son audition pour un prochain Indiana Jones ou pour un spin-off de Star Wars sur Han Solo (je m’attendais à entendre la chanson-thème d’Indiana Jones durant le générique de fin!). Digne successeur de Harrison Ford, il propose le même charisme, le même humour, le même courage et le même penchant pour la gent féminine. Il était donc tout désigné pour incarner le mâle alpha de cette distribution essentiellement composée d’hommes.

2. Bryce Dallas Howard (The Village, Lady in the Water, Spider-Man 3) leur tient tête avec son personnage qui passe de femme d’affaires sans scrupule à femme à tout faire ridicule. Sourire aux blagues sexistes du mâle alpha susmentionné? Oui, sans oublier qu’elle en tombe amoureuse! Pleurer sur commande au chevet d’un long-cou agonissant? Facile, l’actrice l’a prouvé au late-night show de Conan O’Brien le 10 juin 2015! Courir en talons aiguilles avec carnivore à ses trousses? Pas de problème, il s’agit d’un écran vert!

Quant aux personnages secondaires, leur unidimensionnalité empêche notre identification à eux et à leur sort, en particulier celui de Vincent D’Onofrio (Full Metal Jacket, Run All Night, la télésérie Law & Order: Criminal Intent) qui joue le méchant de service. Était-ce nécessaire que Nick Robinson, le frère aîné, salive devant chaque belle fille de son âge avec autant d’appétit que le tyrannosaure devant une chèvre?

Prix de consolation aux fans : B. D. Wong (Focus) est de retour dans la peau du docteur Henry Wu et dresse ainsi un pont intéressant entre le premier et ce quatrième film.

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J’aimerais dire que les vraies vedettes de la saga, à savoir les dinosaures, évitent le sort caricatural réservé aux personnages humains, mais c’est tout le contraire : ils sont tous et entièrement faits à l’ordinateur. Leur réalisme n’arrive pas à la cheville des animatroniques du premier film qui date pourtant de 1993… J’ai eu un pincement au coeur identique à celui que j’ai ressenti en 1999 devant la numérisation d’un Yoda vert fluo dans la prélogie de Star Wars par rapport à la marionnette tangible de la trilogie originale!

John Hammond/Richard Attenborough fait partie des meubles, puisqu’une statue à son effigie accueille les visiteurs dans le hall d’entrée. À l’image du personnage mégalomane, les producteurs de Jurassic World ont dépensé sans compter… ou sans savoir comment. C’est à se demander si, à la vue du nuage gris qui plane au-dessus d’Hollywood telle une épée de Damoclès, il est difficile d’utiliser une calculatrice qui fonctionne à l’énergie solaire!

Entre 1993 et 2015, le budget est passé de 63 millions de dollars (recettes d’un peu plus d’un milliard de dollars!) à environ 150 millions de dollars. Presque le triple! Et que dire des produits dérivés? À l’époque, c’était la folie furieuse autant pour les figurines que pour les cartes à collectionner (offerte dans les sacs de pain Weston). Aujourd’hui, l’engouement n’est plus le même en raison d’un essoufflement évident, quoique le film ait rapporté 1,67 milliards de dollars (le quatrième meilleur score de tous les temps!).

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Le résultat du film de Colin Trevorrow se situe en deçà des attentes. Il ne réinvente pas la roue et se contente de la faire tourner. Son « Trevorrowland » enchante autant que Tomorrowland, donc rien qu’un peu, en dépit du caractère « bigger, louder, stronger » qu’il a insufflé jusque dans les moindres détails. Son utilisation maladroite de la chanson-thème de John Williams rend banale l’arrivée sur l’île, sans compter la fin qui abuse des ralentis.

Bref, avec du King Kong par-ci et du Godzilla par-là, et beaucoup de références au film original à qui il rend constamment hommage, Jurassic World est un fan film jusqu’au bout des… griffes. Sa raison d’être est pour nous rappeler l’unicité de Jurassic Park qui n’a pas pris une seule ride. Il lui manque toutefois cette touche magique spielbergienne que le principal intéressé à lui-même perdu au fil des ans! You didn’t say the magic word! Uh uh uh! Uh uh uh!

Jurassic World 2 est déjà en préproduction et Chris Pratt sera bel et bien de retour. À (pour)suivre…

Verdict : 6,5 sur 10

Post-scriptum : il est possible de voir la liste exhaustive des dinosaures de Jurassic World sur le site officiel.

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca

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