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Chefs : beaucoup, beaucoup de services

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Chefs est une série de six épisodes qui a été diffusée sur France 2 en février dernier et qui est sur les ondes de TV5 Canada depuis le 28 juillet.

Chefs France 2

L’action se déroule au restaurant Le Paris, instable financièrement depuis quelques mois. Le chef (Clovis Cornillac) apprend qu’un hôte de prestige visitera l’établissement dans quelques jours et que si ce mystérieux inconnu apprécie la cuisine, il pourrait bien renflouer les coffres et ainsi sauver le restaurant. La course au menu parfait est déclarée, mais ce n’est rien en comparaison des péripéties qui attendent toute la brigade.

Couronnée meilleure série à la 17e édition du Festival des Créations Télévisuelles de Luchon en plus d’un prix ADAMI meilleur espoir pour le jeune comédien Hugo Becker, Chefs est une création pleine d’originalité, tout en étant typiquement française. Malgré un peu trop d’intensité et quelques situations forcées, la série reste très divertissante et on s’attache très vite aux personnages.

Une cuisine peu reposante

Le Paris est sans conteste un restaurant incontournable de la métropole, mais il a aussi la particularité d’avoir accueilli par le passé des délinquants en période de probation, ce qui a été le cas de Yan (Nicolas Gob) qui au fil des ans s’est hissé au haut de cette hiérarchie en tant que second du chef. Lorsque la série démarre, c’est au tour de Romain (Hugo Becker) d’y faire son entrée, lui aussi en liberté conditionnelle. S’il est mis d’office à la plonge, le jeune homme possède un don rare pour la cuisine et il ne tardera pas à gravir les échelons, ce qui provoquera bien entendu quelques frictions. De retour au restaurant, l’opération charme du potentiel investisseur se déroule à merveille et il s’avère que l’homme en question, monsieur Édouard (Robin Renucci) est une vieille connaissance du chef… et après trois épisodes, on ne sait trop si c’est de bon augure ou non.

Ce qu’il y a d’intéressant avec Chefs est qu’on ne se limite pas à un genre en particulier et fait assez rare lorsqu’on en mélange trop à la fois, ceux-ci sont assez bien dosés pour nous offrir un divertissement qui tienne la route. Par moments, on tombe dans le thriller étant donné les liens de certains personnages avec le monde criminel alors qu’ailleurs, on s’attarde sur les blessures du passé qui rongent la plupart des protagonistes. En fait, on aurait pu retrouver ce groupe de personnes dans une tout autre profession, comme dans l’armée par exemple et d’ailleurs, la série nous fait bien comprendre qu’il n’y a qu’un pas entre un militaire et un cuisinier, avec des dialogues comme :« Ça donne envie de vous pousser dans vos retranchements » ou plus explicitement encore « Vous êtes une belle armée!».

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Outre des émissions de type compétitions culinaires qui ont la cote des dernières années, peu de fictions se sont aventurées sur ce terrain et on s’entend pour affirmer qu’aucun autre pays à part la France n’était mieux placé pour exploiter cet univers, ce qui est le cas ici. D’ailleurs, l’équipe de production a fait appel aux services du réputé cuisinier Antoine Michelson et ce sont ses créations culinaires que nous voyons à l’écran, ce qui donne encore plus de crédibilité à la série. Et pour enjoliver le tout, mention toute particulière à la mise en scène alors qu’on intègre encore davantage la nourriture au scénario : c’est qu’à plusieurs reprises lorsque les protagonistes prennent un repas, on a droit à des flashbacks nous les montrant à des moments significatifs de leurs vies et ce qu’ils ingèrent sert d’éléments déclencheurs à de tels souvenirs.

Quelques moments un peu trop relevés

Par contre, Chefs n’est pas exempte de quelques défauts, à commencer par l’intimidation exagérée qui vise le nouveau; Hugo. Bien qu’il se tienne toujours coi, on ne comprend pas la méchanceté des autres cuisiniers à son égard, en particulier de la part de Delphine (Anne Charrier) au départ et surtout de Yann qui n’en manque pas une au point où on a largement dépassé l’exagération. Cette méchanceté est d’autant plus incompréhensible que la grande majorité des employés ont aussi effectué des « séjours » en prison et que s’ils sont demeurés au Paris, c’est qu’ils ont repris leur place dans la société…

Habituellement, les séries les plus courtes contiennent plus d’intensité, mais avec Chefs, un ou deux épisodes supplémentaires n’auraient pas fait de trop, puisqu’on enchaîne mélodrames sur mélodrames à un rythme un peu trop effréné. Par exemple (*attention, divulgâcheurs*), le premier épisode se conclut sur un incendie, le second sur un règlement de compte sanglant qui transporte le chef à l’urgence et dans le troisième, on découvre un lien filial qui unit deux personnages principaux et pour comble de malheur (et alors ça, faut vraiment le faire!), le chef reçoit son diagnostic de l’hôpital : non, ses organes vitaux ne sont pas atteints, mais son passage à tabac lui a fait perdre le goût… littéralement. On comprend mal ces rebondissements à la chaîne d’autant plus que les épisodes ont été diffusés en France par groupe de deux durant trois semaines si bien qu’il n’en fallait pas tant pour fidéliser l’audience.

Serie-Chefs-France-2

Rares sont les séries françaises qui se rendent jusqu’à nous et en raison de l’attachement manifeste des Québécois envers leurs productions originales, puis en deuxième choix, des productions américaines ou anglaises. De plus, le réflexe d’associer France et séries est loin d’être chose faite. Pourtant, TV5 Canada nous a offert de bons moments de télé avec Ainsi soient-ils et c’est sans compter sur Les Revenants (pour ceux qui ont aimé…) diffusée sur de multiples plateformes qui sont de bon augure. Avec une moyenne de presque quatre millions de téléspectateurs en direct pour Chefs et une part de marché avoisinant les 16 %, on parle d’un succès bien mérité pour France 2. Avec un tel score, on est surpris que la chaîne n’ait pas officiellement annoncé une seconde saison, plus de six mois après la diffusion originale. Si le diffuseur public devait faire preuve de la même procrastination qui a eu lieu avec Les Revenants, tous ces efforts pour s’imposer dans le paysage sériel international n’auront pas servi à grand-chose… encore.

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Jean-François Chartrand-Delorme

Ayant étudié en cinéma et en communications, depuis longtemps je suis habitué à l'évaluation, à l'analyse et à la critique de films. Au fil des ans, cette passion s'est davantage transférée vers les séries télé. La fiction m'intéresse davantage, mais les séries documentaires me fascinent aussi. Chacun de ces deux genres nous offrent un portrait de la société, son évolution et parfois sa régression. De plus, je me suis rendu compte assez vite qu'outre les séries québécoises et américaines que nous connaissons davantage, plusieurs autres pays dans le monde représentent une compétition sérieuse... au grand plaisir des téléspectateurs. Depuis quelques mois, je me suis mis à écrire des critiques, tout en travaillant dans les médias à temps plein. Ma règle d'or est de ne jamais juger une série par un seul épisode. Dans mon cas, la règle de trois s'applique, question de laisser la chance au coureur. En espérant pouvoir partager avec les lecteurs mes appréciations, découvertes et déceptions du petit écran et surtout échanger avec ceux-ci. Venez me lire!

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