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JoJo’s Bizarre Adventure – Critique du 101e Takashi Miike

Quand l'enfant terrible du septième art fait dynamiter les frontières pour mieux dynamiser le monde entier!
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Unique en son genre : tels sont les mots qui me viennent en tête pour résumer ce que je pense de Takashi Miike. Cette unicité s’explique par le fait que ce réalisateur japonais de 56 ans en est déjà à plus d’une centaine de projets en 26 ans de carrière seulement. Un cas unique dans l’histoire du cinéma. Je vous propose aujourd’hui la critique de JoJo’s Bizarre Adventure: Diamond Is Unbreakable – Chapter 1, un 101e titre et non le moindre, lequel m’a permis de replonger tête première dans le merveilleux monde de Miike…

Masaki Okada est Keicho Nijimura dans JoJo’s Bizarre Adventure: Diamond Is Unbreakable – Chapter 1.

Vous avez bien lu : Takashi Miike (Ichi the Killer, Audition, 13 Assassins, la trilogie Dead or Alive) représente LE cinéaste stakhanoviste par excellence depuis un quart de siècle, en ce sens que sa productivité n’a de cesse de repousser ses propres limites. Depuis 1991, ce workaholic protéiforme a signé pas moins de 64 films distribués dans les salles de cinéma, 20 autres destinés au marché de la vidéo (le fameux V-Cinéma), 12 autres diffusés à la télévision, quatre pièces de théâtre ainsi qu’une websérie. Il continue sans relâche au rythme effréné de deux à cinq projets par année, touchant à n’importe quoi et s’adressant à n’importe qui, capable du meilleur comme du pire. Du pire? Oui, puisqu’il ne parvient pas toujours à concilier essor quantitatif et effort qualitatif. Voilà un défaut qui en rebute plusieurs, à commencer par les néophytes qui manifestent une curiosité cinéphilique à découvrir son œuvre. Même ses apôtres les plus fidèles ne savent jamais à quoi s’attendre.

Miike se décrit comme suit : « De la même manière que je refuse la classification des genres, je refuse de me limiter à tel ou tel support. Quand je me présente, je pense même à me faire une carte de visite du style ‘je suis quelqu’un qui ressemble à un réalisateur et qui tourne quelque chose qui ressemble à du cinéma’. »

JoJo’s Bizarre Adventure, œuvre phare du mangaka Hirohiko Araki, se veut une bande dessinée japonaise que les véritables otakus connaissent très bien, la preuve en étant faite avec les quelques 100 millions d’exemplaires vendus uniquement sur l’archipel nippon. Il s’agit de 118 volumes publiés depuis 1987, ce qui correspond à huit parties dont chacune met en vedette un descendant de Jonathan « JoJo » Joestar qui se doit d’affronter des antagonistes sans scrupules lors de duels spectaculaires. À noter que ces personnages hauts en couleur sont dotés de pouvoirs surnaturels. J’y reviendrai.

Le réalisateur Takashi Miike donne ses instructions à Kento Yamazaki (JoJo) et Ryûnosuke Kamiki (Koichi) sur le tournage de JoJo’s Bizarre Adventure: Diamond Is Unbreakable – Chapter 1.

Qui de mieux placer que Miike pour se mesurer à JJBA, lui qui, sur ses 17 derniers films en 7 ans, a porté à l’écran 8 différents mangas? Normal qu’il ait vu dans les cases de Hirohiko Araki un terrain fertile pour laisser libre cours à son imagination. De par sa volonté d’offrir un divertissement à la hauteur du matériel d’origine (c’est le 30e anniversaire de JJBA cette année!), il réussit à rejoindre chaque spectateur en dépit du fait que JJBA soit à la base shonen manga et seinen manga, c’est-à-dire un manga s’adressant aux jeunes garçons et aux jeunes adultes de sexe masculin. L’adaptation en film live est d’ailleurs née d’une collaboration entre les studios Toho Company et Warner Bros. Quand l’Orient et l’Occident se tendent la main pour venir à bout des frontières…

Takashi Miike au sujet des mangas : « Avant ce que les gens faisaient au cinéma, je le retrouve maintenant dans les pages des mangas qui sont beaucoup plus libres. C’est une des raisons principales qui fait que le manga est devenu pour moi une source d’inspiration énorme. […] Notre industrie est devenue stérile. Elle souffre aujourd’hui d’un manque d’originalité criante. Le public ne veut plus être étonné. Il se tourne vers des histoires rabâchées mille fois avec toujours les mêmes vedettes à l’affiche. »

L’aura de bizarrerie qui plane habituellement au-dessus de chacun de ses films trouve ici sa raison d’être, étant donné que JJBA ne se gêne pas pour flirter avec l’extravagance et l’insolite. Sachez que le scénario du film s’attarde sur la quatrième partie (tomes 29 à 46 publiés de 1992 à 1996) intitulée Diamond Is Unbreakable avec un protagoniste du nom de Josuke Higashikata. Quelle est le lien étymologique entre le prénom Josuke et le surnom JoJo? Le premier kanji se prononce « Jô », tandis que le second se prononce « Suke » ou « Jo ».

La rencontre de deux générations de JoJo : Josuke Higashikata (Kento Yamazaki) et Jotaro Kujo (Yûsuke Iseya) dans JoJo’s Bizarre Adventure: Diamond Is Unbreakable – Chapter 1.

Bienvenue dans la ville balnéaire de Morioh où plusieurs habitants sortent de l’ordinaire, à commencer par Josuke Higashikata (Kento Yamazaki), alias JoJo, qui possède depuis son enfance un pouvoir appelé Stand. Accompagné de Koichi Hirose (Ryûnosuke Kamiki), les deux lycéens devront unir leur force et contrer la menace qui pèse sur la ville depuis que le tueur en série Anjuro Katagiri (Takayuki Yamada), alias Angelo, l’archer Keicho Nijimura (Masaki Okada) et son frère Okuyasu Nijimura (Mackenyu) ont décidé de sortir de l’ombre.

Un « Stand », qu’est-ce que c’est? Il s’agit de ce qui fait la singularité de JJBA depuis sa création et ce qui explique sa popularité depuis trois décennies. Cette invention de l’auteur a été obtenue au moment où il cherchait un moyen de représenter la matérialisation psychique de l’esprit. Chaque Stand possède des pouvoirs surnaturels qui lui sont propres et les assigne à son « manieur ». Voici deux exemples. Celui de JoJo s’appelle Crazy Diamond (d’où le titre du quatrième arc narratif) et se spécialise dans le combat rapproché, contrairement à celui d’Angelo qui s’appelle Aqua Necklace et qui se spécialise dans la manipulation de l’eau. Les plus attentifs auront remarqué que Hirohiko Araki s’est inspiré de la musique occidentale pour l’attribution des noms, comme en témoignent Crazy Diamond (la chanson Shine On You Crazy Diamond de Pink Floyd) ou tout simplement le terme « Stand » (la chanson Stand by Me de Ben E. King). Do you underStand now?

Le mangaka de 57 ans précise : « Je dessine JoJo sur le thème de l’hymne à la vie et la grandeur de l’être humain. Je tiens à ce que mon héros aussi vienne à bout des dangers sans recourir à des machines ou à la technologie, mais au moyen de son propre corps. C’est parce que je suis de l’avis que les sciences ne font pas forcément toujours le bonheur de l’homme. »

JoJo (Kento Yamazaki) et son Stand appelé Crazy Diamond dans JoJo’s Bizarre Adventure: Diamond Is Unbreakable – Chapter 1.

Le Festival international de films Fantasia a proposé plus d’une trentaine de longs métrages de Miike en deux décennies d’existence. Terraformars m’a permis l’an dernier de faire connaissance avec ce chouchou de la programmation pour la toute première fois, sans compter qu’il était présent à quelques mètres de moi pour recevoir un prix de carrière honorifique. Il s’agissait aussi de la toute première adaptation officielle de manga que je visionnais. J’entends par là une adaptation fidèle faite avec des Japonais par des Japonais. Fort de cette expérience plus que satisfaisante, je ne pouvais pas manquer la chance d’en revivre une autre. C’est pourquoi je comptais parmi les nombreux fans venus accueillir ce dernier-né de l’infatigable Miike.

Bref, JoJo’s Bizarre Adventure: Diamond Is Unbreakable – Chapter 1 s’avère peut-être la porte d’entrée la plus accessible pour quiconque souhaite explorer la filmographie de Miike. Le rythme soutenu propose un habile dosage entre l’action et l’humour, en fournissant ce qu’il faut quand il le faut afin de ne pas perdre les spectateurs. Quant aux Stands attendus de pied ferme, ils sont bien rendus numériquement. Et que dire du choix de casting, des costumes et du scénario, sinon que tout est presque parfait? Rien à dire de négatif à part que la dernière demi-heure tire un peu en longueur.

Le générique de fin se met à défiler une fois qu’une scène digne du Marvel Cinematic Universe annonce un prochain film. Il y aura donc très certainement une déclinaison en suites, justifiant ainsi la présence d’un premier chapitre dans le sous-titre et le fait de commencer l’intrigue par la quatrième partie. Est-ce que le réalisateur sera de retour aux commandes? Rien n’est impossible avec lui. Aussi bizarre que cela puisse paraître, ce diamant brut et incassable de la bande dessinée japonaise m’a vraiment satisfait entre les mains de ce réalisateur brutal et inclassable!

Verdict : 8,5 sur 10

Post-scriptum : Le film sortira le 4 août 2017 au Japon et je lui prédis tout un succès.

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d'événement, publicités, vidéoclips). Il s'occupe d'ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d'une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l'UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l'UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca

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