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The Villainess – Critique du film de Byung-gil Jung

Mais quelle overdose d'héroïne chaque fois que notre regard endosse celui de l'héroïne!
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J’ai découvert le cinéma sud-coréen l’année dernière à Fantasia avec l’époustouflant Train to Busan (Busanhaeng en VO). J’ai répété l’expérience lundi dernier, toujours dans le cadre du festival montréalais, alors que j’ai été convié à une projection de presse réservée aux médias. C’était pour The Villainess (Ak-Nyeo en VO), lequel a emballé le public cannois au mois de mai en raison de la stylisation qu’il fait de la violence, à un point tel qu’il s’est mérité une standing ovation de quatre minutes. Je suis sous le choc depuis autant de jours. L’embargo levé, voici sans plus tarder ma critique.

Sook-hee (Ok-bin Kim) ne reculera devant rien pour parvenir à ses fins.

Orpheline depuis l’assassinat de son père sous ses yeux, Sook-hee (Ok-bin Kim) a été prise en charge par le redoutable Joong-sang (Ha-kyun Shin) et s’est entraînée au maniement d’armes ainsi qu’aux arts martiaux. Le jour de leur mariage, Joong-sang perd la vie. Sook-hee décide aussitôt d’éradiquer tous les responsables jusqu’à la dernière tête hiérarchique. Par la suite, elle est arrêtée et envoyée dans un hôpital étrange où des femmes s’exercent au combat et à la réintégration sociale. Madame Kwon (Seo-hyung Kim), la dirigeante de l’endroit, annonce à Sook-hee qu’elle travaillera pour le gouvernement en tant qu’agent dormant. En échange de dix ans de service, elle pourra retrouver sa liberté. Elle accepte. Au cours d’une mission, alors qu’elle utilise la fausse identité de Chae Yeon-soo, Sook-hee découvre la vérité sur la mort de son père et celle de son mari. L’heure des règlements de compte a sonné!

The Villainess

The Villainess (Ak-Nyeo)

Byung-gil Jung explique pourquoi il s’est lancé dans ce deuxième long métrage de fiction après nous avoir offert Confession of Murder (Nae-ga sal-in-beom-i-da en VO) en 2012 : « J’ai voulu montrer quelque chose de nouveau et cherché à exclure des scènes donnant l’impression de déjà-vu. Je me suis interdit de regarder des films de référence et ai cherché à partir de zéro pour choisir des angles et actions une par une en les essayant avec mon propre corps. »

The Villainess se veut donc un film d’action jubilatoire, voire masturbatoire, sur fond d’histoire de vengeance. Il transpire l’adrénaline dans quasiment chacune des 7 740 secondes qui constituent sa durée de 129 minutes. Cet énième recours à la loi du talion, autrement dit à la mise en image de l’expression « œil pour œil, dent pour dent », sert ici de prétexte pour démontrer la virtuosité dont peut faire preuve une caméra dans le feu de l’action. C’est d’ailleurs ce qui fait le principal intérêt de ce visionnement et son unique originalité. Je tiens à préciser qu’il s’agit d’un mélange hétéroclite de bonnes idées et non d’un bout à bout homogène de nouvelles idées.

Le plan d’ouverture montre d’emblée la volonté du réalisateur séoulien et affiche vite les couleurs de son dernier-né. Nous assistons, in medias res, à une séquence ininterrompue d’environ huit minutes au cours de laquelle la protagoniste se livre à un beat them all décérébré (dans le sens positif du terme!) sans la moindre décélération. Des dizaines et des dizaines d’hommes de main y versent des litres et des litres d’hémoglobine. À noter que les mouvements effrénés de la caméra ont permis de camoufler de nombreuses coupures invisibles à l’œil nu, comme le proposaient déjà le (faux) film-séquence Birdman ou le (faux) plan-séquence de l’église dans Kingsman: The Secret Service.

Ce (faux) plan-séquence a la particularité d’être filmé tantôt à la première personne, tantôt à la troisième personne, ce qui consiste à alterner une seule caméra entre le regard de Sook-hee et un angle gravitant en orbite autour d’elle en la laissant au centre de l’image. Cette technique de caméra subjective, popularisée par des first-person shooters vidéoludiques tels que Wolfenstein 3D, Doom, Duke Nukem 3D, Quake et GoldenEye 007, ou bien par des exercices de style cinématographiques tels que Lady in the Lake (1947), Halloween (la scène pré-générique du classique de 1978) et Hardcore Henry, permet au joueur/spectateur d’entrer dans la peau d’un personnage donné et de vivre la ou les péripéties selon son point de vue.

Rassurez-vous : la risibilité nauséeuse de l’action qui provoquait une certaine distanciation du spectateur dans Hardcore Henry est remplacée ici par une lisibilité tolérable qui facilite de beaucoup l’identification au personnage principal féminin. Il y a aussi un petit clin d’œil, volontaire ou non, à la séquence culte du couloir dans le film sud-coréen le plus connu en Occident : Oldboy (Oldeuboi en VO) sorti en 2003.

L’actrice Ok-bin Kim (Thirst, The Unfair, la télésérie Yoo-Na’s Street) livre une prestation digne de mention. Dommage toutefois que son personnage de Sook-hee soit si prévisible et contradictoire dans ses choix, surtout en ce qui a trait à ses rapports amoureux. Elle prend les décisions que prendrait une adolescente face à un nouvel aspirant qui lui ferait perdre ses moyens. Le recours a une femme forte assoiffée de violence en guise de protagoniste n’est évidemment pas sans rappeler la Nikita de Luc Besson (1990) ou le diptyque Kill Bill de Quentin Tarantino (2003 et 2004).

Le scénario se perd dans des retours en arrière ennuyeux et inutiles qui rendent le résultat final un tantinet brouillon. Rien d’étonnant quand on sait qu’il a été écrit en seulement deux semaines sur le coin d’une table. Les personnages secondaires sont aussi un peu bâclés. En effet, ils changent souvent de « camp » au même titre que ces flashbacks qui modifient le « quand » du récit.

Le 21 mai 2017, The Villainess a été présenté en avant-première mondiale durant la 70e édition du Festival de Cannes, plus précisément en séance de minuit. La standing ovation susmentionnée prouve combien le public a quand même apprécié le divertissement malgré ses défauts. Le film continue de parcourir le monde sur le circuit des festivals et a rapporté jusqu’à maintenant 8,4 millions de dollars depuis sa sortie en Corée du Sud le 8 juin dernier.

Le réalisateur Byung-gil Jung au Festival de Cannes en compagnie de trois membres de sa distribution : Seo-hyung Kim, Jun Sung et Ok-bin Kim.

Bref, The Villainess revisite les codes du genre en faisant sien plusieurs idées empruntées ailleurs. Je n’ai pas été déçu, puisque je savais à quoi m’attendre. C’est pourquoi je le recommande à tous ceux et celles qui veulent voir des scènes d’action, d’autant plus qu’il est possible de les vivre par le biais de la caméra subjective. Force est de constater que ma deuxième couverture de Fantasia pour TVQC commence en force!

Verdict : 8 sur 10

Sook-hee (Ok-bin Kim) reste une tireuse d’exception même le jour de son mariage.

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Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Véritable cinéphile, Louis-Philippe Coutu-Nadeau est un scénariste-réalisateur-monteur qui a une cinquantaine de contrats à son actif en tant que vidéaste (mariages, captations d’événement, publicités, vidéoclips). Il s’occupe d’ailleurs de toutes les vidéos du concessionnaire Alix Toyota depuis juin 2013. Il a aussi été pigiste pour trois boîtes de production, soit le Studio Sonogram, VLTV Productions et Ikebana Productions. Sa filmographie personnelle présente pas moins d’une vingtaine de titres dont le film Khaos et la websérie Rendez-vous. Il possède un baccalauréat en études cinématographiques à l’UdeM et un baccalauréat par cumul de certificats à l’UQÀM (en scénarisation cinématographique, en création littéraire et en français écrit). Vous pouvez visionner son expérience contractuelle et son expérience personnelle sur son site officiel : www.lpcn.ca

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