Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi – Critique du film de Rian Johnson

Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi – Critique du film de Rian Johnson

15 décembre 2017 0 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau :
Dernière mise à jour : 2017/12/15 @ 10:24
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Force est d’admettre que Disney sait dans quel sens flatter les fans de Star Wars, les siens désormais, que leur menton soit glabre ou hirsute. Depuis 2015 (trois ans après avoir acheté Lucasfilm pour 4,06 milliards de dollars) et jusqu’à ce qu’une écoeurantite aiguë nous sépare, le studio aux grandes oreilles s’est donné pour mandat de bombarder nos salles à un rythme effréné. Il frappe annuellement, tantôt avec un épisode officiel, tantôt avec un spin-off, répétant la formule magique appliquée à sa filiale Marvel. Voici ma critique 100% sans spoilers de ce nouvel opus/obus intitulé Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi.

Rey (Daisy Ridley) et Luke Skywalker (Mark Hamill) dans Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi.

L’Épisode VIII commence exactement où s’est terminé Star Wars: Episode VII – The Force Awakens, c’est-à-dire lorsque Rey (Daisy Ridley) se rend sur une île de la planète-océan Ahch-To et tend le sabre laser d’Anakin à Luke Skywalker (Mark Hamill) devenu ermite. Pour la première fois de la saga intergalactique inventée par George Lucas, deux films se succèdent directement dans la chronologie des évènements, sans pallier quelque ellipse que ce soit, ce qui exclut donc la possibilité d’y glisser un jour un film dérivé. Et c’est parfait ainsi.

En effet, si Rogue One: A Star Wars Story a fait un long métrage de 133 minutes à partir d’une seule phrase du prologue déroulant de Star Wars: Episode IV – A New Hope*, c’est qu’il dressait un pont entre la prélogie (Épisodes I à III) et la trilogie originale (Épisodes IV à VI). Une transition moins drastique selon moi. Maintenant, le sous-titré The Last Jedi puise sa source dans le prologue déroulant de l’Épisode VII, lequel précise bien que Luke est le dernier Jedi. Alors pourquoi se poser la question au sujet de la version française, Les derniers Jedi, qui fait fi de la version anglaise voulant confondre tant le masculin et le féminin que le singulier et le pluriel? Un (autre) mauvais choix de traduction. La vraie question demeure : qui est vraiment le nouvel espoir?

S’il est une chose que l’Épisode VII a réussi, c’est à recentrer l’histoire sur le vrai protagoniste, Luke Skywalker, qui se perdait jusqu’ici derrière l’antagoniste par excellence (Darth Vador) et des adjuvants plus grands que lui (Han Solo, Yoda, Obi-Wan « Ben » Kenobi). Même son patronyme renvoyait davantage à Anakin grâce à la prélogie dont l’utilité n’aura servi qu’à spoiler, pour les padawans d’aujourd’hui, le rebondissement culte de Star Wars: Episode V – The Empire Strikes Back. Il manquait toutefois la présence physique de Luke, brillant plutôt par son absence hormis une apparition in extremis à la toute fin. Un moment fort, certes, que j’avais d’ailleurs prédit, mais un appât promotionnel destiné aux spectateurs de la première heure.

Mark Hamill, âgé de 66 ans, ironisait sur ce rôle de figuration : « C’est à peine s’ils n’ont pas tatoué ‘À suivre’ sur mon front. »

* Au cours de la bataille, des espions rebelles ont réussi à dérober les plans secrets de l’arme absolue de l’Empire : l’Étoile de la Mort, une station spatiale blindée dotée d’un équipement assez puissant pour annihiler une planète tout entière.

Être ou ne pas être du côté obscur de la Force…

Venons-en à l’Épisode VIII. Rian Johnson, l’homme derrière le surprenant Looper, ne s’est pas contenté de ressasser ce qui a déjà été fait. Au contraire, il a décidé de s’émanciper de l’héritage encombrant de Lucas (le fan service en prend quand même pour son rhume!) et de jeter un regard neuf sur ce que représente la Force. Durant 152 minutes, l’aventure la plus longue de la franchise, le réalisateur de 43 ans met les bouchées doubles pour divertir sans répit ni économie de moyens. Les effets spéciaux, notamment lors des affrontements aériens dans l’espace, sont soignés. J’ai surtout aimé la bataille de Crait dans le dernier tiers en raison de ses décors inspirés et de ses multiples surprises, en particulier une qui m’a tétanisé sur le bout de mon siège, bouche bée.

Johnson est resté assis sur le siège éjectable de la réalisation, éjection qu’ont subi Phil Lord et Chris Miller pour Solo: A Star Wars Story, Colin Trevorrow pour Star Wars 9 ou encore Josh Trank pour un spin-off consacré à Boba Fett. Il a même été choisi pour superviser trois nouveaux films qui ne seront pas les épisodes X à XII, une trilogie à part entière qui explorera d’autres frontières avec d’autres héros, un gage de confiance immense de la part de Kathleen Kennedy (présidente de Lucasfilm) et Bob Iger (PDG de Disney). Il devrait scénariser et réaliser le premier volet.

À noter que J.J. Abrams a reçu une tape dans le dos semblable en se retrouvant aux commandes de l’Épisode IX prévu le 20 décembre 2019. Il pourra conclure à petite échelle la trilogie en cours qu’il a lancée en 2015 et à grande échelle l’arc Skywalker avec ses trois trilogies qui nous font rêver depuis 1977. J’ai déjà hâte de voir dans quelle direction il ira tellement les possibilités sont presque infinies. De vieilles questions restent encore sans réponses, sans compter les nouvelles questions qui s’ajoutent.

Carrie Fisher joue Leia pour une dernière fois dans Star Wars: Episode VIII – The Last Jedi.

2016 aura été marquée par la mort subite de deux des plus scintillantes étoiles de la distribution originale : Carrie Fisher et Kenny Barker. La première, décédée le 27 décembre à la fin du tournage de l’Épisode VII, restera à jamais Leia. Notre princesse. Elle souhaitait que l’Épisode IX soit le sien, après que Harrison Ford ait été au cœur de l’Épisode VII et Mark Hamill au cœur de l’Épisode VIII. Dommage. Espérons que l’envie de recourir au numérique ne l’emporte pas sur le bon sens. À ce titre, Rogue One était raté. Le second, décédé le 13 août 2016, restera à jamais R2-D2. C’est Jimmy Vee qui l’a remplacé sous le costume du petit droïde.

Bref, juste à temps pour le 40e anniversaire de la saga, Star Wars: The Last Jedi parvient à s’en sortir sans trop d’ecchymoses, là où l’Épisode VII se contentait d’être un film-musée en copiant-collant le scénario de 1977 à seule fin de satisfaire les plus nostalgiques, faute d’inspiration. Je redoutais plagiat et/ou bâclage, mais j’ai finalement été surpris au détour par nombre de revirements inattendus qui n’ont pas filtrer parmi les nombreuses vidéos promotionnelles et sur les réseaux sociaux. Mieux, Luke est de loin le personnage le mieux développé et reprend la place qui lui revient. J’ai envie de vous spoiler plusieurs éléments, mais je dois me contrôler. Il ne reste que 735 jours avant la sortie de l’Épisode IX qui devra apporter son lot de réponses et mettre un point final à une série de neuf films. D’ici là, le 25 mai 2018 (dans 161 jours), nous pourrons visionner un deuxième spin-off qui racontera la jeunesse de l’intrépide Han Solo. Que la Force (de patienter) soit avec vous!

Verdict : 8,5 sur 10

Post-scriptum : À bas les Porgs et leur overdose de cuteness qui ne serviront qu’à mousser la vente de produits dérivés et à garnir de cadeaux le pied du sapin de Noël!

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