Black Panther – Critique du film de Ryan Coogler

Black Panther – Critique du film de Ryan Coogler

18 février 2018 0 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Mise à jour: 18 février, 2018 @ 23:26

Black Panther - Critique du film de Ryan Coogler

Après une apparition remarquée dans Captain America: Civil War en 2016, Black Panther revient sur nos écrans et devient par le fait même le superhéros principal du 18e blockbuster proposé par le Marvel Cinematic Universe (MCU) en une décennie. Cette première aventure solo, et non la moindre, restera dans les annales du cinéma de divertissement pour de multiples raisons. Je vais tenter, au cours de cette critique, de rendre justice à ce Black Panther pour lequel je ne taris désormais plus d’éloges.

Black Panther - Critique du film de Ryan Coogler

Si vous demandez à un aficionado de géographie de vous énumérer la liste des 55 pays d’Afrique, il se fera un plaisir de s’exécuter en vous regardant de haut, jusqu’à ce qu’il se rende compte que l’un d’entre eux résiste encore et toujours à l’étendue de ses connaissances : le Wakanda. Ce pays existe, certes, mais exclusivement au sein de l’univers Marvel, né du génie de Stan Lee et Jack Kirby il y a un peu plus d’un demi-siècle. Il en irait de même avec un passionné de chimie qui ignorerait ce qu’est le vibranium, étant donné que celui-ci est également le fruit de l’imagination des deux créateurs. Ce métal fictif, surtout connu des bédéphiles et des cinéphiles, a été utilisé dans la conception des griffes de Black Panther ainsi que du bouclier de Captain America.

Voici le synopsis du film :

À la suite des événements de Captain America: Civil War en sol américain, T’Challa retourne chez lui pour prendre place sur le trône du Wakanda, pays africain à la fine pointe de la technologie qui mélange modernité et tradition tout en vivant en autarcie. Cependant, quand un ancien ennemi réapparait, le courage de T’Challa comme roi et comme Black Panther est rudement mis à l’épreuve. Il se retrouve au cœur d’un conflit qui met le destin du Wakanda en danger.

Black Panther - Critique du film de Ryan Coogler

Chadwick Boseman est T’Challa, alias Black Panther, dans le film éponyme.

Du haut de ses 31 ans, Ryan Coogler était un choix sur mesure pour Marvel Studios qui recherchait un cinéaste afro-américain pour lui confier les rênes de ce projet d’envergure. Il avait prouvé son savoir-faire avec Fruitvale Station en 2013 et Creed en 2015, avant d’accepter l’offre du studio qui n’était pas parvenu à s’entendre avec Ava DuVernay (Selma) en ce qui a trait à la réalisation.

Ryan Coogler explique ce coup de chance : « En 2015, je terminais Creed et j’étais en pleine introspection. J’étais obsédé par des questions sur mon identité culturelle, l’histoire des États-Unis, les effets de la colonisation… Je voulais absolument aller sur le continent africain, car j’approchais de la trentaine et je n’avais jamais fait le voyage. Il fallait que je comprenne mes racines. J’avais tout ça à l’esprit quand le plus grand studio du monde est venu me voir : ‘Tu veux réaliser un film sur Black Panther?’ Si je devais faire un long métrage de cette ampleur, c’était celui-là. Évidemment. »

Si j’étais sceptique en écoutant le choix musical du teaser mis en ligne le 9 juin 2017 (au son de Legend Has It de Run The Jewels) et celles du trailer mis en ligne le 16 octobre 2017 (au son de The Revolution Will Not Be Televised de Gil Scott-Heron et BagBak de Vince Staples), en raison notamment du cliché d’associer systématiquement le rap aux Noirs, j’ai changé mon fusil d’épaule lors du visionnement du film de 134 minutes. Le résultat évite la plupart des clichés avec un dosage efficace d’action spectaculaire et de réflexion politique. Là où la saga X-Men permet le rapprochement entre les Mutants et la communauté LGBT, tous deux étant exclus de la société sans raison valable, Black Panther porte en lui un sous-texte qui tend à appuyer la communauté noire et ses revendications.

Black Panther - Critique du film de Ryan Coogler

Erik Killmonger (Michael B. Jordan) et T’Challa (Chadwick Boseman) ont des comptes à régler dans Black Panther.

Chadwick Boseman possède le charisme nécessaire pour prêter ses traits à un T’Challa/Black Panther tout en retenu à l’image de Chris Evans avec son Captain America. Comble de l’ironie : il a incarné le joueur de baseball Jackie Robinson dans 42 en 2013, le même Jackie Robinson qui a fait partie d’un bataillon de chars de l’armée américaine, le 761e Tank Battalion, composé de soldats Noirs, et dont l’emblème à l’effigie d’une panthère a inspiré Marvel pour le nom de son superhéros.

Michael B. Jordan, quant à lui, trouve en Erik Killmonger un personnage fort bien écrit. Longtemps Marvel nous a offert des antagonistes vides et motivés par la seule envie d’assujettir le monde. Pas ici, du moins pas tout à fait. Il s’agit d’ailleurs de la troisième collaboration entre l’acteur et Coogler, comme quoi ces deux-là forment une combinaison synonyme de succès!

Bilbo et Gollum se retrouvent six ans après The Hobbit: An Unexpected Journey. En effet, Martin Freeman (introduit dans Captain America: Civil War) donne la réplique à Andy Serkis (introduit dans Avengers: Age of Ultron), comblant ainsi les deux rôles majeurs offerts à des hommes à la peau blanche.

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Ulysses Klaue (Andy Serkis) et Everett K. Ross (Martin Freeman) dans Black Panther.

Quelle est la nécessité d’un film politique tel que Black Panther en 2018? Voici 3 raisons :

Il représente d’abord une réponse coup de poing à la polémique #OscarSoWhite qui a secoué la 88e cérémonie des Oscars il y a deux ans, dès l’annonce des nominés à la mi-janvier, grâce à une distribution constituée à 90% d’acteurs et d’actrices américains ou afro-américains. Cette décision de Disney/Marvel servira à étendre son empire sur le continent africain et à ravir la communauté noire aux quatre coins du globe.

Il fait ensuite la part belle aux femmes, des femmes capables de rivaliser aisément avec la gent masculine. Angela Bassett (Strange Days) est Ramonda, la Reine mère. Letitia Wright (bientôt Ready Player One) est Shuri, la petite soeur de T’Challa qui devient une M au féminin (la référence à James Bond est on ne peut plus assumée!) en lui fournissant plusieurs gadgets high-tech. Danai Gurira (la télésérie The Walking Dead) est Okoye, la chef des Dora Milaje qui veillent à la protection du Roi. Lupita Nyong’o (12 Years a Slave) est Nakia, le grand amour de T’Challa qui est aussi une espionne wakandaise. Elles possèdent chacune leurs forces et leurs faiblesses.

Il fait finalement le pont avec le passé. Difficile, voire impossible, de ne pas faire un lien entre Black Panther, qui apparaît pour la première fois dans le numéro 52 des Fantastic Four en juillet 1966, et le Black Panther Party, mouvement révolutionnaire de libération afro-américaine fondé le 15 octobre 1966. Le superhéros a même été temporairement rebaptisé Black Leopard pour éviter toute association. Aujourd’hui, cela est pleinement assumé comme le démontre cette comparaison d’images :

Coogler d’ajouter : « L’industrie cinématographique américaine a longtemps vécu avec des pratiques d’un autre temps issues de la société, marquées par un mélange de racisme latent et de peur. […] Il y a longtemps eu à Hollywood la présomption qu’un casting composé majoritairement d’acteurs issus de la diversité ne pouvait pas rembourser son budget. […] Ce qui se passe en ce moment, c’est que les studios commencent à se rendre compte que si le film est bon, les gens iront au cinéma. Et surtout qu’il existe un public large, au-delà de la simple niche. Est-ce que Wonder Woman a été un succès seulement grâce aux femmes qui sont venues dans les salles? Pas plus que Doctor Strange n’a marché qu’avec les magiciens qui ont acheté leurs tickets. »

Saviez-vous que, en juin 1992, Wesley Snipes annonçait son désir de lancer un projet centré sur Black Panther? Stan Lee lui-même et le studio Columbia se sont montrés intéressés en 1994, mais tout a basculé en janvier 1996 à la suite du refus de tous les scénarios proposés. Snipes a joué dans la trilogie Blade par la suite. Fait intéressant : il y a un quart de siècle, la Warner se démarquait au box-office avec les suites de Batman

Wesley Snipes donne son opinion sur le projet accouché 25 ans plus tard : « Même si je ne fais pas partie du projet final, je le soutiens à 100%. Je suis sûr qu’il aura la capacité de changer les choses, d’ouvrir des portes et d’offrir des opportunités. Nous avons besoin de cette diversité. […] Chadwick est un jeune acteur talentueux, je suis sûr qu’il s’est bien approprié le personnage. J’espère que le studio lui a permis de l’incarner pleinement. »

Black Panther - Critique du film de Ryan Coogler

Le pays africain du Wakanda et toute sa splendeur technologique mettant de l’avant l’afro-futuriste.

Bref, Black Panther lance en grand le dixième anniversaire du MCU et place les pièces pour Avengers: Infinity War qui prendra (enfin!) d’assaut nos salles le 4 mai 2018. Il véhicule aussi un message à forte résonance sociale, ce qui en fait rien de moins que le miroir de son époque en abordant de front la représentation des Noirs et des femmes dans le cinéma en général, et ce, à un moment décisif de la phase III du MCU. 75 dodos exactement avant l’affrontement sans merci contre Thanos…

Verdict : 8 sur 10