Summer of 84 – Critique du film du RKSS

Qui dit mauvais voisinage pour les personnages dit bon visionnage pour les spectateurs!

15 juillet 2018 0 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Mise à jour: 16 juillet, 2018 @ 22:14

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2018 marque (enfin) le retour du RKSS par la grande porte! En effet, le collectif montréalais formé de François Simard, Anouk Whissell et Yoann-Karl Whissell revient à l’assaut avec le surprenant Summer of 84 trois ans après le succès du tout aussi surprenant Turbo Kid. J’ai eu la chance, et non la moindre, de le visionner avant même sa première internationale, laquelle s’est déroulée le 14 juillet 2018 dans le cadre de Fantasia. Le moins que je puisse dire… ou plutôt écrire… c’est que le trio passionné poursuit sa lancée sur une pente ascendante qui mène tout droit vers des sommets stratosphériques!

Voici le synopsis qui s’inspire de celui proposé par Fantasia dans son programme, synopsis composé par Michael Gingold et traduit de l’anglais par Kevin Laforest :

Été 1984 dans la ville d’Ipswich en Oregon. Davey Armstrong (Graham Verchere, la télésérie Fargo), 15 ans, passe ses journées et ses nuits avec ses meilleurs amis Woody (Caleb Emery, Goosebumps), Eats (Judah Lewis, Demolition) et Curtis (Cory Gruter-Andrew, la télésérie Van Helsing) à parler de sexe et des détails des suites de Star Wars. Leur plaisir innocent s’arrête abruptement lorsque Davey commence à soupçonner que son voisin d’à côté, l’apparemment amical policier Wayne Mackey (Rich Sommer, la télésérie Mad Men), est un tueur en série qui s’en prend aux enfants de leur âge dans la région depuis quelque temps. Davey recrute ses copains pour l’aider à enquêter et exposer Mackey, plongeant dans une aventure dangereuse, voire mortelle.

Oui, Summer of 84 fait sien les grandes lignes de Disturbia (le voisin n’est-il gentil qu’en apparence?) et It (les disparitions d’enfants méritent-elles le statut d’enlèvements?). Oui, il met en vedette une bande d’adolescents comme dans The Goonies et Stand by Me. Oui, il rend un hommage nostalgique aux années 80 à l’image de Stranger Things et Super 8. Mais non, ce n’est pas que cela. Cette impression de déjà-vu représente une surface pour surprendre ceux et celles qui cherchent à s’aventurer en profondeur. Là où plusieurs histoires se seraient contentées de nous servir du réchauffé, pour ne pas dire du prémâché, celle de Matt Leslie et Stephen J. Smith (dont c’est le premier scénario) se distingue par son rythme effréné et ses nombreuses fausses pistes!

Ce qui saute aux yeux, c’est à quel point les trois réalisateurs excellent dans l’art de lancer un suspense, de le développer, de le transformer, de le relancer dans une autre direction, et ce, jusqu’au dernier quart d’heure (le film dure 105 minutes) offrant quelques coups de théâtre dignes des grands noms de l’épouvante. Il faut dire que la musique composée par Le Matos apporte beaucoup à l’environnement sonore. À noter que le recours au gore (omniprésent dans leurs œuvres précédentes) n’est utilisé ici que pour ponctuer des plans minutieusement choisis comme ces phrases se terminant par un point d’exclamation!

Curtis (Cory Gruter-Andrew), Davey (Graham Verchere), Woody (Caleb Emery) et Eats (Judah Lewis) dans Summer of 84.

Le RKSS suit les traces de Denis Villeneuve (Blade Runner 2049, Sicario, Arrival), Jean-Marc Vallée (Dallas Buyers Club, Demolition, la télésérie Big Little Lies), Philippe Falardeau (Chuck, The Good Lie) et Xavier Dolan (bientôt The Death and Life of John F. Donovan) en allant zieuter du côté des États-Unis afin d’obtenir des moyens à la hauteur de leur talent. Si Turbo Kid 2 est en chantier, sachez qu’une adaptation des romans Amos Daragon est en développement. Publiés entre 2003 et 2006, les 12 tomes de la saga littéraire de Bryan Perro se sont vendus à plus de 2,5 millions d’exemplaires et ont été traduits dans plus d’une quinzaine de langues. J’ai hâte de voir la transposition de l’écrit à l’écran!

Bref, Summer of 84 se veut un divertissement qui va au-delà des attentes en dépit du fait qu’il reste à hauteur d’ados. Les personnages centraux, pris en étau entre l’imagination fertile des enfants qu’ils étaient et les problèmes majeurs des adultes qu’ils seront, sont tant attachants que complémentaires. Le résultat, moins maladroit et plus accessible que Turbo Kid, frappe fort sans rien n’avoir à envier à ses prédécesseurs américains. Croyez-moi sur parole : le monstre à trois têtes qu’est le RKSS n’a rien changé de sa signature même si l’encre de son stylo n’est plus seulement rouge sang…

Verdict : 8,4 sur 10

Davey (Graham Verchere) et Nikki (Tiera Skovbye) dans Summer of 84.