Searching – Critique du film d’Aneesh Chaganty

Un found footage 2.0 ayant plus de cran et… d’écrans!

27 juillet 2018 0 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Mise à jour: 27 juillet, 2018 @ 14:35

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Il est intéressant de savoir que, au quotidien, 82% des habitants du Canada passent 5h49 devant leur ordi, 2h18 devant leur télé et 1h42 devant leur cell. Cela représente un total de près de dix heures de temps à regarder une surface rectangulaire. C’est d’ailleurs les yeux rivés sur un grand écran que j’ai assisté à la première canadienne de Searching qui, ironiquement, présente une histoire d’enlèvement via de petits écrans, tantôt celui d’un ordinateur portable, tantôt celui d’un téléphone intelligent, tantôt celui d’un bulletin de nouvelles télévisé. Merci, ô lecteur ou lectrice naviguant sur le web en quête de contenu alléchant, de faire une halte sur TVQC pour y lire ma critique.

Commençons par le synopsis traduit de l’anglais par David Pellerin dans le programme de Fantasia :

David Kim (John Cho, les trilogies Star Trek et Harold & Kumar) a une adolescente, Margot (Michelle La), âgée de 16 ans, qui vient d’être portée disparue. Une enquête locale est ouverte, mais hélas, après les 37 premières heures de recherches, la détective chargée de l’affaire (Debra Messing, les téléséries Will & Grace et Smash) n’a toujours pas trouvé la moindre piste. C’est alors que David lui-même décide de prendre part aux recherches — en allant jeter un œil à un endroit où nul n’a encore songé fouiller : le laptop de sa fille.

Pour Aneesh Chaganty, jeune poulain de 27 ans qui s’attaque à la réalisation de son premier long métrage, quelle meilleure façon de se faire connaître que de bénéficier de l’aval de Timur Bekmambetov. Ce producteur (Hardcore Henry, Unfriended, Unfriended: Dark Web aussi présenté cette année) et réalisateur (Wanted, Ben-Hur, Profile aussi présenté cette année) émérite d’origine russe encourage ce qu’il a lui-même baptisé la screenlife, un nouveau langage filmique qui utilise exclusivement des appareils de communication de tous les jours comme forme afin que le divertissement atteigne un niveau supérieur de réalisme. À noter que sa société Bazelevs Production (fondée en 1994) a supervisé le développement à terme de sept entreprises cinématographiques ayant eu recours à la screenlife, et ce, en cinq ans.

Chaganty était l’un des meilleurs étudiants de Sev Ohanian (producteur de Fruitvale Station, lequel a révélé Ryan Coogler derrière Creed et Black Panther) à l’Université de Caroline du Sud. Ils ont approché Bekmambetov ensemble avec un scénario pour un film de six minutes et sa réponse a été d’en faire un de 102 minutes tellement la prémisse (un père qui explore les traces numériques laissées par sa progéniture) l’emballait. Lors de la préproduction, Chaganty et Ohanian ont visionné des douzaines de suspenses sur fond de kidnapping, ce qui explique que le résultat soit aussi riche tant en émotions qu’en rebondissements.

La postproduction, à elle seule, a exigé une année entière de travail méticuleux de la part de Nicholas D. Johnson et Will Merrick, sans compter qu’elle a débuté sept semaines avant le premier coup de clap dans le but de commencer à animer le curseur de la souris ainsi que l’alternance entre les différentes fenêtres. La compagnie Neon Robotic a eu un souci du détail considérable en recréant les interfaces de programmes (Chrome, Facebook, YouTube, Instagram, Gmail, iMessage) afin que les deux monteurs les importent ensuite dans Adobe Premiere Pro et Adobe After Effects. Si, d’ordinaire, la voix off sert de moyen de remplacer la pensée d’un personnage, ici, c’est plutôt le fait de taper une phrase dans un système de messagerie instantanée sans l’envoyer, de l’effacer, puis d’en écrire une autre. Diablement efficace pour traduire ce que la personne face au clavier pense vraiment, d’autant plus qu’une telle image parle davantage qu’un monologue à l’intention du spectateur enregistré après coup!

John Cho est David Kim dans Searching.

Bref, Searching a ceci d’original qu’il recycle une forme narrative déjà surutilisée (je pense à Open Windows, The Den, Megan Is Missing, Thomas in Love) pour la mettre au service d’une véritable histoire. Il contribue à réinventer le found footage, vocable cinématographique qui renvoie à des enregistrements trouvés et montrés en guise de film (The Blair Witch Project), en plus de proposer une instantanéité et une immersion totales. John Cho n’a jamais été aussi crédible dans un rôle, toujours filmé en gros plan, nous forçant ainsi à suivre sa déchéance physique qui, à grand renfort d’insomnie, n’a rien à envier à Regan MacNeil!

Verdict : 8 sur 10

P.S. : Mention spéciale à l’incipit qui, à la manière du film Up de Disney/Pixar, survole les premières années (ici l’enfance de Margot) grâce à des souvenirs immortalisés en vidéos.


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