Bleach – Critique du film de Shinsuke Sato

Parce que le résultat est tiré par les cheveux, il décoiffe!

28 juillet 2018 0 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau
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Je ne connaissais rien du célèbre manga scénarisé et illustré par Tite Kubo avant de tomber sur son curieux titre en feuilletant la programmation 2018 de Fantasia. Bleach figure pourtant à la 10e position des bandes dessinées japonaises les plus vendues dans le monde avec quelques 120 millions d’exemplaires imprimés, tout juste devant JoJo’s Bizarre Adventure dont j’ai savouré le passage de l’écrit à l’écran il y a tout juste un an. J’avais envie de renouer l’expérience (Terraformars et Chihayafuru Part I & 2 se basaient aussi sur des mangas), ce qui explique pourquoi j’ai assisté à la projection de l’adaptation en prises de vues réelles réalisée par Shinsuke Sato.

Voici le synopsis composé par Nicolas Archambault tel que Fantasia le propose dans son programme :

La vie n’est pas si simple pour le jeune Ichigo Kurosaki (Sota Fukushi, Laplace’s Witch et Blade of the Immortal) dans le quartier de Karakura. Depuis le décès de sa mère dans des circonstances nébuleuses, lui et ses deux sœurs ont été élevés à la dure par leur père, alors il n’est pas du tout enclin à s’en laisser imposer. De plus, il voit des fantômes! Cette capacité à interagir avec les esprits errants lui permet un soir d’apercevoir Rukia (Hana Sugisaki, Blade of the Immortal), une Shinigami qui est à la poursuite du Hollow Fishbone D. Lors de l’attaque du monstre, Rukia est blessée et doit remettre ses pouvoirs à Ichigo. Celui-ci parvient à sortir victorieux grâce à l’énorme sabre Zanpakuto acquis par sa force spirituelle inusitée. Ainsi, malgré sa réticence, l’étudiant devient lui-même un Shinigami, mais certains collègues s’opposent violemment à avoir un humain parmi leur groupe. Et le surpuissant Hollow Grand Fisher se prépare à sévir…

Pour mieux comprendre le contexte, il sied de clarifier davantage les termes susmentionnés. Qu’est-ce qu’un Shinigami? Il s’agit d’un dieu de la mort, autrement dit un être spirituel servant d’officier de loi pour nous protéger grâce à des pouvoirs surnaturels. Qu’est-ce qu’un Hollow? Il s’agit de la forme bestiale d’une âme perdue qui peut dévorer à la fois l’âme des humains et celle des trépassés. Qu’est-ce qu’un Zanpakuto? Il s’agit d’un trancheur d’âmes, autrement dit un sabre spirituel de forme variable lié à son possesseur. Il est également question de la Soul Society, à savoir le monde des esprits où vivent les Shinigami et où vont les humains à leur décès. À noter que l’univers né de l’imagination de Tite Kubo ressemble beaucoup au nôtre à ceci près que nous ne sommes pas conscients de la présence de tous ces personnages et toutes ces armes.

Le célèbre manga se décline en 74 volumes publiés entre août 2001 et août 2016, soit sur une période de quinze ans. En 2005, il a reçu le prestigieux prix Shogakukan dans la catégorie Shonen (mangas destinés aux jeunes garçons). Je n’ai pas pu me rendre à la première internationale de Bleach à Fantasia le 23 juillet dernier, lundi soir où Shinsuke Sato a été nommé récipiendaire du Prix de Réalisation Exceptionnelle 2018, mais, fort heureusement pour moi, son film était de nouveau présenté le samedi 28 juillet pour qu’une seconde vague de fans le découvrent sur grand écran. Grâce à la récompense remise en personne au réalisateur de 47 ans et au fait que celui-ci ait pas moins de trois titres prévus cette année (les autres sont Inuyashiki et I Am a Hero), j’avais une énième bonne raison de me déplacer.

Sôta Fukushi est Ichigo Kurosaki dans Bleach.

J’ai aimé les scènes d’action durant lesquelles Shinigami et Hollows croisent le fer. Les effets spéciaux, surprenants compte tenu du modeste budget, ne font toutefois pas le poids face aux blockbusters hollywoodiens adaptant les comic books Marvel ou DC. C’est très divertissant. Le jeu des acteurs, en particulier la complicité entre Sota Fukushi (Ichigo) et Hana Sugisaki (Rukia) qui se développe de belle manière au gré de l’histoire, hausse la qualité du résultat final. J’ai moins aimé le recours à une BO pop rock rythmée à coups de riffs de guitares électriques. Cela nuit à l’immersion du spectateur. De nombreux raccourcis scénaristiques, comme des retours en arrière et des dialogues explicatifs interminables survenant au mauvais moment, deviennent plutôt des détours un tantinet ennuyants.

Bref, Bleach se contente d’adapter les volumes 1 à 8 (l’arc du Shinigami suppléant). Des passages entiers ont été enlevés, d’autres résumés, à un point tel que Shinsuke Sato ne fait qu’effleurer la surface de l’œuvre de Tite Kubo en 108 minutes. Une suite est-elle au menu? Je l’espère, quoique le film n’a terminé qu’en 4e position du box-office lors de son premier week-end d’exploitation dans les salles de cinéma nippones (il a pris l’affiche le 20 juillet dernier). Mon sixième sens me dit que la faisabilité de cette suite ne tient qu’à un cheveu… orange, évidemment.

Verdict : 7,5 sur 10

Ichigo Kurosaki face au Hollow Grand Fisher dans Bleach.