One Cut of the Dead – Critique du film de Shinichiro Ueda

Pom! Comment ressusciter un sous-genre du film d’horreur mort et enterré?

31 juillet 2018 0 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Mise à jour: 31 juillet, 2018 at 10:28

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Une petite équipe de tournage investit une usine abandonnée pour y tourner un film de zombies à petit budget. La particularité de ce projet qui, d’emblée, n’a rien d’original? Il s’agit d’un plan-séquence de 36 minutes, plus précisément un plan continu sans arrêt de la caméra, laquelle montre les membres de l’équipe en train de se tuer à la tâche et… à la hache. En effet, certains d’entre eux se transforment en véritables zombies. Cette mise en abyme va beaucoup plus loin durant l’heure suivante. Voici ma critique de la comédie d’horreur One Cut of the Dead (Camera wo Tomeru na en VO) de Shinichiro Ueda que j’ai découverte à Fantasia.

Les sept personnages qui apparaissent dans le plan-séquence du film One Cut of the Dead.

Le premier tiers, d’une durée exacte de 36 minutes, présente le plan-séquence en question tourné à la manière d’un found footage. Les corps de métier devant et derrière la caméra ont été réduits au minimum : un réalisateur (Shinichiro Ueda ne joue pas son propre rôle), un acteur, une actrice, un caméraman (restant derrière son appareil, donc invisible à nos yeux sauf quand sa main essuie le sang sur la lentille), une maquilleuse, un directeur de la photographie, un preneur de son et un assistant réalisateur. Que ce soit le manque de talent de ces sept personnes devenues personnages ou la simplicité des maquillages, tout tend à se noyer dans le dilettantisme le plus complet. Or, il n’en est rien.

Le deuxième tiers remonte le temps d’un mois. Il développe les huit personnages (caméraman inclut) et démontre la complexité de la préproduction d’un film. Nous apprenons que c’est une commande de Zombie Channel qui souhaite surprendre ses téléspectateurs. Les phases abordées vont du rassemblement de l’équipe au choix du lieu de tournage (une usine d’épuration des eaux désaffectée et non désinfectée!), en passant par les répétitions de la chorégraphie à venir. Cette partie délaisse l’amateurisme et le found footage afin d’offrir un rendu professionnel.

Le troisième tiers fait suite au deuxième et se déroule en parallèle au premier. Nous assistons à nouveau au tournage du plan-séquence selon un point de vue inédit. Une autre caméra filme un faux making-of qui révèle l’envers du décor et explique le pourquoi du comment. Tantôt le regard hors champ d’un personnage s’explique par le fait qu’il lisait une nouvelle consigne sur une feuille, tantôt un dialogue improvisé servait à gagner du temps pour régler tel ou tel imprévu. Toutes les maladresses avaient une raison d’être. C’est hilarant, voire même à mourir de rire!

Takayuki Hamatsu joue un réalisateur prêt à tout dans One Cut of the Dead.

Trois. C’est le nombre de mois requis pour la véritable préparation du plan-séquence par Shinichiro Ueda (il a aussi écrit et monté ce premier long métrage) et sa véritable équipe. J’ai toujours adoré ce genre de contrainte formelle comme en témoignent mes critiques de King Dave et Victoria. Six. C’est le nombre de prises requises pour obtenir les 36 premières minutes. Le titre, quant à lui, renvoie évidemment à six films de George A. Romero : Night of the Living Dead (1968), Dawn of the Dead (1978), Day of the Dead (1985), Land of the Dead (2005), Diary of the Dead (2007) et Survival of the Dead (2009). Joli clin d’oeil. À noter qu’il y a une troisième caméra qui s’affaire à immortaliser un vrai making-of dont les images accompagnent le générique de fin.

Bref, l’incipit de l’exercice de style One Cut of the Dead n’est imparfait qu’en apparence dans le but de fourvoyer les spectateurs. Il propose tantôt les coulisses de sang d’un plan-séquence horrifique et amateur de 36 minutes, tantôt les coulisses de sueur d’un making-of comique et professionnel de 60 minutes. Yeux comme oreilles se doivent de dévorer le contenu jusqu’à la dernière seconde, sans quoi ils ne savoureront pas chaque idée à sa juste… saveur. Les gens qui ont douté de la qualité de ce produit en provenance du Japon connaissent mal les programmateurs qui n’auraient jamais accepté de diffuser un si piètre résultat. Dommage que Fantasia ne dure que trois semaines : désormais, je préfère de beaucoup la fraîcheur du jamais-vu dans ce festival que l’arrière-goût de déjà-vu qui prend l’affiche chaque semaine dans les cinémas!

Verdict : 8,5 sur 10

P.S. : Je tiens à remercier Adam Torel de Third Window Films sans qui je n’aurais pas visionné à temps ce film.

Le repérage revêt une importance capitale lors d’un plan-séquence comme celui du film One Cut of the Dead.