Montréal Dead End – Critique du collectif québécois

Paris risqués, je vous aime!

3 août 2018 0 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Mise à jour: 4 août, 2018 at 1:02

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L’affiche est une création de Pierre-Luc Boucher.

Difficile de s’attaquer à la rédaction de la critique d’un projet anthologique tel que Montréal Dead End. Or, par respect pour les 18 cinéastes de la relève impliqués, je vais m’efforcer de prendre ma plus belle plume. Qu’est-ce que cette œuvre collective produite sans aide financière? Il s’agit de 15 courts métrages mis bout à bout dans le but de former un seul long métrage de 85 minutes prêt à emprunter le circuit des festivals. Après une première mondiale européenne qui s’est déroulée le 7 avril 2018 au BIFFF, le film a enfin été présenté le 31 juillet 2018 à Fantasia dans le cadre des Fantastiques week-ends du cinéma québécois. Voici mes impressions.

© JulieDelislePhoto / 13 des 18 réalisateurs et réalisatrices de Montréal Dead End présents à la projection du film à Fantasia.

À Montréal, à l’intersection des rues Saint-Denis et Maisonneuve, un nid de poule s’est dangereusement agrandi. Une étrange énergie verdâtre en émane et affecte les gens sur son passage. Les uns deviennent fous, tandis que les autres se transforment en créatures. Un véritable chaos se répand dans 14 arrondissements de la ville.

Cette idée de départ simple comme bonjour revient à Rémi Fréchette et Yohann Thiou qui tiennent le gouvernail de cette entreprise cinématographique depuis 2013 afin de la mener à bon port. Rémi est d’ailleurs parvenu à convaincre 18 cinéastes âgés entre 25 et 40 ans (tous issus du mouvement Kino dont le mantra se résume à faire des miracles avec des mirages), 91 comédiens (incluant Guy Jodoin, Lise Roy, Mirianne Brûlé et Carmen Sylvestre) ainsi que 204 techniciens de monter bénévolement à bord de ce qui ressemblait en apparence à un Titanic. Ce n’est pas rien. Si nous tenons compte aussi de la qualité professionnelle du résultat final et du maigre budget de 30 000 dollars ayant couvert les dépenses reliées aux impératifs d’un tournage filmique, cela tient maintenant du miracle.

La production a duré à elle seule une année complète. Elle a traversé maintes tempêtes parmi lesquelles la tentative échouée d’emprunter la voie des plateformes de financement participatif comme en témoigne son expérience sur KissKissBankBank. En effet, en dépit de la générosité de 50 donateurs, le projet n’a amassé que 23% de son objectif initial de 12 000 dollars (soit 2 722 dollars) et n’a donc pu toucher le moindre billet vert. Prix de consolation : la visibilité obtenue lui a permis de surfer tant sur la vague des partages sur les réseaux sociaux que sur celle du bouche à oreille favorable à sa cause.

Rémi Fréchette derrière la caméra durant le tournage de Montréal Dead End.

PARTIE 01
Titre : Le gardien
Réalisation : Rémi Fréchette
Arrondissements attribués : Berri-UQÀM, Namur, Place-des-Arts, Outremont et Montréal Nord
Synopsis : Serge arrive en ville pour arrêter la propagation du mal, mais un culte semble vouloir l’en empêcher. À noter que cette partie est fragmentée tout au long du film afin de servir de fil conducteur entre les différentes parties.

PARTIE 02
Titre : Court Ellie Court
Réalisation : Priscillia Piccoli
Arrondissement attribué : Le Mont Royal
Synopsis : Une joggeuse est prise en chasse. Par qui? Ou par quoi?

PARTIE 03
Titre : Corps et âmes
Réalisation : Quentin Lecocq
Arrondissement attribué : Le Parc Lafontaine
Synopsis : Johnny et Sally se retrouvent dans le corps de l’autre.

PARTIE 04
Titre : Flore sauvage
Réalisation : Emilie Gauthier
Arrondissement attribué : Ville St-Laurent
Synopsis : Un employé d’une pépinière va découvrir que la nature est plus dangereuse qu’il n’y parait.

PARTIE 05
Titre : Grandes attentes
Réalisation : Loïc Surprenant
Arrondissement attribué : Hochelaga
Synopsis : Plusieurs amis sont emballés de chanter dans un karaoké du quartier Hochelaga, sauf la timide Sarah qui leur réserve une danse bien à elle.

PARTIE 06
Titre : Greentrack
Réalisation : David Émond-Ferrat
Arrondissement attribué : Le Centre-Ville
Synopsis : Un banquier et son stagiaire se font attaquer dans une ruelle de la Deglutmemoriae.

PARTIE 07
Titre : Alice
Réalisation : Eve Dufaud et Frédérick Neegan Trudel
Arrondissement attribué : Le Village
Synopsis : Perturbé par sa récente rupture, Alice s’enfonce dans un Village en proie aux créatures les plus dangereuses et fait une nouvelle rencontre… sanglante.

PARTIE 08
Titre : Zombinettes
Réalisation : Mickael N’Dour
Arrondissement attribué : Mile-End
Synopsis : Un couple de zombies se procure les aliments nécessaires à la réalisation de leur souper romantique.

PARTIE 09
Titre : Incarnée
Réalisation : Julie de Lafrenière
Arrondissement attribué : Île Ste-Hélène
Synopsis : Une femme de 80 ans accouche d’une créature démoniaque.

PARTIE 10
Titre : Who Listens To Celine Anyways?
Réalisation : Catherine Villeminot et Tiphaine DeReyer
Arrondissement attribué : Outremont
Synopsis : Un couple met un sacré bout de temps à comprendre que l’horreur a déferlé sur Montréal.

PARTIE 11
Titre : Grandir trop vite
Réalisation : Hugo Belhassen
Arrondissement attribué : Villeray
Synopsis : Une adolescente tente d’apprivoiser une créature mangeuse de chats.

PARTIE 12
Titre : Jeu d’enfant
Réalisation : Audric Cussigh
Arrondissement attribué : Rosemont
Synopsis : Dans une ruelle verte, une femme âgée se retrouve confrontée au mal incarné.

PARTIE 13
Titre : Folie légumineuse
Réalisation : Gaëlle Quemener
Arrondissement attribué : Marché Atwater
Synopsis : Un homme combat des légumes démoniaques.

PARTIE 14
Titre : La suie du sang
Réalisation : Mara Joly et Charles Massicotte
Arrondissement attribué : Le Vieux Montréal
Synopsis : Une guide touristique a des visions d’un passé lointain.

PARTIE 15
Titre : 6 mois plus tard à Québec
Réalisation : Jimmy G. Pettigrew
Arrondissement attribué : aucun
Synopsis : Un pouceux, las d’attendre un lift pour se rendre à Montréal, décide de changer de destination : Québec. À noter que cette partie a été faite en guise de conclusion et de fin ouverte vers une suite.

Mon top 3 pour ses qualités esthétiques :
Alice
Incarnée
La suie du sang

Mon top 3 pour ses qualités humoristiques :
Corps et âmes
Who Listens To Celine Anyways?
Folie légumineuse

Marco Collin joue Serge, le fil conducteur de l’intrigue et gardien de la ville, dans Montréal Dead End.

Je me suis énormément reconnu en ces jeunes passionnés pour avoir moi-même tantôt autofinancé mes propres films, tantôt dirigé Mirianne Brûlé (court métrage disponible ici), tantôt tenté vainement le sociofinancement (via Ulule en ce qui me concerne/consterne), tantôt participé à Kino St-Hyacinthe.

Bref, Montréal Dead End se veut une sorte de Frankenstein insubmersible de 15 segments (devrais-je plutôt dire saignements?) offrant une fantastique carte postale de la métropole. De l’horreur traditionnelle à l’horreur expérimentale, en passant par la comédie d’horreur, le genre horrifique est abordé sous tellement de coutures que chaque cinéphile ne peut qu’y trouver son compte. Il marquera les esprits comme le manifeste d’une génération de kinoïtes ayant un urgent besoin de contribuer à l’essor d’un cinéma de genre Made in Québec, lequel ne montre encore que la pointe visible de l’iceberg même en 2018. Mieux, à l’image d’un Montréal représentant les diversités, il respecte la parité grâce aux 8 femmes créditées à la réalisation. Un pas involontaire, certes, mais un pas important dans la bonne direction. Ici, sachez qu’on ne niaise ni avec le septième art ni avec le smoked meat, surtout pas en fredonnant… My Heart Will Go On de Céline Dion!

Verdict : 8 sur 10

P.S. : Je vous invite à aimer dès maintenant la page facebook de Montréal Dead End pour rester à l’affût des prochaines projections!