Le Roi hors-la-loi: Critique du film Netflix de David Mackenzie

Ah! la liberté (créatrice) est une noble chose!

5 novembre 2018 0 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Mise à jour: 9 novembre, 2018 @ 17:41

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Robert 1er, dit Robert Bruce, est un homme qui a régné en tant que roi d’Écosse du 25 mars 1306 jusqu’au 7 juin 1329, date à laquelle il meurt de la lèpre (cause officieuse réfutée par l’archéologue Andrew Nelson, de l’Université de Western Ontario, après avoir analysé un moulage en plâtre du crâne vieux de 200 ans) à l’âge de 54 ans. Ses campagnes militaires en font le principal héros national à une époque où le pays luttait pour son indépendance aux dépens de l’Angleterre, indépendance reconnue le 17 mars 1328 via le traité d’Édimbourg-Northampton. Voici ma critique d’un biopic qui lui est consacré, Outlaw King (Le Roi hors-la-loi en VF), une exclusivité Netflix mise en ligne aujourd’hui même en ce 9 novembre 2018.

Chris Pine est Robert Bruce dans Outlaw King.

Le Roi hors-la-loi – Outlaw King

Synopsis : L’histoire vraie et inédite de Robert Bruce (Chris Pine), noble vaincu de l’Écosse au début du XIVe siècle devenu roi contre son gré puis héros hors-la-loi en très peu de temps. Contraint de se battre pour sauver sa famille, son peuple et son pays de l’envahisseur anglais, Robert Bruce s’empare de la couronne écossaise et rassemble une troupe de 50 soldats hétéroclites. Avec eux, il devra affronter la colère de l’armée la plus puissante au monde, menée par le féroce roi Édouard 1er (Stephen Dillane) et son imprévisible fils, Édouard II (Billy Howle).

Ce qui est dommage, c’est qu’Outlaw King souffrira toujours d’une comparaison avec le Braveheart réalisé et interprété par Mel Gibson en 1995. Dans cette épopée culte récipiendaire de cinq Oscars (meilleur film, meilleur réalisateur, meilleure photographie, meilleur maquillage ainsi que meilleur montage sonore), l’action tourne autour de l’ascension du chevalier écossais William Wallace et s’étend sur une période de huit ans juste avant le couronnement de Bruce. Celui-ci comptait déjà parmi les personnages secondaires sous les traits d’Angus Macfadyen. À noter que, dans ces deux longs métrages prenant place durant la Première Guerre d’indépendance de l’Écosse de 1296 à 1328, l’acteur James Cosmo tient un rôle (Campbell en 1995 et Robert Bruce Senior en 2018) malgré les 23 ans qui les séparent.

David Mackenzie (Starred Up) propose un film d’envergure dans lequel il est aussi crédité à titre de coscénariste et de co-compositeur de musique. Le réalisateur britannique de 52 ans a bénéficié d’une grande liberté en acceptant un projet sous la tutelle flexible de Netflix plutôt que sous celle d’un des six majors (Disney, Warner, Fox, Universal, Sony, Paramount) et leur rigidité liberticide, d’autant plus qu’il a obtenu un budget conséquent de 130 millions de dollars. Il avait tellement apprécié travailler avec Chris Pine (Jack Ryan: Shadow Recruit, Wonder Woman, la trilogie Star Trek) lors du tournage de son film précédent, Hell or High Water en 2016, que les deux hommes ont décidé de renouer l’expérience. Il était grand temps que l’acteur américain de 38 ans s’éloigne de son image de tombeur (je pense à Matthew McConaughey sujet à une résurrection semblable) qui lui collait à la peau avec des comédies sentimentales telles que The Princess Diaries 2: Royal Engagement, Just My Luck, Blind Dating et People Like Us.

Une scène du film Netflix à grand déploiement intitulé Outlaw King.

Pine explique pourquoi il a pris ce rôle au sérieux : « Ce qui a résonné en moi, c’est que depuis des millénaires, les hommes se tuent pour des clans ou des communautés, pour des nations ou des États, pour des idéologies, pour la religion. Les animaux font ça dans le règne animal. La mort et le fait de tuer, les meurtres et les massacres ont toujours existé. Ça continuera sûrement, jusqu’à ce qu’on disparaisse. Ce n’est pas une bonne ou une mauvaise chose ; ça semble juste être notre façon de gérer certaines choses. »

La première mondiale a eu lieu le 6 septembre 2018 durant le Festival international du film de Toronto. Mackenzie a tenu compte de certaines réactions négatives au sujet de la longueur de son dernier-né et est retourné en montage. Résultat : la durée est passée de 137 minutes à 121 minutes. Ce quart d’heure sacrifié au nom du rythme resserre davantage l’intrigue, ce qui permet au divertissement d’éviter les détours. J’en aurais personnellement demandé plus, car il y a tant à montrer au sujet de cet homme plus grand que nature…

Ô combien magnifiques sont les paysages automnaux de l’Écosse où se déroulent les différents évènements abordés dans le film! En effet, du 28 août 2017 jusqu’en novembre 2017, Mackenzie et son équipe ont planté la caméra dans pas moins de 45 locations de cette nation du Royaume-Uni située au Nord de la Grande-Bretagne. Ils ont d’ailleurs approché de nombreux historiens spécialisés dans le Moyen Âge afin de veiller à l’exactitude et à la représentation du système féodal. Fait intéressant : mis à part un poème épique de 14 000 vers octosyllabiques composé par John Barbour vers 1375, il n’y a aucune biographie officielle sur Robert Bruce.

Stephen Dillane (avant-plan) et Billy Howle (arrière-plan) sont respectivement Édouard Ier et son fils Édouard II dans Outlaw King.

Bref, Outlaw King restera considéré comme une suite spirituelle de Braveheart, certes, mais il aura néanmoins rendu à Robert Bruce toute son importance perdue aux mains de William Wallace depuis bientôt 25 ans. Étant donné qu’il se concentre exclusivement sur trois années, soit de 1304 à 1307, les puristes lui reprocheront toujours de passer sous silence son plus haut fait d’armes : la victoire écrasante des Écossais sur les Anglais lors de la bataille de Bannockburn le 24 juin 1314. J’ai adoré la scène d’ouverture, un remarquable plan-séquence de neuf minutes qui alterne entre l’intérieur et l’extérieur avec plusieurs dialogues ainsi que deux moments forts : un duel à l’épée et un lancer de catapulte. Soit dit en passant, une autre scène nous montre le pénis de Chris Pine. Pas de quoi en faire un plat comme tant de médias l’ont déjà fait, ni un paragraphe, ni même un élément majeur de cette critique. Je préfère m’éloigner de ce plan négligeable et rester loyal envers un ensemble ayant profité d’un traitement royal.

Le Roi hors-la-loi – Outlaw King sur Netflix: https://www.netflix.com/title/80190859

Verdict : 8,5 sur 10

Aaron Taylor-Johnson est James Douglas dans Outlaw King.