Cam – Critique du film Netflix de Daniel Goldhaber

De l'autre côté de l'écran, et ce qu'Alice y trouva.

17 novembre 2018 1 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Mise à jour: 17 novembre, 2018 @ 19:01

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Cam - Critique du film Netflix de Daniel Goldhaber

La violence et la sexualité ont ceci en commun d’attirer les gens dans les salles obscures. Le public voyeuriste peut y satisfaire sa soif d’interdit grâce à un produit exhibitionniste. Qu’arrive-t-il quand Netflix achète les droits d’un film-choc projeté en première mondiale durant Fantasia et le propose depuis hier en exclusivité, autrement dit quand le résultat se visionne désormais individuellement sur petit écran plutôt que collectivement sur grand écran? C’est le sort réservé au Cam de Daniel Goldhaber, lequel dépeint sur fond de thriller le monde méconnu des camgirls.

Cam - Critique du film Netflix de Daniel Goldhaber

Les camgirls sont des travailleuses du sexe virtuelles qui jouent la carte du fantasme en direct devant leur webcam.

Synopsis de Fantasia : « Je ne fais pas de shows publics, je ne dis pas à mes abonnés que je les aime et je simule aucun orgasme. » Ces trois règles fort simples régissent les heures où, devant sa webcam, chaque jour, Alice Ackerman (Madeline Brewer) devient Lola, son alter ego. Comme il se doit, Alice garde sa vie personnelle et son travail devant la caméra strictement séparés l’une de l’autre. Puis, un beau jour, elle n’arrive plus à se connecter à son compte; quelqu’un d’autre y est déjà connecté et utilise son profil. Après s’être finalement connectée sur le site en tant qu’invitée, Alice découvre qu’elle a été remplacée par une copie conforme d’elle-même : un sosie au courant de choses assez personnelles à son sujet, et qui n’hésite pas à dire toutes ces choses. Inexplicablement, cette seconde Lola semble se produire en direct de chez Alice…

Bien que je voulais ajouter le sobrement titré Cam au nombre de mes critiques durant ma troisième couverture de Fantasia, je n’ai pas été en mesure de me déplacer les 18 et 20 juillet 2018 pour ses deux seules représentations. Le 25 octobre 2018, la page facebook du festival m’a toutefois informé que le long métrage de 94 minutes serait diffusé sur Netflix à partir du 16 novembre 2018. Je n’allais certainement pas manquer (encore) cette chance d’en faire ressortir les forces et les faiblesses à l’aide de mon œil d’analyste. Est-ce que le jeu en vaut la chandelle? Plus oui que non, en ce sens qu’il s’agit d’une fiction bien documentée et non le n’importe quoi de n’importe qui.

Par fiction bien documentée, j’entends un scénario né de l’expérience d’Isa Mazzei qui, deux ans durant, exerçait la profession de camgirl. Ce corps de métier consiste, grosso modo, à faire des spectacles (érotiques ou pornographiques) en direct sur webcam en échange de rémunération, laquelle provient de la carte de crédit des spectateurs anonymes venus clavarder avec elle. Autrui peut également zieuter en toute impunité. Mazzei avait rédigé pas moins de 98 pages de clavardage par souci de réalisme. Payant, étant donné que Cam est reparti de Fantasia avec les prix du meilleur scénario et du meilleur premier film!

Cam - Critique du film Netflix de Daniel Goldhaber

Madeline Brewer est Alice/Lola dans Cam.

Madeline Brewer tient le rôle principal d’Alice, une jeune femme populaire auprès des visiteurs du site fictif FreeGirls.Live sous le pseudonyme de Lola_Lola. Celle qui joue Janine dans The Handmaid’s Tale et jouait le personnage de Tricia dans la première saison d’Orange Is the New Black (une autre exclusivité Netflix) parvient à rendre crédible un double rôle féminin. Ne vous attendez pas à voir plus que des seins, donc aucune pornographie explicite comme il est facile d’en rencontrer sur des sites tels que Chaturbate ou Cam4. L’intérêt n’est pas là. À noter qu’elle avait déjà dévoilé ses atouts dans la première saison de The Deleted et dans la deuxième saison de Hemlock Grove.

La bande-annonce publiée par Netflix le 8 novembre 2018 promettait un thriller hitchcockien. Je doute que le résultat mérite un tel sceau de qualité que représente ce superlatif renvoyant au maître du suspense Alfred Hitchcock. Il ne mérite même pas celui de lynchéen (David Lynch) comme certaines plumes l’ont écrites (je pense ici à Mitch Davis de Fantasia). Elles semblent avoir oubliées que le réalisateur Daniel Goldhaber vient de signer son tout premier film d’envergure et il n’est ni Orson Welles (Citizen Kane) ni M. Night Shyamalan (The Sixth Sense). Je reconnais en revanche qu’il a eu des couilles pour s’attaquer à un sujet aussi tabou.

Bref, en se limitant à l’usurpation d’identité, Cam ne fait qu’effleurer des questions morales beaucoup plus grandes qui concernent exclusivement les camgirls. Il se contente seulement d’aborder le hacking d’un profil, ce qui aurait très bien pu toucher une star d’Instagram, de YouTube ou de Twitch. À ce titre, j’ai préféré la première partie (mener une double-vie à l’insu de sa mère) à la seconde (la doppelgänger malintentionnée s’emparant de sa persona digitale). Un bel essai qui ne restera pas dans les annales, certes, mais qui ne mérite pas non plus de finir dans quelque anal que ce soit…

Cam sur Netflix : https://www.netflix.com/title/80177400

Verdict : 7,5 sur 10

Cam - Critique du film Netflix de Daniel Goldhaber

Atteindre ou ne pas atteindre le top 50, telle est la question…