Alita : L’Ange conquérant – Critique du film de Robert Rodriguez

Une aventure loadée comme un Gunnm qui ne fera pas naufrage au box-office!

17 février 2019 0 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Mise à jour: 17 février, 2019 @ 17:35

Alita : L'Ange conquérant - Critique du film de Robert Rodriguez

Jamais Robert Rodriguez n’aurait pu rêver d’un meilleur alignement planétaire : James Cameron, accaparé par les suites d’Avatar, lui demande de mener à bon port un de ses projets inachevés qu’il produira et qu’il a déjà scénarisé. C’était en 2013. Rodriguez a ensuite été annoncé comme réalisateur en octobre 2015 et présente (enfin!) ce blockbuster que les cinéphiles n’espéraient plus. En voyant le résultat final d’Alita: Battle Angel, il va sans dire qu’elle est loin cette année 1992 où Rodriguez se débrouillait avec un budget de 7 225 dollars et deux rues pour tourner El Mariachi

Alita : L'Ange conquérant - Critique du film de Robert Rodriguez

Christoph Waltz et Rosa Salazar sont Ido et Alita dans Alita: Battle Angel.

Alita : L’Ange conquérant

Lorsqu’Alita se réveille sans aucun souvenir de qui elle est, dans le futur du 26e siècle qu’elle ne reconnaît pas, elle est accueillie par Ido, un médecin qui comprend que derrière ce corps de cyborg abandonné, se cache une jeune femme au passé extraordinaire. Ce n’est que lorsque les forces dangereuses et corrompues qui gèrent la ville d’Iron City se lancent à sa poursuite qu’Alita découvre la clé de son passé – elle a des capacités de combat uniques, que ceux qui détiennent le pouvoir veulent absolument maîtriser. Si elle réussit à leur échapper, elle pourrait sauver ses amis, sa famille et le monde qu’elle a appris à aimer.

Avant d’être le dernier-né de Rodriguez filmé à la manière de James Cameron, ou même un projet personnel de James Cameron sans cesse repoussé depuis bientôt un quart de siècle (il ne s’était pas encore imposé en roi et maître du box-office mondial à l’époque), il sied de rappeler aux mal informés que l’histoire d’Alita: Battle Angel est née de l’imagination de Yukito Kishiro. Ce mangaka a écrit et dessiné Gunnm à des fins de publication dans le magazine Business Jump entre 1990 et 1995, puis à des fins de compilation en neuf volumes d’environ 220 pages chacun. À noter que l’auteur est aussi derrière les suites Gunnm Last Order (19 volumes entre 2000 et 2014) et Gunnm Mars Chronicle (6 volumes entre 2014 et aujourd’hui), quoique je m’éloigne ici du vif du sujet.

À partir d’un scénario trop long de 186 pages et de 600 pages de notes, fruit du travail de Cameron depuis que Guillermo del Toro lui a recommandé vers 1995 de visionner l’animé inspiré du manga, Rodriguez s’est investi corps et âme en épurant le tout jusqu’à obtenir un solide manuscrit de 128 pages. Le réalisateur américain d’origine mexicaine, qui multiplie habituellement les casquettes (monteur image, directeur de la photographie, opérateur de la steadicam, compositeur, superviseur des effets visuels, monteur son), a d’ailleurs dû apprendre à déléguer tellement l’entreprise prenait des proportions hors de la portée d’un seul homme. La preuve en chiffres : 170 à 200 millions de budget, 16 caméras pour enregistrer la performance capture de Rosa Salazar (Maze Runner: The Scorch Trials, Maze Runner: The Death Cure) transformée en Alita grâce aux 53 capteurs de sa combinaison, un tournage de quatre mois du 17 octobre 2016 au 9 février 2017, 1 500 effets visuels provenant de la collaboration de trois équipes différentes (Weta Digital, Double Negative et Framestone), une postproduction de deux ans!

Rodriguez rend à Cameron ce qui revient à Cameron (et à Jon Landau, producteur et complice du réalisateur ontarien) : « Alita est un film de James qu’il n’a simplement pas eu le temps de réaliser! Sans exagérer, mon travail a été de tourner un film à la Cameron. Il avait tellement bien construit l’univers que je n’avais plus qu’à suivre ses traces : je pouvais lui poser une question sur n’importe quoi – le meilleur angle pour filmer le dérapage d’un motorball (un sport extrême pratiqué dans cet univers futuriste, NDLR) ou un simple accessoire – et il me répondait le lendemain par un texte de six pages… […] On a tâché de rester très fidèle à l’univers de Kishiro, mais oui : James a posé sa griffe sur toutes les étapes préliminaires du projet. Histoire, costumes, techniques d’arts martiaux à employer : il s’est posé absolument toutes les questions. Reprendre le flambeau, c’est appliquer à ma réalisation des idées qu’il aurait pu avoir. Alita aurait pu être son autre Avatar, s’il ne s’en était pas allé réaliser les suites de ce dernier. »

Alita : L'Ange conquérant - Critique du film de Robert Rodriguez

James Cameron et Robert Rodriguez sur le tournage d’Alita: Battle Angel.

Bref, Alita: Battle Angel trouve le parfait équilibre entre le cinéma indépendant de Rodriguez et le cinéma à grand déploiement de Cameron. Ses 122 minutes passent à la vitesse de l’éclair grâce à scènes d’action spectaculaires, en particulier les courses ultra-violentes de motorball, lesquelles balaient du revers de la main tant le rollerball de William Harrison que le quidditch de J. K. Rowling. Seul bémol à mentionner : il condense des idées issues des quatre premiers tomes du manga, ce qui, comme Valérian, donne l’impression de n’aborder que la surface d’un univers profondément complexe. Son rendu visuel titanesque, voire avataresque, vous fera saliver les yeux grand écarquillés à l’image de son héroïne fort attachante. Afin de faire pardonner une fin ouverte légèrement précipitée, j’espère au moins assister à une suite avant l’année… 2040?

Verdict : 9 sur 10