Capitaine Marvel – Critique du film d’Anna Boden et Ryan Fleck

À grands pouvoirs qui dépassent l’entendement correspondent grands pouvoirs qui dépassent… l'entertainment!

7 mars 2019 0 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Mise à jour: 8 mars, 2019 @ 4:37

Capitaine Marvel

Quoi de plus logique que de choisir la journée internationale des femmes pour sortir le premier blockbuster Marvel mettant en vedette une superhéroïne. C’est d’autant plus pertinent que, derrière la caméra, des postes habituellement discriminatoires (réalisation, scénarisation, composition musicale) n’ont pas été confiés à des représentants de la gent masculine. Grâce à la générosité de Fantasia, j’ai eu la chance de visionner Captain Marvel en avant-première montréalaise et sachez d’emblée que le spectacle se montre à la hauteur de ses ambitions.

Capitaine Marvel

Brie Larson est Carol Danvers, alias Capitaine Marvel, dans le film éponyme.

Capitaine Marvel

Synopsis : Capitaine Marvel (Captain Marvel) raconte l’histoire de Carol Danvers (Brie Larson) qui va devenir l’une des superhéroïnes les plus puissantes de l’univers lorsque la Terre se retrouve au centre d’une guerre intergalactique entre deux races extraterrestres, les Kree et les Skrulls.

Brie Larson, oscarisée en 2016 pour sa performance dans Room, personnifie avec brio Carol Danvers qui deviendra Capitaine Marvel en raison d’un concours de circonstances. Je salue surtout la volonté de ne pas mettre de l’avant ses attributs physiques et de ne pas embarrasser son personnage de l’inévitable histoire d’amour accompagnant la quasi totalité des productions cinématographiques. Comme je l’ai mentionné ci-dessus, les femmes ne sont pas en reste parmi l’équipe technique. Il y a d’abord la coréalisation d’Anna Boden et Ryan Fleck qui en met plein la vue, en particulier dans le dernier tiers à partir du moment où Captain Marvel maîtrise pleinement ses pouvoirs. Ce couple, qui s’est rencontré à la Tisch School of the Arts de l’université de New York en 2002, s’en tire donc très bien pour leur première aventure aux commandes d’une entreprise d’envergure, et pas la moindre. Il y a ensuite la coscénarisation de Meg LeFauve (Inside Out), Nicole Perlman (Guardians of the Galaxy) et Geneva Robertson-Dworet (Tomb Raider) qui ont effectué un travail appréciable à l’étape de l’écriture, évitant plusieurs clichés et réservant quelques surprises. À noter que LeFauve et Perlman ont rédigé l’ébauche originale et que Robertson-Dworet a peaufiné la version finale. Il y a finalement la bande originale qui revient à la compositrice turque Pinar Toprak (la télésérie Krypton). Pour rester poli, disons que sa facture musicale n’atteint pas l’originalité souhaitée, n’ayant aucun extrait mémorable à offrir à nos oreilles, et que j’ai de loin préféré le recours à des succès des années 90 (je pense à Come As You Are de Nirvana, Waterfalls de TLC ou Just A Girl de No Doubt) rythmant l’action de certaines scènes, à l’image des deux films estampillés Marvel de James Gunn!

Depuis quelques années, via le savoir-faire de l’entreprise Lola VFX, Marvel peaufine l’art de rajeunir numériquement acteurs et actrices. Que ce soit Michael Douglas dans Ant-Man, Robert Downey Jr. dans Captain America: Civil War, Kurt Russell dans Guardians of the Galaxy Vol. 2 ou Michelle Pfeiffer dans Ant-Man and the Wasp, le studio semble viser l’immortalité tant de ses stars que des personnages dont elle détient la propriété. Ce qui n’était jusqu’ici qu’une curiosité discutable au service de la technologie, toujours le temps d’un plan ou d’un flashback, devient, dans Captain Marvel, une prouesse indispensable au service de l’histoire. En effet, pendant les 124 minutes que dure le long métrage, Samuel L. Jackson retrouve son visage de 1995, à l’époque de Die Hard: With a Vengeance, pour lui permettre de prêter ses traits à un jeune Nick Fury. Pour une fois, je dois l’avouer, le lifting est… bluffant!

Je tiens à souligner au passage le retour de Clark Gregg en Phil Coulson, de Lee Pace en Ronan l’Accusateur et de Djimon Hounsou en Korath.

Capitaine Marvel - Critique du film d'Anna Boden et Ryan Fleck

Samuel L. Jackson incarne Nick Fury pour la 9e fois, mais, cette fois, il retrouve les traits qu’il affichait un quart de siècle plus tôt…

En dépit du fait que le résultat devrait satisfaire ceux et celles qui se plaignent de l’absence de personnage féminin fort comme protagoniste d’origin stories, je n’endosse pas cette idée de Disney/Marvel de vouloir devenir un défenseur des égalités sociales du jour au lendemain. Je dis simplement : il était temps! En témoigne la quantité non négligeable de superhéroïnes secondaires déjà existantes telles que Black Widow, la Sorcière Rouge, Gamora, Valkyrie, Nebula, Mantis, Okoye et la Guêpe. Les Bob Iger et Kevin Feige de ce monde veulent à tout prix éviter une accusation de racisme (Black Panther), de sexisme (Captain Marvel), d’homophobie (il est question d’un éventuel superhéros homosexuel!) ou d’islamophobie (il est question aussi d’une superhéroïne musulmane!!), et ce, au point de faire le nécessaire pour caresser un public impatient dans le sens du poil. Après des milliards de dollars générés en une décennie, il faut le rappeler. Si le point culminant de la pente ascendante arrive à grands pas, je prédis qu’il va bientôt entraîner dans un mouvement descendant notre intérêt et son originalité…

Bref, en plus d’être le 21e titre du MCU depuis 2008 et 9e titre de la Phase III, Captain Marvel marque un passage obligé avant le 4e et ultime rassemblement dans Avengers: Endgame prévu le 26 avril prochain. Il parvient à répondre à de nombreuses questions (comment Nick Fury perd son œil gauche ou comment obtient-il le téléavertisseur high-tech utilisé à la fin d’Avengers: Infinity War?), quoiqu’il amène son lot de nouveaux points d’interrogation. Une chose est sûre : j’espère que notre bon vieux Thanos ne s’est pas désinscrit du gym après son claquement de doigts, puisqu’il aura besoin de déployer des efforts considérables s’il souhaite répéter son exploit face à Captain Marvel!

Verdict : 9 sur 10

P.S. : L’introduction de Marvel Studios rend un bel hommage au respecté Stan Lee décédé le 12 novembre 2018 à l’âge respectable de 95 ans.

Capitaine Marvel - Critique du film d'Anna Boden et Ryan Fleck

Captain Marvel a des arguments de poids pour concourir au titre de leader des Avengers…