Joker – Critique du film de Todd Phillips

L'art de brouiller les cartes grâce à un perso schizo qui perd la carte!

12 octobre 2019 0 Par Louis-Philippe Coutu-Nadeau

Mise à jour: 12 octobre, 2019 @ 22:08

Joker

En août 2017, j’étais sceptique à l’annonce de ce projet sobrement intitulé Joker.

C’est que je ne voyais aucunement la nécessité d’une énième origin story basée sur une adaptation de comics, pas plus que je réclamais une énième version d’un des antagonistes les plus mystérieux et populaires du catalogue superhéroïque, le considérant d’emblée comme une énième tentative de DC Entertainment de rivaliser Marvel Studios. Compte tenu qu’Avengers: Endgame m’a déçu avec cinq mois de recul (combien je réviserais mon verdict à la baisse!), c’est chose réussie pour ce film qui a littéralement brouillé les cartes de mes préjugés…

Joker

Joaquin Phoenix joue à merveille un Arthur Fleck des plus torturés dans Joker.

Joker

Joaquin Phoenix avait la lourde tâche de marcher dans les traces encore fraîches de Heath Ledger (le Dark Knight de 2008), là où Jared Leto a échoué dans Suicide Squad en 2016 en raison d’une mauvaise campagne publicitaire et d’un montage final bâclé où il n’apparaissait qu’au compte-goutte. L’acteur américain de 44 ans livre une performance sans faille dans la peau d’un incel (involuntary celibate, soit un célibataire malgré lui), performance qui sera assurément récompensée d’un Oscar, dans ce qui a tout d’un aller-simple sans détour vers la folie la plus pure. À noter que son personnage de la némésis de Batman souffre de la pathologie rarissime du rire prodromique, ce qui a pour conséquence malaisante de se déclencher n’importe où et n’importe quand.

Pour apprécier le résultat à sa juste valeur, c’est-à-dire en tant qu’œuvre filmique qui rend hommage à l’héritage de ses pères en même temps qu’il fait du neuf avec du vieux, il faut avoir vu et apprécié deux titres de la filmographie de Martin Scorsese : Taxi Driver (1976) et The King of Comedy (1982). Tous deux mettent en vedette Robert De Niro, ce même De Niro qui, 37 ans plus tard, donne la réplique à Phoenix. À noter que Scorsese devait agir en tant que producteur lors de la mise en chantier du projet avant de se désister un an plus tard. Ironique quand on sait depuis cette semaine le mal qu’il pense des films de superhéros à la suite d’une interview avec le magazine Empire…

Fait intéressant : Pogo’s, le nom du bar où Arthur Fleck se produit sur scène, renvoie au surnom du tueur en série John Wayne Gacy qui, dans les années 70, amusait les enfants dans les hôpitaux avant d’être condamné pour le meurtre de 33 victimes.

Joker

Rira bien qui rira le dernier…

Bref, Joker se veut l’anti-Marvel par excellence et un reflet réaliste de la société américaine abandonnant les laissés-pour-compte. Il donne d’ailleurs un parachute à la filiale de Warner qui pourra ralentir sa chute libre artistique et éviter la catastrophe financière. Contrairement à la filiale de Disney qui privilégie l’infiniment grand, la démesure et le patriotisme solidaire, le Joker version 2019 tend vers l’infiniment petit, la demi-mesure et la folie solitaire. En témoigne son budget de 55 millions de billets verts et l’absence de fond vert. J’ai rit, sourit, sursauté, frissonné et désiré danser devant cette valse du… Phoenix!

Verdict : 9 sur 10