H5N1: la grippe aviaire infecte un nombre croissant de mammifères

11 février 2023 0 By Jean Francois Cloutier 11 février, 2023 @ 13:43:32 PM

Alors que les oiseaux meurent de la grippe aviaire, les autorités ont également remarqué que la souche mortelle du virus, appelée H5N1, infecte un nombre croissant de mammifères.

La transmission entre visons a attiré l’attention sur les risques potentiels pour l’homme, mais les experts disent qu’il ne faut pas paniquer.

H5N1

La grippe aviaire H5N1 se propageant aux mammifères, les responsables de la santé appellent à la prudence

Cette semaine, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a exhorté les autorités à rester vigilantes – sans toutefois céder à la panique – quant au risque potentiel du virus pour l’homme.

“La récente propagation du virus aux mammifères doit être surveillée de près”, a déclaré mercredi Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS, à des journalistes, selon l’Agence France-Presse (AFP). Mais “pour le moment, l’OMS estime que le risque pour l’homme est faible”.

La grippe aviaire n’est pas adaptée pour infecter l’homme, ce qui rend les cas humains rares et la transmission de personne à personne encore plus difficile. Mais les experts affirment que plus le H5N1 se répand parmi les animaux, plus il a de chances d’évoluer vers une variante capable de passer à l’homme, selon l’AFP.

Malgré le faible risque actuel pour la santé publique, les responsables doivent se préparer “à faire face à des flambées chez l’homme, et être prêts également à les contrôler dès que possible”, déclare à Erin Prater de Fortune Sylvie Briand, directrice de la préparation aux risques infectieux mondiaux et de la préparation aux situations d’urgence à l’OMS.

Le H5N1 a été détecté pour la première fois chez des oiseaux aquatiques domestiques en 1996 et s’est propagé aux oiseaux migrateurs vers 2005. Ces oiseaux qui volent sur de longues distances ont ensuite transporté le virus à travers le monde, écrit Kai Kupferschmidt de Science. Au cours de cette période, le virus a infecté relativement peu d’humains, mais ces cas se sont avérés mortels. Selon l’OMS, il y a eu 868 cas mondiaux de H5N1 chez l’homme entre janvier 2003 et novembre 2022, dont 457 ont été mortels.

Actuellement, une épidémie massive de grippe aviaire sévit dans le monde entier. Les États-Unis connaissent la pire épidémie de grippe aviaire de leur histoire, le virus ayant entraîné directement ou indirectement la mort de 58 millions d’oiseaux l’année dernière, selon Fortune. L’Europe connaît également sa plus grave épidémie, selon l’AFP.

“Avec des niveaux de transmission élevés, nous voyons un nombre sans précédent d’oiseaux morts et d’épidémies”, explique Michelle Wille, chercheuse sur la grippe aviaire à l’Université de Sydney en Australie, à Liam Mannix du Sydney Morning Herald.

Le virus H5N1 n’a pas tendance à infecter les mammifères, car ceux-ci possèdent moins de récepteurs dans leurs voies respiratoires supérieures, auxquels le virus se fixe.

Mais au cours de l’épidémie de cette année, des renards, des ratons laveurs, des ours et d’autres mammifères ont attrapé le virus. Aux États-Unis, des infections chez les mammifères ont été détectées dans neuf États différents, selon Adrianna Rodriguez, de USA Today. Au Pérou, au moins 585 otaries ont été retrouvées mortes, probablement à cause de la grippe aviaire. Parmi les autres animaux infectés figurent des dauphins et des opossums, selon Fortune.

La plupart de ces cas sont probablement dus au fait qu’un mammifère a mangé un oiseau infecté, explique à USA Today Jürgen Richt, qui étudie la grippe aviaire à l’université d’État du Kansas. Mais dans un article publié en janvier dans la revue Eurosurveillance, des chercheurs apportent la preuve que le virus pourrait s’être propagé entre visons dans une ferme en Espagne en octobre dernier. Le séquençage génétique a révélé une modification génétique connue pour rendre certains virus de la grippe plus aptes à se reproduire chez les mammifères, écrit Saima May Sidik de Nature News.

L’épidémie de vison a “confirmé une crainte que j’avais”, à savoir que la grippe aviaire pouvait se propager efficacement chez les mammifères, explique au Times Thijs Kuiken, pathologiste vétérinaire au centre médical de l’université Erasmus, aux Pays-Bas.

“Nous n’avons jamais vu de transmission de mammifère à mammifère, jamais. Cela ne s’est jamais produit”, déclare Wille au Sydney Morning Herald. “Maintenant, ce n’est plus seulement une hypothèse. Maintenant, nous l’avons réellement vu se produire”.

Les experts affirment que ce développement n’est pas une cause d’alarme. “Ce n’est pas, à mon sens, une situation particulièrement inquiétante pour la santé humaine”, déclare au Times Jim Lowe, vétérinaire à l’Université de l’Illinois à Urbana-Champaign. “Il est évident que ce n’est pas très bon pour le vison”.

Les visons en cage et serrés les uns contre les autres pourraient avoir transmis le H5N1 en raison de leurs conditions plutôt que d’un changement fondamental du virus, explique au Sydney Morning Herald Frank Wong, expert en grippe aviaire à l’Organisation de recherche scientifique et industrielle du Commonwealth d’Australie. “Il s’agit toujours d’un virus adapté aux oiseaux”.

Mais les preuves de propagation entre mammifères sont également un signe d’alerte, disent d’autres personnes. “Cette épidémie signale le potentiel très réel de l’émergence d’une transmission de mammifère à mammifère”, a déclaré Wille à Lauren Pelley de CBC News dans un courriel.

“Nous devons être vigilants pour nous assurer que la propagation chez les animaux est contenue”, explique Mme Briand à l’AFP. “Plus le virus circule chez les animaux, plus le risque est élevé pour les humains également”.

Source: Smithsonian Magazine