Boardwalk Empire: Terence Winter parle du futur

Boardwalk Empire: Terence Winter parle du futur

5 janvier 2013 0 Par Annabelle Thibault
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Cet article est une traduction intégrale d’un texte paru sur Vulture

Les fans de la série Boardwalk Empire peuvent être certains d’une chose : Nucky Thompson sera un véritable gangster dans la saison quatre.

N’importe qui ayant regardé la finale de la saison trois le sait déjà (avertissement à ceux ne l’ayant pas vue : ne lisez pas ceci) : des personnages tels qu’Al Capone, Chalky White et Richard Harrow forment une alliance importante avec le chef d’Atlantic City. Pour en savoir plus sur le futur des personnages, Vulture s’est tourné vers celui derrière Boardwalk Empire, Terence Winter.

Terence Winter : Le slogan de la saison disait qu’on ne pouvait pas être gangster qu’à moitié, mais il aurait pu aussi bien dire qu’on ne peut pas être protagoniste à moitié.

Vulture : Je ne suis pas certain d’être d’accord. Que voulez-vous dire?

Winter : Nucky devient finalement une personne à part entière. Il a enfin réalisé qu’il devait s’occuper de son entourage. Il ne connaissait pas le numéro de téléphone de Chalky White. Il ne savait pas qu’Eddie Kessler avait une femme et des enfants. Il ne savait pas que Margaret était amoureuse d’Owen. Il a sous-estimé son frère Eli. Il a cru être un fin politicien dans ses relations personnelles et que ses connaissances du monde de la politique le plaçaient au dessus des autres gangsters quand toutes ses alliances étaient fondées sur l’opportunisme, et non pas la confiance. Il n’avait pas de vraie relation.

Alors oui, Nucky a changé généralement. Quand on lui dit sur la promenade : «Hé, vous êtes Nucky Thompson», Nucky ne répond pas. Nous avons là un Nucky très différent de celui que nous avons connu autrefois. Il n’est plus un politicien donnant des poignées de main. Il a les idées claires sur ce qui importe, sur les gens qui importent, et il réalise qu’il serait peut-être bon de prendre un petit café avec ceux qui ont fait de sa vie ce qu’elle est et leur demander ce qu’ils ont fait ce week-end. Quand on dit «ne pas être gangster qu’à moitié», nous ne voulons pas seulement parler de tuer des gens. Il ne peut pas être seulement qu’un gangster à moitié dans le sens qu’il ne peut pas s’impliquer et porter attention à moitié dans une telle vie. Il doit porter attention à ses affaires plus profondément, ce qui est étrange pour un homme avec une carrière politique normalement bâtie sur des liens interpersonnels superficiels. Ses relations étaient égoïstes et opportunistes. Quand il dit à Eli : «Je ne veux pas que personne que nous ne connaissons pas déjà s’approche de nous», il dévoile quelle sera son approche, et j’ai bien hâte d’explorer cette version de Nucky dans la saison quatre.

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En quelle année s’est déroulée la finale de la saison?

Juin 1923.

C’est à dire que dans deux mois, la façon de faire de Nucky devra changer, de toute façon, parce que le président Harding meurt en août 1923.
Oui, malheureusement cela se passera en coulisses parce que nous ne savons pas si la mort d’un homme dans son lit serait une scène intéressante à regarder. [Rires] Toutefois, Harry Daugherty prendra le pouvoir pendant un moment, bien qu’il soit totalement différent sous le règne de Coolidge, et c’est là que nous sauterons directement à la saison quatre, qui se déroule au milieu de 1924 quand Coolidge est au pouvoir. À cette période, la corruption du gouvernement n’est plus un secret du tout, et Daugherty et le Teapot Dome seront mis à la lumière du jour. Cela affectera son habileté à prendre tout à la légère, et Nucky en subira l’impact. Ce sera un des multiples défis auxquels il devra faire face : certains seront politiques, d’autres criminels ou personnels, mais toutes les choses à laquelles il fera face dans la saison quatre seront différentes de celles du passé et tout aussi complexes.

Mais Gyp Rosetti ne reviendra pas. Avez-vous décidé de finir la saison comme cela avant de savoir si Boardwalk Empire reviendrait pour une quatrième saison au cas ou ce serait la finale?
Vous savez, je n’ai pas pensé à cela, je reste toujours optimiste et je ne suis pas un fan des fins nous laissant sur notre faim. Elles sont médiocres à mon avis, et elles nous disent : «Je ne vous dirai pas la suite avant septembre!» Si l’histoire est captivante, les gens reviendront de toute façon.

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Avez-vous pensé au nombre d’histoires secondaires ou personnages qui seront dans la saison quatre?
Certains commentateurs pensent qu’il y en avait trop cette saison-ci, qu’ils disparaissaient à un tel point que le public les oubliait. Même Nucky ne savait plus qui était Chalky.
C’est intéressant comment vous dites cela : «Nucky ne savait plus qui était Chalky » [Rires] Il ne se souvenait même plus d’Eli non plus, mais c’est la nature de l’émission. Nous avons une grosse distribution, il y a plusieurs histoires qui se déroulent en même temps, alors nous voulons que les gens en demandent plus. De cette façon, quand on voit ces histoires, on est content qu’elles soient là. Tout le monde a ses préférées, certains veulent plus d’Al Capone, mais il est impossible de les rassembler en un seul épisode. Certains épisodes sont plus chargés que d’autres, et parfois nous n’avons pas autant de succès que quand l’émission se concentre sur deux histoires seulement. C’est comme la musique, on doit aller vers ce qui sonne bien. C’est aussi comme la cuisine, un peu de ci, un peu de ça, et nous avons un repas. Avec autant de personnages, quelqu’un doit obligatoirement être déçu à chaque semaine, et nous devons travailler la dessus… à moins qu’on ne tue toute la distribution. Cela décevrait beaucoup de gens. Je vois l’émission comme une grosse pièce, un gros roman, et ces histoires sont plus que des épisodes d’un roman.

Est-ce que Van Alden sera impliqué dans la guerre du North Side?
Il y sera impliqué directement. Je suis un grand amateur d’histoire, elle est fascinante et riche à décrire. Ce qui est amusant est de mélanger l’histoire réelle avec ce monde, avec les personnages de Van Alden et Dean O’Banion par exemple. J’ai une règle à suivre : ne pas changer de manière importante les bases d’un personnage réel pour le faire correspondre à nos besoins fictifs. Lucky Luciano s’est réellement fait arrêter pour possession de drogue, et il s’en est tiré en donnant son héroïne : les circonstances sont donc réelles. Toutefois, qu’ont-ils fait avec son héroïne? Est-ce que les policiers étaient corrompus? Nucky Johnson et Al Capone étaient réellement proches, il y a même une photo d’eux sur la promenade. Le gens se demandent si la photo d’eux est réelle ou provient d’une campagne de salissage, mais ils se connaissaient véritablement. Il serait ridicule si, en 1924, il était souvent allé à Atlantic City, alors dans les prochaines saisons l’histoire de Capone ne se rapproche pas trop de celle d’Atlantic City. Il interagira avec Nucky de façon différente.

Était-il nécessaire de s’attarder aux efforts de Van Alden dans son travail de vendeur de porte-à-porte? Quelques uns des détours abordés dans l’émission comme Van Alden et sa vente de fers à repasser ou Margaret enseignant l’éducation sexuelle ont été plutôt long dans leur développement. Quelques critiques ont jugé le rythme de l’émission trop lent et les histoires secondaires trop nombreuses. Si Van Alden fou à lier était une sitcom, je la regarderais à chaque jour. [Rires] Je suis triste que ce ne soit pas tout le monde qui ait aimé cela. À mon avis, ces histoires valaient le coup. L’arc narratif de Margaret avec la contraception était une véritable aventure. Nous l’avons prise et mise dans l’embarras : elle a de l’argent mais ne sait pas quoi en faire. Elle trouve sa voie en faisant le bien mais tombe enceinte, ironiquement. Ce qu’elle fait de cet enfant, vous devez regarder pour le savoir! Ces histoires secondaires, ce sont des parties d’un grand tout qui se connectent ensemble qu’on ne le sache ou non. Ce n’est pas que du hasard et nous n’allons pas abandonner des choses qui pourraient donner un peu de piquant ou font partie d’une plus grosse partie de l’histoire.

Est-ce que les critiques vous aident à écrire? Ajustez-vous l’émission avec les critiques reçues?
J’ai tendance à ne pas lire les critiques, il y en a trop dans le cyberespace. Je veux dire, même Jersey Shore est résumé! [Rires] Je comprends, il y a beaucoup d’espace à combler, mais je n’ai pas fait une telle chose, non. Les critiques faisant des résumés hebdomadaires, je trouve ça absurde. C’est comme critiquer les chapitres d’un livre. Évidemment, cela fonctionne d’épisode en épisode, mais une analyse interminable de chaque petite chose? Cela requiert un visionnement de toute la saison, vous savez cela? On ne peut pas prendre des choses au hasard, et ceux qui le font ne comprennent pas que nous sommes en train de bâtir quelque chose de plus gros. J’écris l’émission de la manière que nous le voulons et je suis heureux de ce que nous produisons.

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Quels sont les défis rencontrés dans cette revitalisation du genre «gangster» et de la création de nouveaux types de personnages de ce genre?
À la télévision? Avec la latitude et la technologie disponibles à HBO, nous pouvons faire aussi bien, et même mieux que le cinéma. Nous avons réalisé des choses aussi grandioses et spectaculaires que des long-métrages. Le défi est le genre lui-même car il y a un nombre limité de variations sur un même thème, alors nous tentons toujours de trouver quelque chose de nouveau et frais. Il n’y a pas mille façons d’entrer dans un speakeasy et de tabasser un gars, alors le défi est de rendre cela différent plus la série avance. À chaque épisode qui se termine, c’est une manière différente de faire les choses qui devient impossible à utiliser. L’écriture est plus difficile à chaque saison, mais cela fait partie de notre travail.

Alors quand vous créez un personnage comme Gyp Rosetti, comment faites-vous pour qu’il ne ressemble pas à Joe Pesci dans Goodfellas?
Il est Italien, impétueux et violent, alors certains les compareront. À part lui donner un monocle ou un trait de caractère étrange, il y a peu de variations chez un gangster. Si c’était un western, il y aurait des chevaux. Bien sûr, on peut revoir des choses qui ont été déjà faites dans d’autres films, mais le truc est de rendre chaque personnage aussi frais que possible. Les gens ont eu une bonne réaction face à Bobby. Je savais qu’ils l’aimeraient. S’il y a bien une chose dont je suis confiant, c’est que le personnage de Bobby Cannavale fonctionnerait dans toute émission ou film.

Richard Harrow est un personnage d’un type que nous ne voyons pas souvent dans ce genre. Il est frais, et un favori du public.
Quelqu’un m’a dit que Richard Harrow était lui aussi un personnage ressemblant à un autre dans une histoire ou un livre. Je ne me rappelle plus quoi, mais quelque chose comportait un gars comme lui et je l’ignorais complètement. Cependant, je crois qu’il est particulier à nous. D’une certaine manière, il est comme un loup solitaire, et même ceux qui le connaissent ne peuvent pas bien le connaître.

Il a eu une histoire d’amour, qui ne continuera peut-être pas parce qu’il a laissé un enfant sur le parquet de Julia.
Il a beaucoup d’explications à donner. De ma propre expérience amoureuse, je peux vous dire que se présenter à deux heures du matin couvert de sang n’est pas une bonne idée. [Rires] Les filles n’aiment pas quand on fait cela. Prenez une douche, nettoyez l’enfant.

Gillian ne sera pas contente en entendant la décision à propos de la garde de l’enfant, si elle est encore là.
Sans trop en dire, elle sera bien là.

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Parlant d’enfants, qu’avez-vous pensé de Birdwalk Empire?
J’ai adoré cela! J’ai deux jeunes enfants qui regardent Sesame Street tout le temps, et pour moi, être à Sesame Street était un des plus grands honneurs que l’émission ait pu recevoir. C’était génial. Nous sommes allés visiter le plateau de tournage, ce qui était cool même si Big Bird dormait quand nous sommes arrivés. Ils l’avaient entreposé, disons. C’était génial et très flatteur.

Si vous avez été sur le plateau pour Birdwalk, avez-vous été sur le plateau pour Wolf of Wall Street?
Ils l’ont filmé au même studio où nous tournons l’émission, alors oui. J’étais sur le plateau pendant deux jours différents. J’ai eu la chance de les voir tourner une scène sur un yacht : une grosse scène d’action avec des effets spéciaux. J’étais aussi là quand Rob Reiner tournait. C’est toujours fantastique de voir un film qu’on a écrit être créé devant nos yeux.

Quel mot Martin Scorsese a-t-il à dire sur Boardwalk Empire aujourd’hui, plus spécialement quand il est occupé à tourner un film?
Vous savez, quand il tourne un film, il y est complètement dédié. Je lui parle environ une fois par semaine, habituellement le dimanche après-midi ou soir. C’est là où nous rattrapons notre retard. Il donne son avis de manière distante par e-mail ou téléphone et autres intermédiaires. Même s’il travaille sur quatre ou cinq trucs en même temps, il a une aptitude imcroyable à se concentrer et tout absorber : il se souvient de tout. Marty et moi parlons de qui nous aimons et n’aimons pas, mais il connaît tous les acteurs qui ont déjà vécu et qui ne sont pas encore nés. Il connaît des acteurs qui ne sont même pas nés encore. Il est bon à ce point là.

Quelle était sa réaction face à l’hommage à Taxi Driver dans un des épisodes?
Je lui ai dit qu’il y en aurait un et que ce serait un hommage évident. Je lui ai dit : «J’espère que tu l’apprécieras!», et il l’a apprécié. Nous avons aussi rendu hommage à Little Rascals et aux Three Stooges, mais c’était plus subtil. Celui des Three Stooges était une seule réplique : «Normalement les fêtes m’ennuient, mais pas celle-ci», une ligne que Curly dit juste avant de se faire entarter. Je l’ai mise dans la scène de la fête de la veille du jour de l’an. Pour Little Rascals, l’hommage se résume à la réplique du patron de Van Alden envers ce dernier : «George, sois raisonnable» qui renvoie directement à quand quelqu’un dit à Spanky : «Spanky, sois raisonnable». Je ne sais pas si cela compte. Vous vouliez connaître des hommages cinématiques d’envergure et je vous raconte des trucs que je ne devrais même pas vous confesser! [Rires] Oh et aussi, quand Harrow emmène Tommy vers la porte, cela est tiré de la dernière scène de The Searchers quand John Wayne revient. C’est notre petite blague sur le plateau.

Vous développez un autre projet avec Marty à HBO qui se déroulera dans les années 70. Si vous obtenez le feu vert, vous aurez deux émissions historiques à HBO.
Oui, effectivement. Je crois que quatre ou cinq est la limite. [Rires] Cela se déroule dans les années 70, en 1973 dans les débuts du punk, du disco et du hip-hop à New York, au sommet de la folie et de la corruption politique, et à une période intéressante musicalement dans la ville. Je ne peux pas m’empêcher de penser à tous les clins d’oeil amusants que nous pourrions faire puisque c’est le début de tout, des New York Dolls aux jeunes Ramones en passant par Grandmaster Flash, et ça continue. Nous voudrions montrer CBGB alors nous allons peut-être louer le bâtiment et le recréer pour qu’il puisse vivre pendant encore dix ans, si Dieu le veut.

Êtes-vous un gangster?
Je pourrais mentir à l’impôt et ne pas parler d’un souper que je n’ai pas vraiment mangé. J’irais jusque là, mais être un gangtser, ou un gangsta? Il y a beaucoup de différences si j’en crois les jeunes. [Rires] Je ne suis pas très gangsta. Pas du tout. J’écris à propos d’eux, et c’est amusant de jouer au gangster sur papier. Dans la vraie vie, pas autant.

Source: Vulture