Pulp Fiction: souvenirs de tournage avec Uma Thurman, Quentin Tarantino et John Travolta

Pulp Fiction: souvenirs de tournage avec Uma Thurman, Quentin Tarantino et John Travolta

10 février 2013 0 Par Annabelle Thibault
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Cet article est une traduction intégrale d’un texte paru dans le magazine Vanity Fair

«Je n’étais pas certaine de vouloir faire partie du film», a avoué Uma Thurman à Mark Seal du magazine Vanity Fair en parlant de Pulp Fiction (Fiction Pulpeuse).

Thurman s’est expliquée en disant que ce n’était pas seulement qu’en raison de l’obscénité ou de la dépendance à la drogue de son personnage, mais aussi pour le viol de son voyou de mari dans le film : «C’était assez terrifiant». Thurman a cru bon de rappeler ses origines d’étudiante dans un pensionnat: «J’avais 23 ans et je venais du Massachusetts». Tarantino a donc eu beaucoup de mal à la convaincre : «Il n’était pas ce demi-dieu vénéré qu’il est aujourd’hui. Je n’étais pas certaine de vouloir le faire parce que je m’inquiétais à propos de Gimp». Elle a ensuite abordé le sujet de son personnage tout habillé de cuir sortant d’une cage pour s’exécuter sur un Marsellus Wallace lié et bâillonné : «Nous avons eu de longues discussions mémorables où nous avons comparé le viol d’un homme à celui d’une femme. Personne ne croirait que j’ai hésité une seule seconde. Je ne peux même pas le croire moi-même, en fait».

Thurman a dit que, parmi toutes les scènes stressantes qu’elle ait filmées, c’était celle où elle dansait avec John Travolta qui l’a intimidée le plus : «J’étais si maladroite, embarrassée et timide». Travolta a raconté la scène de son point de vue : «Quentin a recommandé le twist. Je lui ai dit ”Le petit Johnny Travolta a gagné un concours de twist quand il avait 8 ans, alors je connais toutes les versions. Tu devrais y ajouter des danses qui étaient très spéciales à l’époque.” Il m’a demandé ce que je voulais dire par là. Je lui ai dit : ”Il y a le batman, le hitchhiker, le swim, et le twist. Je lui ai tout montré et il a adoré. J’ai ajouté : ”J’apprendrai les pas à Uma, et si tu veux qu’on danse un autre pas, dis-le».

En rétrospective, il est difficile de croire que Quentin Tarantino ait eu de la difficulté à développer son script, mais tous les grands studios ont laissé passer Pulp Fiction. C’était Harvey Weinstein, le patron de Miramax, une filiale de Disney à l’époque, celui qui n’a pas hésité à signer le contrat: «Quand j’ai lu le script de Pulp Fiction, j’ai été le voir (Jeffrey Katzenberg, le président à l’époque) pour lui dire : ”Même si je n’ai pas le droit de faire ce film, je veux le faire avec vous.” Il a lu le script, puis il m’a dit : ”Vas-y mollo sur la scène d’héroïne, si tu peux, mais c’est un des meilleurs scripts que j’aie jamais lu. Même si n’en n’as pas besoin, je te souhaite la meilleure des chances”».

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Trouver la distribution du film a été un des plus grands défis de la production du film. Harvey Weinstein ne voulait pas du tout donner le rôle de Vincent Vega à John Travolta si on en croit Mike Simpson, l’agent de Tarantino chez William Morris Endeavor. «John Travolta, à l’époque, c’était plus mort que mort. Il était un moins que rien». Simpson a donné un compte-rendu des demandes de Tarantino à Weinstein, incluant le montage final, la durée de 2 heures et demi, et le choix final des acteurs. Tarantino confirme ces dires : «Un des acteurs sur ma liste était John Travolta. La liste m’est revenue : approuvée au complet sauf pour John Travolta. J’ai rencontré Harvey, et il m’a dit : ”Je peux t’avoir Daniel Day-Lewis, Sean Penn, William Hurt”. Il semble que Simpson Daniel Day-Lewis ainsi que Bruce Willis, la plus grande vedette d’Hollywood à l’époque, aient obtenu une copie du script et voulaient jouer Vincent Vega».

Les négociations pour Travolta ont été conduites à la dernière minute se souvient Simpson : «À minuit chez nous, soit à trois heures du matin à New York, Harvey m’a dit : ”Arrêtons ça là, nous reprendrons demain de bonne foi”. Simpson lui a répondu : «Tu acceptes maintenant, ou on ne fait pas affaire ensemble». Plus tard, quand les Weinstein ont vu le film complété à Los Angeles, Harvey a annoncé facétieusement, après 20 minutes du film si on croit Richard Gladstein, le chef de production de Miramax : «Je suis si content d’avoir eu l’idée d’engager Travolta».

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«L’intérêt de Bruce Willis dans ce projet a éliminé les craintes de Weinstein à propos du manque de vedettes dans le film. Puisque le rôle de Vincent Vega avait déjà été attribué, le seul rôle disponible pour Willis était Butch, le boxer, que Tarantino avait promis à Matt Dillon. Simpson a expliqué son choix au Vanity Fair : «Il a donné le script à Matt, qui l’a lu pour ensuite répondre : ”Je l’adore. Laisse-moi y penser’.’ Quentin m’a appelé pour me dire : ”On l’oublie. S’il ne me dit pas face-à-face qu’il est intéressé à jouer dans le film après avoir lu le script, on l’oublie». Le rôle est donc allé à Bruce Willis. «Quand j’ai eu Bruce Willis, Harvey a eu sa vedette et nous étions partis», a affirmé Tarantino. «Bruce Willis nous a donné de la crédibilité. Reservoir Dogs a remporté beaucoup de succès à l’étranger alors tout le monde attendait le prochain film. Quand le film a eu sa vedette en la personne de Bruce Willis, ils ont devenus fous».

Le rôle de Jules Winnfield a été difficile à attribuer, particulièrement parce que Samuel L. Jackson croyait l’avoir dans sa poche jusqu’à ce qu’il apprenne qu’il allait perdre le rôle au profit de Paul Calderon. Jackson s’est envolé à L.A par la suite pour avoir une audition de dernière minute avec Tarantino : «J’étais assez mécontent, frustré, fatigué». Il était affamé alors il a pris un hamburger pour emporter sur la route du studio, jusqu’à ce qu’il se rende compte que personne ne l’attendait là-bas: «Quand ils sont revenus, un producteur ou quelqu’un qui était avec eux m’a dit : ”J’adore ce que vous faites, M. Fishburne”» a avoué Jackson. «C’était une sorte d’insulte. Ne sait-il donc pas qui je suis? Je me suis dit ”oublions ça”, plus rien n’avait d’importance à ce point». Gladstein se souvient de l’audition de Jackson : «Sam est venu avec un hamburger dans une main et une boisson dans l’autre et il puait le ”junk food”. Quentin, Lawrence et moi étions assis sur le divan et il est entré en buvant et en mangeant son hamburger tout en nous regardant. J’ai eu peur. J’ai cru qu’il allait nous tirer une balle dans la tête. Ses yeux sortaient de sa tête. Puis, il a eu le rôle». Lawrence Bender a précisé : «Il était vraiment le gars du film. Il nous a dit : ”Pensez-vous vraiment que vous allez donner ce rôle à quelqu’un d’autre? Je vais tous vous impressionner, fils de pute”».

Source: Vanity Fair